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Quand il fait froid dans ma nuit

Nestor Turcotte

Matane

 

J’ai vécu plusieurs années sous les tropiques. Là-bas, comme ici, il y a des itinérants. Des gens qui quêtent pour manger. Des gens qui cherchent, la nuit venue, un abri pour se protéger, soit des intempéries, soit du froid, comme ici, à Montréal. Tous les grandes villes du monde ont leurs itinérants. J’en ai rencontré en Australie comme à Lyon et Toulouse en France. A Athènes comme à Istanbul, à Rome comme à Londres. Ils tendant la main pour avoir un peu d’argent pour manger; ils demandent asile pour passer la nuit.

Selon des statistiques récentes, les personnes en situation d’itinérance augmentent d’une façon surprenante, tant à Montréal qu’à Québec. Plus de 28 000 personnes se retrouvent dans cette situation à Montréal et environ 12 000 à Québec.

Mais vivre en itinérant à Sydney (Australie) et à Montréal n’est pas tout à fait la même chose. La nuit venue, un itinérant, comme tout être humain, veut essayer de dormir dans un calme relatif. Sous les tropiques, à 27 degrés Celsius, la nuit, un banc de parc peut convenir. Mais lorsqu’il fait, comme ces temps-ci, moins 20 degrés dans la bise glaciale, le banc du parc est carrément inadmissible.

L’itinérant, pour trouver un peu de chaleur, cherche un endroit plus chaud, un milieu moins hostile que le vent du Nord, la rafale qui gèle le visage en quelques secondes. Il m’est arrivé, comme tout le monde, de croiser, sur la rue Sainte Catherine, à Montréal, des gens, emmitouflés dans ce qu’il leur sert de manteau, ou enroulés dans des boîtes de carton. Il m’est arrivé d’en voir, couchés sur des bouches d’air chaud d’un grand hôtel, non loin de la station Berri-Uquam.

J’en appelle au Ministère du Bon sens à Québec pour qu’on trouve une solution à cette situation inhumaine. Au moins pour la période hivernale. Aussi, j’en appelle aussi, éventuellement, à un bon curé qui dit, en chaire, que le Seigneur est dans le pauvre et qui cherche des moyens de le concrétiser.  Qu’il les accueille à bras ouverts, au moins, pour la période des temps froids, dans son sous-sol d’église chauffé et qui ne sert à rien, sinon pour des réunions sur l’avenir de l’Église, ou pour des parties de bingo. Si l’Église de Montréal ou celle de Québec voulait faire quelque chose de concret pour ceux qu’elle dit aimer de toutes ses forces, à l’aurore du carême 2006 qui commence ce 1er mars, elle a ici toute une chance de le faire.

A défaut de faire salle comble au premier plancher, elle retrouverait son sous-sol d’église débordant d’itinérants qui sont les visages modernes du Seigneur souffrant. Et c’est ainsi qu’elle retrouverait le Christ ressuscité dans le pauvre qui n’a pas une pierre où reposer sa tête.

On dirait alors que l’Église est passée de la parole aux&ldots;actes!

 

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