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Les os de Jésus-Christ

Nestor Turcotte

Matane

L’auteur est philosophe et théologien

 

Lors de son premier voyage spatial, le premier cosmonaute soviétique Yougi Gagarine affirma devant les journalistes, à son retour sur terre, qu’il avait cherché Dieu en regardant par le hublot de son vaisseau mais qu’il ne l’avait pas aperçu. Sa conclusion : Dieu n’existe donc pas. Dans la salle où le cosmonaute expose son constat, le Commissaire du gouvernement communiste demande : «Y a-t-il des questions à poser?» Quelqu’un, dans la salle, à voix basse dit simplement : «Christos anesti». La salle répond d’une voix forte : «Christos anesti», «Christ est ressuscité». Rien n’a changé : il y aura toujours des gens qui nieront Dieu, nieront la divinité du Christ et il y aura toujours des gens qui croiront que le Christ est Dieu et qu’il est vraiment ressuscité.

Le christianisme se résume en deux ou trois mots : Christ est ressuscité. L’Église catholique n’a jamais osé l’écrire dans un dogme particulier. C’est la pierre d’assise de toute sa foi. Depuis deux mille ans, aucune théorie, aucune découverte scientifique ou autre n’a empêché des êtres humains de proclamer cette vérité. Personne ne sait ce qu’est la résurrection. Pas même les catholiques. Tout ce qu’ils peuvent dire, c’est que le contraire de la résurrection est la dissolution et la mort. Et que la résurrection est la divinisation, par grâce, de ce que chacun a humanisé dans sa vie.

La résurrection du Christ n’est pas la réanimation de son cadavre déposé au tombeau. Elle est l’entrée de toute sa personne dans la plénitude de la vie de Dieu. Il est le Premier de notre humanité à entrer dans le cœur de Dieu. La résurrection des morts n’est pas la réanimation des poussières qui dorment dans les cimetières. Elle est une transformation spirituelle, l’achèvement  de tout l’être en une dimension qui ne peut présentement que nous échapper puisqu’elle se situe à un niveau d’intervention divine qui demeure, pour le moment, toute mystérieuse.

Les croyants ne peuvent imaginer le «comment» de cette vie nouvelle. Puisque cette vie à venir n’appartient pas au temps ni à l’espace qui nous entoure. Si on retrouvait, en fait, les ossements du Christ, la foi n’en serait pas diminuée : elle serait sans doute purifiée. La plupart des curés et des évêques, lorsqu’ils parlent de la mort et de «l’au-delà», empruntent, pour essayer de se faire comprendre, les formes dualistes véhiculées au temps de Jésus, héritage de la pensée grecque et des philosophies platoniciennes. Le discours se greffe autour d’expressions comme : l’âme du défunt est parti au paradis; elle est en voyage; elle est rendue de l’autre bord; l’âme est au ciel alors que le corps est resté ici-bas, etc. Ce discours est anti-chrétien. Il n’y a pas quelque chose qui s’en va de l’autre bord. Il y a quelque chose d’autre à venir, qui n’est que la divinisation de ce qui est présentement par ici. A la mort terrestre, la vie n’est pas enlevée. Elle est transformée. Les morts ne sont pas morts. Ils deviennent invisibles. Ils ne sont donc pas absents. Ils sont différents.

Certains journalistes ont affirmé, ces derniers jours, que si les os du Christ se trouvaient dans la tombe dont on a vu les images, le Christ ne serait pas en haut mais serait en bas. Il ne serait donc pas ressuscité et que tout ce qu’a raconté l’Église catholique est tissu de mensonges. Une telle affirmation frise le délire. Si jamais on retrouvait les os du Christ, cela ne prouverait en rien qu’Il n’est pas ressuscité. Car, pour la foi catholique, la résurrection n’est pas la réanimation des restes d’un cadavre inhumé il y a plusieurs années. Elle n’est pas, comme le montre certaines peintures d’artistes de la Renaissance, le remodelage d’un corps mortel. Elle est la mutation, par grâce, de ce que chacun a été dans le temps, en une dimension spirituelle qui ne peut être que l’œuvre de Dieu, puisque cette mutation ou transformation fait entrer, ce que chacun a ét dans la relation intime avec Dieu, le Créateur de tout être. 

La vie terrestre est foi, espérance et tentative d’aimer. A la résurrection, la foi et l’espérance disparaîtront. Ce que tout être cherchait à rejoindre dans l’amour lui sera donné dans la rencontre avec Dieu. On ne pourra plus le croire. On ne pourra plus l’espérer. On verra de nos yeux l’objet de notre amour terrestre. Personne ne peut voir Dieu si ce n’est Dieu qui donne à chacun la possibilité de le faire. Ressusciter, c’est être en relation d’Amour éternel avec Celui qui, sur terre était notre foi et notre espérance. Tout cela est un très grand mystère! On ne peut en dire plus&ldots;

 

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