La campagne électorale est à mi-chemin. Jean Charest
mène dans les sondages. André Boisclair traîne de
la patte et glisse dans lopinion publique. Mario Dumont tire
à tout venant et recrute chaque jour de nouveaux adeptes. Les
salles de presse rapportent les propos et les attaques des trois
camps. Bref : les électeurs ont déjà vu le
film. Ils ont hâte que les lumières sallument et
que la salle se vide.
Deux sujets retiennent lattention pour le moment :
santé et éducation. Jean Charest avait retenu le
premier comme «première priorité» en 2003. Il
la retient à nouveau. 43 % du budget (24 milliards) vont dans
ce seul ministère. Les gens crient quil faut en mettre
davantage. Charest promet de le faire au cours des quatre prochaines
années. Boisclair en promet autant et même davantage.
Dumont veut en mettre encore plus que ses deux concurrents. Mais
aucun des trois chefs ose dire où il prendra largent. Ce
nest pourtant pas sorcier : lorsquon veut maintenir
léquilibre budgétaire et augmenter les
dépenses dans un ministère, il faut, ou bien couper
dans dautres ministères, emprunter pour ne pas couper
dans ces ministères ou majorer les impôts. Quel
ministère faut-il couper? Combien faut-il emprunter? Qui est
prêt à un ticket modérateur pour renflouer la
caisse de la santé? Le Parti dAndré Boisclair est
mal placé pour donner des solutions aux autres. Ils
réclament plus de médecins, mais cest son parti
qui a mis à la retraite les médecins les plus
compétents oeuvrant dans les hôpitaux du Québec.
Il demande plus dinfirmières dans le réseau, mais
cest son parti qui a contingenté les départements
et les facultés qui donnaient ces compétences à
la population. La solution dumontiste se pratique déjà.
Il veut lélargir à toute la population. Le
coût ? On ne le sait pas. Où prendre largent?
Impossible de le savoir.
André Boisclair a retenu léducation comme
«première priorité». Il veut mettre plus
dargent dans les écoles, les cégeps et les
universités. Il ne dit pas lui non plus où il va
prendre largent. Coupera-t-il en santé pour en mettre
davantage en éducation? Il demande plus
denseignants. Où va-t-il les prendre puisquil en
manque déjà pour accomplir, dans le réseau actuel,
les tâches journalières ? Lucien Bouchard, son mentor, a
mis 8 514 enseignants à la retraite en 1997, pour des
raisons strictement budgétaires. Comment va-t-il sy
prendre pour combler ce vide causé par un gouvernement dont il
était ministre de lEnvironnement? A-t-il une baguette
magique pour en fabriquer à linstant même? Et que
pense-t-il de la réforme instaurée sous lancien
gouvernement péquiste et qui est honni par la majorité
du corps enseignant actuel? Il nen dit pas un mot !
Mario Dumont na pas de priorité. Il les a toutes. Il a
aussi toutes les solutions. Tout ce qui a été fait
avant lui ne vaut rien. Il faut tout refaire. Reconstruire le
Québec. A moins de trois semaines du vote, il ne dit pas
comment coûtera lopération quil propose
à la miette. En santé, il préconise
linstauration dun système privé en
utilisant les ressources du système public. Déshabiller
Jacques pour habiller Jean. Il ne donne pas les coûts
éventuels de cette fragmentation du système actuel.
Quant à la réforme scolaire, elle ne semble pas
le préoccuper outre mesure. Réforme majeure pour
lui : retour aux bulletins chiffrés et retour
lacquisition des connaissances plutôt que celles des
compétences. Comment va-t-il sy prendre? Sait-il que ce
retour aux bulletins chiffrés exige labandon de la
réforme actuelle, la création de manuels scolaires qui
nexistent tout simplement pas?
La campagne actuelle est la trame dun film en trois dimensions.
Chacun y apporte sa petite image sans se soucier si cela est
possible, faisable et cadre bien avec les sommes disponibles. Aucun
gouvernement na pu, en quatre ans, réaliser totalement
ses promesses. Les deux vieux partis en sont lexemple parfait.
Mario Dumont, sil devait former le prochain gouvernement, sera
incapable de livrer toute la marchandise. Il le sait mais il ne le
dit pas.
Le budget provincial de 2007 prévoit des dépenses de 60
milliards. Environ 8 milliards vont au service de la dette. 24
milliards en santé et 12 milliards en éducation. Il
reste donc 16 milliards pour financer le reste. Pas étonnant
que certains ponts tombent, que les routes et les autoroutes sont
devenues impraticables et que les infrastructures demandent moult
réparations. Avec une dette de près de 120 milliards,
le Québec na plus le luxe de se payer quelques folies.
Que chaque chef dise comment il entendrait répartir le
gâteau collectif. Cest là-dessus que le citoyen
devrait éventuellement voter. Le reste lui importe peu.
Le Parti dAndré Boisclair nous avait promis, pour la
campagne actuelle, un budget de lAn I dun Québec
souverain. Cest là-dessus que lélecteur
devait voter. Boisclair ne présente aucun cadre financier
dun Québec indépendant. Il a donc manqué
à sa promesse initiale. Jusquà présent,
Mario Dumont reste toujours incapable daligner les chiffres de
ses surprenantes et incalculables promesses. Jean Charest est le seul
qui a proposé une façon de dépenser les deniers
publics de la prochaine année. Au lieu de voter pour
linconnu, les gens voteront-ils pour la continuité, le
26 mars prochain? La réponse, dans moins de trois semaines.