Lélection de Stéphane Dion
comme chef du Parti libéral du Canada étonne la
majorité des observateurs politiques. Elle questionne les gens
croisés dans la rue, au travail, dans les cafés, les
restaurants, les milieux déducation. Personne ne
sattendait à ce que cet ancien professeur
duniversité, bardé de diplômes, affichant
un air sévère, au discours tranchant et
argumenté, ne gravisse les plus hautes sphères de la
politique fédérale.
La première entrevue donnée au
réseau RDI manifeste que le nouveau Chef de lOpposition
a des idées, de la clarté dans le débit, un
vocabulaire précis, un fond professoral qui lengage
à perpétuer une pédagogie qui loblige
à expliquer, à convaincre, à chercher à
rassembler. En dautres mots, aimé ou pas, Stéphane
Dion a de la classe, de la formation, du vécu. Il ne verse
pas dans la facilité, le compromis à tout prix, les
périphrases qui cherchent à plaire. Le Parti
libéral fédéral, depuis quelques années,
nous avait habitués aux cassettes de Paul Martin, aux capsules
assassines de Jean Chrétien. Le parti devra vivre avec un
homme articulé, argumenté, à la verve facile,
à la gâchette rapide. Renseigné, érudit,
le nouveau chef ne sera pas facile à mettre en boîte.
Les libéraux fédéralistes,
en choisissant Stéphane Dion, introduisent une nouvelle
ère dans la politique fédérale. Les discours
décousus et à bâtons rompus de Jean
Chrétien, dans une langue exécrable, entrent
définitivement au musée des horreurs. Place au discours
cohérent, articulé, mesuré et argumenté
dun universitaire chevronné. Une bouffée
dair frais dans larène politique, polluée
par les scandales et les phrases surannées, les cassettes et
les clips à répétition. Les souverainistes, -
ceux qui osent toujours sappeler ainsi pour la galerie -
devront retrouver le sens des mots précis, la justesse dans le
propos, la facilité à répondre rapidement. Avec
son expérience parlementaire, le nouveau chef na pas
à craindre de croiser le fer avec son vis-à-vis de
lAssemblée nationale. Le duel est déjà
inégal. Et pourquoi? La réponse vient tout de suite. Le
deuxième manque de formation et affiche des manques de
jugement qui momifient ses partisans. Le second, plus clérical
et dogmatique, sappuie sur de longues années
détudes, une prédisposition certaine à
occuper la dignité de la fonction.
Les fédéralistes - toutes
allégeances confondues - doivent se réjouir de
lentrée en scène dun homme qui, par sa
compétence, va élever le niveau de discussion. Les
souverainistes - de tous les arcs-en-ciel devront
sacclimater à ce nouveau venu, imprévisible,
tenace, batailleur et travailleur infatigable. Pour ne pas avoir
à passer pour les pygmées de la politique de la nation
québécoise dans un Canada uni, ils devront
réapprendre leur grammaire politique, chercher les bons
verbes, dépoussiérer les arguments béton. Le
temps nest plus au sketch accrocheur. Le rideau souvre
sur une nouvelle scène. Il nest pas sûr que les
comédiens de façade soient prêts à
affronter le grand meneur de jeu qui savance. Personne ne
lavait vu venir. Devenu homme de premier plan, personne ne
pourra se contenter de verser dans lindifférence ou dans
la moquerie. Il est opportun de saluer lintelligence au
pouvoir. Le combat partisan ne doit pas nous faire oublier la
nécessité den faire la première
qualité dun futur chef dÉtat.