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La cha-cha du Parti québécois

 

Nestor Turcotte

Matane

 

 

L’auteur a été candidat du Parti québécois en 1970 et 1973 dans la circonscription de Matane.

Le trajet du Parti québécois a été chaotique, imprévisible, souvent contradictoire. Il approche la quarantaine, et, le 15 novembre prochain, il fêtera le trentième anniversaire de sa prise du pouvoir à Québec.

René Lévesque ne voulait pas que son parti porte le nom de «Parti québécois».Dans son esprit, aucun parti n’avait le droit de s’approprier l’identité nationale. En France, il n’y a pas de parti «français». Il n’y pas de parti «américain» aux Etats-Unis, ni de parti «italien» en Italie. En ce sens, Lévesque voulait éviter qu’il y ait des «vrais» Québécois et des «faux» Québécois. Et il avait raison. Depuis, le parti  a créé, à son insu, le mal prévisible que dénonçait Lévesque. Aujourd’hui, le PQ à une aile radicale et une autre aile plus modérée. Aujourd’hui, le PQ est divisé entre les purs et durs, les impurs et les mous. Les grands prêtres bien mitrés du parti s’occupent des registres qui classifient les membres selon une étiquette apposée. L’ostracisme athénien a rejoint les berges de mon pays.

Pour René Lévesque, la Confédération canadienne  était une maison de fous et il fallait la quitter ou la rebâtir autrement. Il était impossible d’être un «bon gouvernement» dans le régime canadien. C’est sur ce thème, non équivoque, que le Parti se lança en campagne électorale au printemps 1970. Sept députés furent élus, mais pas son chef.  Aux élections générales du 29 octobre 1973, même scénario, même thème. Les Québécois ne pouvaient avoir un «bon gouvernement» dans la maison de fous du fédéralisme canadien. Qui plus est, un vote pour le PQ était un vote pour l’indépendance du Québec. Si, majoritairement, le parti obtenait la majorité des voix et la majorité des sièges, les citoyens le sachant bien, l’indépendance serait acquise et déclarée par une loi à l’Assemblée nationale. Les élections de 1970 et 1973 furent donc des élections référendaires.

De crainte de ne jamais prendre le pouvoir, le Parti  introduisit dans son programme au printemps 1974, l’obligation de faire un référendum sur la souveraineté du Québec et détacha le processus d’accession à l’indépendance d’une élection générale. Ainsi donc, le 15 novembre 1976, le Parti québécois fut élu en reniant publiquement ce qu’il avait martelé deux fois devant l’électorat québécois. Le 15 novembre 1976, les Québécois votèrent pour «un bon gouvernement» et remirent à plus tard la consultation populaire sur l’indépendance nationale. Tout un tête-à-queue ! Lévesque fut élu avec 41,4 % des voix. 71 députés péquistes firent leur entrée à l’Assemblée nationale. Les péquistes prirent ainsi le pouvoir une première fois, en reniant leur raison d’être.

Le 1er novembre 1979, le PQ déposa son Livre blanc sur le projet de souveraineté-association. Il fixa la date du référendum au 20 mai 1980. Ce plébiscite ne portait pas sur l’indépendance nationale mais sur un mandat de renouveler la Confédération existante. Les Québécois répondirent  massivement «non» à ce changement constitutionnel. Depuis, les camps souverainiste et fédéraliste interprètent à leur avantage les résultats de la consultation populaire. Un fait est certain : le référendum de 1980 ne portait pas sur le fond des choses. Il portait sur un mandat de négociation avec obligation de demander au peuple, par voie référendaire, s’il en approuvait les résultats. Le référendum promis sur l’indépendance du Québec n’a jamais eu lieu en 1980. Ceux qui le croient encore n’ont qu’à relire la question posée.

Le référendum de 1995 devait porter sur l’indépendance nationale. Parizeau en avait fait une promesse formelle en 1994, avant son élection à la gouverne de l’État. L’analyse du libellé de la question posée manifeste exactement le contraire. Elle proposait une formule de souveraineté-association remodelée, reflétant bien l’esprit de René Lévesque. On demandait de négocier, avec le reste du Canada, quelque chose qui comportait une union économique et politique (Rapport Allaire) et, devant l’échec de la démarche, autorisait l’Assemblée nationale à décréter l’indépendance nationale. Parizeau avait appelé cela «la cage à homards». Voyant l’impossibilité de réaliser l’indépendance en posant une question claire, le Parti québécois opta pour une voie de contournement qui devait conduire à faire l’indépendance sans que le peuple s’en rende compte.

L’apparatchik du PQ continue à dire, douze ans plus tard, qu’on est passé à un cheveu de faire en 1995 la souveraineté du Québec. Il faut lire entre les lignes et dire: les Québécois ont passé à un cheveu de se faire avoir en votant «oui» à une question qui ne portait pas sur l’accession du Québec à la souveraineté.

L’indépendance d’une nation est quelque chose de trop sérieux pour que cela se fasse dans la brume, le non-dit ou les mots couverts. En regard de l’indépendance nationale, les deux questions référendaires de 1980 et de 1995 n’étaient pas claires, parce qu’elles ne portaient sur la réalisation de l’indépendance nationale. Les résultats furent, dans un premier cas, très clairs même si la question n’était pas claire, et, dans l’autre cas, la question n’était pas plus claire, avec des résultats pas tout à fait clairs. L’interprétation, dans les deux cas, reste toujours arbitraire parce que la question, dans les deux cas,  n’était pas très claire. La cha-cha continue avec l’arrivée de Boisclair. Non élu à la tête de sa formation politique, tout était clair. Maintenant qu’il est devenu le chef, tout est devenu moins clair. Brume référendaire!

René Lévesque disait qu’un parti qui n’a pas réussi, après trente ans d’existence, à réaliser fondamentalement le ce pourquoi il a été créé, devait se saborder. Le Parti québécois, parti confédéraliste, mêlé parfois d’une teinte de «sépartisme», vit depuis sa fondation, avec cette confusion des genres.

Devenu purement électoraliste, il tait son option, le temps d’uns scrutin et essaie de gouverner en «bon gouvernement» le temps venu, laissant comme horizon, une toile de fond nationaliste, afin de garder les ferveurs des croyants qui espèrent toujours que les dirigeants péquistes ne les trompent pas en faisant miroiter les conditions gagnantes qui réaliseront la souveraineté.

Le PQ a fait son temps : l’indépendance, non! Les partisans de cette option fort légitime doivent, s’ils y croient toujours, relancer leur cause en empruntant un autre véhicule que celui de la politique partisane. La voiture du PQ est en panne et son jeune conducteur, trop inexpérimenté, la mène carrément dans le champ. Il faut un nouveau chef, non aligné sur un parti politique, qui aura le courage d’expliquer les exigences et les sacrifices demandés pour faire l’indépendance du Québec. Un pays, ça se mérite, disait dernièrement Gilles Vigneault. Alors, les Québécois le méritent-ils? C’est après leur avoir bien expliqué tous les enjeux, leur avoir posé carrément la question que nous saurons enfin, s’ils ont le goût de la liberté ou le goût de continuer dans le pays actuel et de s’assimiler.

 

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