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Les brebis égarées

Nestor Turcotte

Matane

 

Les brebis ont quitté depuis plusieurs années la bergerie souverainiste, à l’enseigne du péquisme imposé. Le jeune berger Boisclair, marchant en avant de ses moutons décimés, clame qu’il est temps, pour les brebis récalcitrantes et égarées, de retourner au bercail, où régnait jadis, une si belle unanimité.

Les brebis, plus âgées, ayant brouté pendant de longues décennies à l’unique mangeoire de la souveraineté des Lévesque, Johnson, Parizeau, Bouchard et Landry, sont parties brouter dans de nouveaux pâturages, un peu éloignés de la maison mère longuement vénérée. Elles ne veulent pas suivre le jeune berger nouvellement arrivé. Elles veulent prendre leur distance, marquer leur temps de maturité. Elles s’étaient depuis si longtemps habituées à vivre sous la houlette de maîtres longtemps préparés, toutes soumises aux diktats des règles à suivre, sous la férule d’un catéchisme que d’aucuns ne pouvaient contester.

Une bonne partie de la bergerie campe maintenant ailleurs et mange dans l’auge de la solidarité. D’autres, plus fringantes, s’amusent à dénicher les plans verts en voulant un climat où l’air serait plus facile à respirer. La bergerie de la solidarité reprend les chants des vaillants fondateurs de la souveraineté. Les autres, frappées par un environnement qui les tue à longueur de journée, veulent leur liberté mais en passant par un pays à l’air purifié.

Le nouveau berger issu des grandes universités où il est allé concocté son plan pour rebâtir l’unité, lance une longue plainte afin de rapatrier la bergerie dispersée. Les moutons ont goûté au plaisir de la liberté et ne veulent plus obéir les yeux fermés. Ils sont devenus assez grands pour choisir leur destinée. Si la bergerie doit refaire son unité, ce n’est pas forcément en passant par le retour à l’ancienne bergerie où les petites politiques à la petite journée et le goût du pouvoir passaient avant tout ce qui les avaient d’abord rassembler. Le jeune berger peut bien continuer à s’exclamer, à lever les bras, à jouer sur la peur afin d’ameuter la multitude dispersée. Les brebis ne veulent plus marcher sous la houlette d’un parti politique qui les a tant de fois déçues et trompées. Quel plaisir pour les brebis libérées de brouter une herbe verte dans la solidarité, sans être obligées de suivre les commandements d’une ligne de parti où les décisions prises ne sont pas respectées.

Désolé cher pasteur esseulé : la brebis a repris sa liberté. Le pays dont elle a rêvé a été retrouvé. Il n’a ni président, ni roi : voilà le pays qu’elle a toujours aimé!  

 

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