Les brebis ont quitté
depuis plusieurs années la bergerie souverainiste, à
lenseigne du péquisme imposé. Le jeune berger
Boisclair, marchant en avant de ses moutons décimés,
clame quil est temps, pour les brebis récalcitrantes et
égarées, de retourner au bercail, où
régnait jadis, une si belle unanimité.
Les brebis, plus
âgées, ayant brouté pendant de longues
décennies à lunique mangeoire de la
souveraineté des Lévesque, Johnson, Parizeau, Bouchard
et Landry, sont parties brouter dans de nouveaux pâturages, un
peu éloignés de la maison mère longuement
vénérée. Elles ne veulent pas suivre le jeune
berger nouvellement arrivé. Elles veulent prendre leur
distance, marquer leur temps de maturité. Elles
sétaient depuis si longtemps habituées à
vivre sous la houlette de maîtres longtemps
préparés, toutes soumises aux diktats des règles
à suivre, sous la férule dun catéchisme
que daucuns ne pouvaient contester.
Une bonne partie de la bergerie
campe maintenant ailleurs et mange dans lauge de la
solidarité. Dautres, plus fringantes, samusent
à dénicher les plans verts en voulant un climat
où lair serait plus facile à respirer. La
bergerie de la solidarité reprend les chants des vaillants
fondateurs de la souveraineté. Les autres, frappées par
un environnement qui les tue à longueur de journée,
veulent leur liberté mais en passant par un pays à
lair purifié.
Le nouveau berger issu des grandes
universités où il est allé concocté son
plan pour rebâtir lunité, lance une longue plainte
afin de rapatrier la bergerie dispersée. Les moutons ont
goûté au plaisir de la liberté et ne veulent plus
obéir les yeux fermés. Ils sont devenus assez grands
pour choisir leur destinée. Si la bergerie doit refaire son
unité, ce nest pas forcément en passant par le
retour à lancienne bergerie où les petites
politiques à la petite journée et le goût du
pouvoir passaient avant tout ce qui les avaient dabord
rassembler. Le jeune berger peut bien continuer à
sexclamer, à lever les bras, à jouer sur la peur
afin dameuter la multitude dispersée. Les brebis ne
veulent plus marcher sous la houlette dun parti politique qui
les a tant de fois déçues et trompées. Quel
plaisir pour les brebis libérées de brouter une herbe
verte dans la solidarité, sans être obligées de
suivre les commandements dune ligne de parti où les
décisions prises ne sont pas respectées.
Désolé cher pasteur
esseulé : la brebis a repris sa liberté. Le pays
dont elle a rêvé a été retrouvé. Il
na ni président, ni roi : voilà le pays
quelle a toujours aimé!