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In Memoriam

Nestor Turcotte

Matane 

 

«Bientôt, nous nous reverrons, a lancé le chef péquiste, devant quelques centaines de militants réunis au Club Soda, le soir du dépouillement électoral. Bientôt, nous aurons le grand plaisir de revoir les Québécois et de leur parler de nos rêves et de nos projets. Dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, gardez nos rêves bien en vie. Je m'y engage. Nous sommes des millions à avoir ces rêves.» André Boisclair voit toujours des millions de gens qui le suivent dans ses rêves, même s’il y a à peine un peu plus d’un million d’électeurs qui ont voté pour le PQ, lundi dernier. Le «Kennedy du Nord», selon l’expression de Claude Charron, est déjà un chef en sursis. Il ne sera pas le Moïse qui conduira son peuple en Terre promise.

De toute évidence, le Parti québécois est à l’article de la mort. Il peut bien accuser ses adversaires de tous les maux (ou de tous les mots), mais le mal, qu’il essaie de dissimuler, est à l’intérieur du fruit. Cette formation politique, près de quarante ans après sa formation, n’est jamais arrivée à expliquer clairement son projet. Le Parti de René Lévesque voulait un pays : il n’a jamais été capable d’en dessiner les contours. Il voulait que le peuple le suive : ses dirigeants le regardait avec un air de suffisance, de domination agaçante. Il voulait réunir : il a plutôt divisé. Il souhaitait le changement : il a cultivé l’éclatement. Il espérait le grand soir : il a fourni un climat d’incertitude et d’affrontement. Il comptait sur les relations intergénérationnelles : il a fait la promotion du clivage des groupes. Il voulait cimenter par l’espoir : il a été incapable d’unifier les attentes du plus grand nombre. Il voulait la liberté : il a été incapable d’en poser les exigences et les sacrifices qui l’accompagnent.

Les indépendantistes, si tant est qu’ils veulent continuer cette lutte interminable et parfois fratricide, doivent repenser, et cela très rapidement, leur «modus vivendi». Il semble que la voie de la politique partisane n’amènera jamais les Québécois à opter pour le pays dont certains rêvent encore. La politique partisane, même la mieux intentionnée, gangrène pratiquement tout à la longue. Les plus beaux projets, collés aux nécessités de l’exercice du pouvoir, y perdent habituellement leur saveur et habituellement leur audace.

Un tel projet, s’il doit se perpétuer encore dans le temps aura besoin de deux ingrédients principaux : un chef au-dessus de tout soupçon, aux visées bien précises, au langage clair et unificateur. De plus, le plan proposé devra prendre les couleurs du temps, les difficultés envisagées, les résultats espérés. Pour le moment, aucun des deux critères n’apparaît dans le paysage québécois. Car, faire l’indépendance, ce n’est pas faire mieux que ce que les autres ont fait auparavant. C’est faire autrement, avec les fidélités et les sacrifices que l’aventure exige. Le confort et l’indifférence habitent trop le peuple du Québec pour qu’il choisisse la liberté. Car la liberté, est un choix difficile, qui requiert engagement, sacrifices et don de soi. Entre la liberté et l’argent, le peuple a l’habitude d’opter pour le fric. 

 

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