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La mer d’huile 

 

Nestor Turcotte - Matane

 

 

A Saint-Jean-sur-Richelieu, André Boiclair a déclaré, il y a quelques jours, qu’il n’y aura pas la moindre perturbation économique et sociale au lendemain d’un référendum gagnant. Pauline Marois n’aurait sans doute pas donné son accord au maître de Harvard. Pendant la course à la direction du PQ, celle-ci avait avoué, toute candidement, qu’il y aurait au moins cinq ans de turbulence suite à un oui sur l’indépendance. Le lendemain, voulant corriger son tir, elle affirmait qu’il y aurait au moins cinq ans d’effervescence. Les mots étaient différents mais ils étaient presque synonymes. La turbulence, c’est de l’agitation désordonnée, bruyante. L’effervescence, c’est aussi de l’agitation, de l’agitation vive mais plutôt passagère. En politique, l’émotion et l’agitation peuvent aller jusqu’à cinq ans et plus.

Personne ne sait ce qui pourrait se passer au lendemain d’un OUI sur l’indépendance du Québec. Parizeau, en économiste intelligent qu’il était et qu’il est toujours, avait prévu de possibles turbulences. Il avait constitué, avec la Caisse de dépôt et de placement, une réserve de 30 milliards. Dans quel but? Acheter possiblement les titres d’entreprises canadiennes qui auraient pu être malmenés au lendemain d’un référendum positif. Les investisseurs veulent-ils se débarrasser de titres canadiens? Très bien. Le Québec achète, profitant au maximum de la situation. Le Québec devient ainsi un intervenant majeur dans plusieurs compagnies canadiennes. Ce pouvoir de négociation, fort intelligent, aurait pu faciliter la transition d’une façon plus harmonieuse.

Le plan «O» de Parizeau, inconnu même de ses plus proches collaborateurs, n’a jamais pu être appliqué. Boisclair a-t-il dans sa manche un plan semblable pour contrecarrer les soubresauts inévitables liés à un Québec indépendant? J’en doute. Tout comme sont équipe de rêve qui est devenue «le rêve d’une équipe» qu’on ne voit nulle part, il pense que tout se passera comme dans le meilleur des mondes. Une mer d’huile. Le Parti québécois avait promis de donner l’heure juste sur toutes ces questions en inscrivant dans son programme (édition 2005) le budget de l’An I d’un Québec indépendant. Ça devait être le sujet fondamental et premier de la plate-forme électorale de la présente campagne péquiste. Rien de tout cela. Le parti de Boisclair fait campagne comme s’il voulait diriger encore et pour longtemps une province canadienne. Les Québécois hésitent à se lancer dans l’aventure indépendantiste parce que les leaders – où ceux qui prétendent l’être – n’arrivent pas à chiffrer la mutation envisagée. On exige des chiffres du camp adverse. On est incapable de le faire dans le sien. Inutile de dire que le doute s’installe et que les gens soient réticents à accorder leur appui à une mission qui semble de plus en plus impossible.

 

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