Il est difficile doublier, même en
campagne électorale, comment sest effectué le
retour en politique du nouveau chef du Parti québécois.
Piqué au vif par une question touchant son passé de
cocaïnomane, le nouveau maître de Havard, André
Boisclair, sans doute déstabilisé et affolé
quune telle réalité soit rendue publique en
début de course au leadership en 2005, répond, à
ce moment précis, quil sagissait dune erreur
de jeunesse. Quelques semaines plus tard, il a dû admettre
candidement et du bout des lèvres que cet écart de
conduite grave sétait produit alors quil occupait
un poste ministériel dans une équipe gouvernementale du
Parti québécois.
Suite à cet aveu public, bien des
questions sont restées sans réponse. Partout, les gens
se questionnent, interrogent, veulent en savoir davantage. La
campagne électorale qui samorce devrait permettre
à celui qui convoite le poste prestigieux de Premier ministre
du Québec, de faire toute la lumière sur cette
ténébreuse histoire. Il a le devoir de le faire. Il
doit dire tout ce qui sest passé afin que les
électeurs puissent tirer définitivement un ligne sur
cette épisode de sa politique personnelle.
Il semble, selon ce que lon peut en savoir,
que cette mésaventure se soit produite sous la direction de
deux anciens premiers ministres. Si tel est le cas, les deux
ex-premiers ministres concernés ont aussi le devoir
dinformer la population sur ce quil savait à
lépoque des frasques du ministre en question et sil
le savait, pourquoi nont-ils pas sévi en le
congédiant tout simplement. Dans lexercice de mes
fonctions, comme professeur de philosophie, il ne me serait jamais
venu à lidée de consommer de la cocaïne en
exerçant mon métier de philosophe. Si je lavais
fait, jaurais moralement manqué à mon devoir et
jaurais aisément accepté que mon directeur
général me congédie. Si les deux ex-premiers
ministres ne lont pas fait, cest sans doute quils
ne savaient pas ce qui se passait, et sils le savaient
pourraient-ils nous dire pourquoi le dit ministre na pas
été congédié au moment des
événements. Dautres ministres ou
députés avant lui lont été pour un
acte beaucoup moins répréhensible.
André Boisclair est maintenant chef du
parti de René Lévesque. Il ambitionne même de le
dépasser et de faire mieux que lui avec une «équipe
de rêve» dont on na pas encore vue la couleur.
Comme lélecteur aura à voter dans quelques
semaines, quil me soit permis, en ces premiers jours de
campagne électorale, de madresser au nouveau chef du PQ
et lui adresser bien simplement les questions que le bas peuple,
celui de la rue et des métiers oubliés, voudraient bien
lui poser.
André Boisclair a avoué, le 20
septembre 2005, devant les étudiants du Cégep avoir
consommé de la cocaïne alors quil était
ministre. Considère-t-il quil a, en posant ce geste,
violé gravement les lois de son pays? Et si oui, quelle
sanction espère-t-il que la société lui donne
pour ce délit fort grave?
André Boisclair considère-t-il
quen posant ce geste, il a trahi la confiance des premiers
ministres qui lavaient nommé à un poste
ministériel? Si oui, qua-t-il fait envers les personnes
concernées pour réparer son erreur?
André Boisclair considère-t-il
quil a renié, ce faisant, son serment doffice
lié à sa fonction? Si oui, entend-t-il sexcuser
auprès de ses pairs pour avoir failli gravement dans son
engagement envers la population?
Comme la cocaïne ne peut se procurer
quà partir du monde interlope, André Boisclair
peut-il nous dire si en posant son geste, il na pas
encouragé le crime organisé profiter dune
certaine évasion fiscale?
En occupant possiblement le poste de Premier
ministre, André Boisclair sera-t-il placé dans une
situation de vulnérabilité face à des
organisations criminelles qui ont la main mise sur le marché
noir des drogues dures? Si oui, quentend-t-il faire pour
éviter quune telle chose se produise?
En devant Premier ministre, André
Boisclair ne risque-t-il pas de devenir la cible du chantage de
certaines organisations criminelles?
Lorsquun Premier ministre est élu,
il doit constituer son équipe ministérielle. Avant de
procéder publiquement à la nomination de son Conseil
des ministres, celui-ci fait vérifier par les autorités
policières, si les nouveaux élus ont quelques fautes
graves à leur dossier. André Boisclair aura-t-il
lautorité morale de demander une telle
vérification pour ses confrères et consoeurs de son
Cabinet, étant donné ses aveux publiques de
consommation illégale de drogues?
Les autorités gouvernementales et
scolaires font tout leur possible, à partir de campagnes bien
orchestrées, pour inciter les jeunes à ne pas toucher
aux drogues dures, à les abandonner le cas
échéant. André Boisclair considère-t-il
quil fût un très mauvais exemple pour le jeunesse
et quil devrait, lorsquil fait le tour des institutions
scolaires sexcuser publiquement pour le geste posé?
Inviter les jeunes à ne pas suivre ses traces?
Dans léventualité où
André Boisclair ne soit quun simple candidat dans la
présente campagne électorale, considère-t-il
quil pourrait éventuellement être appelé
à devenir, dans un futur Cabinet, Ministre de
lÉducation ou Ministre de la Justice? Si la
réponse est non, comment se fait-il quil puisse
prétendre à un poste plus élevé, soit
celui de Premier ministre du Québec?
Les réponses doivent venir à ces
questions. Si jamais elles ne viennent pas, il ne faut pas craindre
de dire tout aux centaines de milliers délecteurs et
délectrices qui se déplaceront pour aller voter
le 26 mars prochain, de bien faire attention où poser la croix
devant le candidat local. On ne peut élire un gouvernement qui
aurait à sa tête laissé tant de doutes dans le
subconscient des Québécois !