Pour terminer ces entretiens de Carême, je
minspire largement des écrits du théologien
François Varillon. Si jétais évêque
dun diocèse Dieu men protège et
surtout, je nen suis pas digne jexigerais que tous
les catholiques de mon diocèse achètent le livre de
François Varillon, Joie de croire, joie de vivre,
Centurion, 1980.
Je ferais une obligation à tous mes
prêtres de transmettre cet enseignement aux fidèles de
chaque paroisse.
Tout un chantier !
Le mystère pascal, le mystère de la
mort et de la résurrection du Seigneur est le centre de la vie
chrétienne. Comme le point est le centre du cercle. Le
mot hébreu pour désigner Pâques, cest
Pesah. Transposé en grec et en latin, ça devient
pascha. En français, pâque.
On peut dire aussi sans errer, sans se tromper,
que Pâques est la vie chrétienne tout court. Comment en
parler sans tomber dans le dualisme facile? Parton dun
fait : le chrétien est appelé à une vie
nouvelle qui ne sera pas autre que celle que nous avons vécue,
mais transformée par la grâce du Christ ressuscité.
Pour expliquer la réalité
mystérieuse de la résurrection le
prêtre-théologien François Varillon part
dune constatation bien simple : quand il sagit
dun être vivant, une croissance nest jamais un
grossissement, mais toujours une transformation. Encore : une transfiguration.
Les chrétiens sont appelés à
une transfiguration, à une transformation, à une métamorphose.
Varillon met laccent sur le préfixe
«trans». Car cest bien cette particule du mot qui est
la plus importante. Nous parlons souvent de transport, de transfert,
de transatlantique, de transcontinental, etc. Le préfixe
«trans» veut dire : mort à quelque chose
et naissance de quelque chose dautre.
Demain, je peux être transporté
à Paris par avion. Je peux être transporté par
train à Vancouver. Ce qui veut dire que je vais mourir à
mon chez moi habituel - chacun y met le nom de sa ville ou son
village pour naître à Paris ou à
Vancouver. Paris, ce nest pas Matane en plus gros :
cest autre chose. Vancouver, ce nest pas Matane en plus
gros : cest autre chose. Toute notre vie est faite de ces
transformations. Donnons quelques exemples courants de la vie.
Premier exemple :
Une femme nest pas une grosse petite fille.
Imaginez, un seul instant, une petite fille grossissant sans
transformation jusquà lâge adulte. On aurait
un monstre et non un être humain. Pour que la petite fille
devienne un adulte, elle doit subir une transformation. La plupart
des chrétiens vivent en pensant que le ciel, par exemple, ce
ne sera que ce qui se passe sur terre, mais en meilleur, en plus
beau. Ils projettent dans lavenir ici,
léternité le bonheur humain
daujourdhui. Et le bonheur humain de ce monde cest
bien manger, bien dormir, bien boire, avoir un bon mari ou une bonne
femme, une bonne santé, assez dargent pour jouir de la
vie, etc&ldots;. Ils projettent tout cela dans le futur et le
ciel devient lagrandissement sans limite de ce bonheur humain.
Si Dieu nest pas sourd, - et je suppose
quil nous entend - il doit être surpris dentendre
certains de nos propos. Un homme vient de mourir. Il a eu 65 ans le
mois dernier. Quest-ce que vous entendez au salon mortuaire?
Des propos déternité? Pas du tout. Des
blasphèmes. Les bons catholiques sapitoient sur le sort
du moribond en disant quil nest pas chanceux, il na
pas eu le temps de jouir bien gros de sa pensée de vieillesse
du fédérale. Si Dieu entend cela, il doit être
en&ldots;tout ce que vous voudrez!
Alors, reprenons notre propos sur la
résurrection, ou la transformation. La petite fille ne sait
pas ce que veut dire devenir une grande personne. Pour y arriver,
elle doit subir une transformation. Une transfiguration. Même
chose dans la vie spirituelle. Il ny a pas de croissance
spirituelle sans transformation.
Deuxième exemple :
Le papillon nest pas une grosse chenille.
Pour que la chenille devienne papillon, il faut quelle meure,
quelle se dépouille de sa forme de chenille, quelle
soit transformée. Nempêche, dit François
Varillon, si la chenille avait lintelligence et si je lui
demandais : «Quest-ce que je peux faire pour ton
bonheur?» elle me répondrait sans doute : «Je
veux être la plus grosse des chenilles de la forêt afin
de régner sur le peuple des chenilles». Elle exigerait de
la puissance, de la renommée, du pouvoir, de la domination.
Mais alors, si cela se pouvait, la chenille ne
deviendrait jamais papillon. Elle ne serait jamais ce pourquoi elle a
été mise au monde. Ainsi en est-il dans la vie
spirituelle. Le chrétien doit subir une métamorphose.
Il nest pas fait pour dominer, avoir de la renommée, du
pouvoir, de la puissance.
Jésus, le soir du Jeudi-saint se
métamorphose, non en puissant de ce monde. Il sagenouille
et se transforme en serviteur. Lui linfiniment grand, il se
fait linfiniment petit. Lui le Très-Haut, il devient le Très-bas.
Troisième exemple :
Cest le plus intéressant des trois
exemples. Cest celui que Jésus a pris lui-même et
dont lÉvangile nous parlait le dimanche des Rameaux.
Cest lexemple du grain de blé (Jean, 12, 24).
Lépi qui pousse dans les champs
nest pas un gros grain de blé. Pour que le grain
devienne ce quil doit être, UN ÉPI, il faut
quil meure dans la terre.
François Varillon prend comme un malin
plaisir à préciser sa pensée. Voici ce quil
dit : Le grain de blé est parfaitement heureux dans son
grenier. Il ne pleut pas dans le grenier. Il ny a pas
dhumidité dans le grenier. Et les copains du tas de
blé sont bien gentils; il ny a pas de bagarre entre eux.
Il est heureux, très heureux&ldots;.le petit grain de blé.»
Par comparaison avec ce que nous appelons le
bonheur humain fortune, santé, maison, automobile,
argent il est heureux notre petit grain de blé. Mais
cest un bonheur de grain de blé dans un grenier. Et ce
nest pas mauvais en soi. On a le droit, dans sa vie
personnelle, de chercher le bonheur, de travailler à sa
santé, à avoir une certaine aisance. Mais, cest
un petit bonheur, parfois bien égoïste. La majorité
des chrétiens ne marchent dans la vie quuniquement en
vue de ce petit bonheur éphémère.
On peut même imaginer si on donne la
parole un instant à notre petit grain de blé
quil remercie le bon Dieu tous les soirs de lui avoir
donné tout ce quil a et tout ce quil est :
« Seigneur, je te remercie pour toutes tes grâces :
il ne pleut pas dans le grenier; il ny a pas
dhumidité dans le grenier; je suis bien tranquille
Seigneur. Cest parfait comme cela. Merci, Seigneur de me donner
tout cela si gentiment.»
Mais cette prière, qui ressemble tant
à celle de la majorité des chrétiens (qui
nen sont donc pas&ldots;.) sadresse à un Dieu qui
nexiste pas. Cette prière sadresse à une
IDOLE. Un Dieu qui serait le père et le garant dun petit
bonheur de grenier nexiste pas. Du moins, pas en christianisme.
Le Dieu des chrétiens existe et il est
celui qui va transformer le grain de blé pour quil
devienne ce pourquoi il existe : un épi.
Et Varillon de continuer sa petite parabole.
« Un jour, on charge le tas de blé
sur une charrette, puis on sort dans la campagne. Cest encore
mieux que le grenier, cest merveilleux : le ciel bleu, les
oiseaux, les fleurs&ldots;Mais le grain est toujours le grain. Il
nest pas transformé. Pieusement, il loue DIEU de plus
belle : La vie, cest encore beaucoup plus beau que je
pensais, cest formidable, Merci, Seigneur.»
Tout cela est bien beau, vrai jusquà
un certain point, mais on na pas encore touché le Dieu
de Jésus-Christ, tel que révélé dans la Bible.
«On arrive sur la terre fraîchement
labourée, on verse le tas de blé sur le sol et puis on
lenfonce dans la terre. A ce moment-là, le petit grain
ny comprend plus rien. Comme on dit autour de nous : Si
Dieu existait, de telles choses narriveraient pas.» Et
notre petit grain se met à regretter le bonheur de son
grenier, il se sent mourir, lhumidité le
pénètre jusquau centre de lui-même, il se dissout.»
Et les chrétiens ont envi de crier, comme
Simone de Beauvoir ou Jean-Paul et tant dautres : «Ma
foi, cest bien vrai : la vie est absurde !»
Quelques semaines plus tard, le grain est pourri.
Il est disparu dans la terre. Cest maintenant le temps de la
moisson. Le grain est devenu un bel épi et cest pour
cela quil existait. »
Toute transformation ou toute
transfiguration passe par la mort. TRANS&ldots;, cest toujours
quelque chose qui meurt pour faire naître autre chose.
Croître, cest être transformé. Et comme il
sagit ici de devenir Dieu par grâce, il faut bien que la
transformation soit radicale. Des transformations partielles sont
requises pour aboutir à des résultats partiels. Mais,
quand il sagit de linfini, du transcendant, de devenir ce
quest Dieu, il faut que la transformation soit radicale. Et la
transformation radicale, cest la mort. Cest le chemin
choisi par le Christ pour arriver à la Résurrection. La
métamorphose. La Transformation. Et le chrétien,
imitateur du Christ, doit suivre le même chemin pour atteindre
lultime transformation.
Lhistoire de lhumanité parle
de trois grandes pâques. De trois grands passages. Il y a eu
dabord la pâque des Hébreux, telle que nous la
raconte le livre de lExode dans lAncien testament; il y a
eu la pâque du Seigneur Jésus le Christ, et il y aura la mienne.
Un mot sur la première pâque, sur la
pâque des Hébreux. Le peuple, on le sait, était
esclave en Égypte. Dieu demande à Moïse
daller arracher son peuple à lesclavage. Il lui
demande, rien de moins, de prendre la direction de cette
libération bien particulière. Il lui demande de faire
passer (passage, Pâques) de la terre dÉgypte
où le peuple vit en esclavage et lamener en Palestine,
terre qui sera pour le peuple une terre de liberté.
Entre lÉgypte de lesclavage et
la Palestine de la liberté, il y a un désert immense.
Cest le désert du Sinaï. Il faut au peuple quarante
ans pour traverser le désert. (Note : le chiffre quarante
est évidemment symbolique. Il signifie ici un temps très
long).
Cest donc une longue marche
quentreprend Moïse vers la terre de liberté. Mais
le peuple a faim; il a soif; il rechigne. Il pense même
quil était mieux de vivre en Égypte, même
si on était en situation desclavage. Le peuple veut
revenir en arrière, comme le petit grain de blé quand
il se sent enfoncer dans la terre humide. Il veut se retrouver dans
son grenier.
Mais Moïse résiste au plein. Et
finalement le peuple débouche dans la liberté.
Cest là toute lhistoire de
toute vie humaine. Entre la liberté et le bonheur, les peuples
ont tendance à choisir&ldots;le bonheur. Entre le bonheur et
la liberté, les peuples choisissent davantage le bonheur que
la liberté.
Que retenir de la pâque des Hébreux?
Ceci : quentre lÉgypte de lesclavage et
la Palestine de la liberté, il y a un désert et que ce
désert ne peut pas être court-circuité. Il
ny a pas déchappatoire. De peur daffronter
le désert, qui est ici limage de la mort, on
préfère le bonheur humain à la liberté de Dieu.
Il mest arrivé den faire
lexpérience devant certains auditoires où je
parlais de ces choses. Pour vérifier si les chrétiens
qui étaient devant moi étaient dauthentiques
chrétiens ( moi y compris&ldots;) je demandais la question
suivante : si vous aviez à choisir entre la liberté
de Dieu dans son Éternité et la prolongation de la vie
terrestre, dans un bonheur parfait, lequel choisiriez-vous ? Les gens
nosaient pas lever la main. Je connaissais leur réponse.
Et le degré de leur foi. Et aussi de la mienne. Car, souvent,
jattendais que les mains se lèvent pour me mêler
au groupe majoritaire.
La deuxième pâque est
évidemment la pâque du Christ. Je nai pas besoin
ici dinsister. Tous les entretiens du Carême en ont parlé.
Jésus passe de ce monde, où il
sest fait «esclave»&ldots;à son Père.
Le Fils de Dieu, un «esclave»? Le mot
est de Saint-Paul : «Lui, de condition divine, a pris la
condition desclave» ou : «Il a revêtu la
forme desclave» (Philippiens 2, 6-7).
Jésus passe de cette vie en forme
desclave à la vie en forme de Dieu, comme dit encore Saint-Paul.
Mais entre les deux, il y a un désert : cest le
calvaire. Cest la croix. Jésus monte au calvaire et va
vers la mort. En réalité, il va vers la vraie vie. Il
va vers la liberté.
Les chrétiens, à sa suite, ne
peuvent emprunter un autre chemin. Les prédicateurs qui
mannoncent le christianisme comme un chemin de roses me font
rire. Ils nont rien compris. Ils nont pas distinguer
entre la voie du bonheur et la voie de la liberté. La voie de
la liberté implique une mort constante, quotidienne.
Assumée et acceptée. Tout autre voie mène
à la perdition! Cest évangélique!
La troisième pâque de
lhistoire, cest la mienne. Mon travail quotidien, comme
catholique, cest de comprendre que chacune de mes
décisions humaines a une structure pascale. Cest par mes
décisions que je me construis et que je deviens un homme libre.
Mes décisions ont une structure pascale.
Elles sont un passage par la mort. François Varillon, le
théologien-prêtre, insiste énormément sur
cette réalité. Cest, selon lui, le b-a-ba de la
foi. Cest cela quil faut dabord transmettre aux
enfants lorsquon leur enseigne les premiers pas dans la foi.
La base est là. Pour eux, ce sera la
décision de partager leur chocolat de quatre heures avec un
camarade qui nen a pas. Petite décision, mais qui engage
déjà le fond de tout son être.
Toute décison est un passage par la mort
pour aller de lesclavage vers la liberté. Ma
décision marrache à lesclavage de mon
égoïsme, car cest de mon égoïsme que je
suis esclave. Mes décisions marrachent à
lesclavage et me font passer à lamour. Mais
larrachement à lesclavage est évidemment
une mort. Cest une mort partielle que de sarracher
à loreiller quand il fait froid, quand il y a du
brouillard&ldots;, mais cest le passage à la
liberté et une liberté proprement divine, puisque le
Christ divinise ce que nous humanisons.
Toute décision doit être humanisante
en quelque manière. Me faire plus homme en faisant les autres
et le monde plus humain. Cela, cest nécessairement la
mort. Et cela est vrai pour tout le monde, chrétien ou pas.
Une femme, même non chrétienne, qui
porte et attend son enfant doit mourir à certaines choses. Sa
grossesse est une mort, un renoncement à beaucoup de
réalités humaines. Un militant syndicaliste,
chrétien ou pas, doit accepter bien de renoncements parfois
pour faire avancer la cause de ceux quil défend. Chaque
jour, chacun vit ainsi de multiples morts partielles. Les
chrétiens croient, cependant, que ces morts partielles ont un
sens et quelles préparent la mort qui sera le
renoncement final à ce monde en vue de celui que Dieu fait,
à partir de celui qui nous aurons vécu sur terre.
Autrement dit, le chrétien croit que le monde terrestre
nest pas séparé du monde céleste. Ce que
Dieu va éterniser nest rien dautre que le monde
terrestre dans lequel chacun aura vécu. Tout comme
lépi nest rien dautre que le petit grain de
blé sacrifié dans la terre humide qui la englouti.
Ainsi donc, je suis transformé
progressivement par lensemble des décisions que je
prends librement et qui font mourir mon esclavage. Et tout cela se
termine, dans la mort finale, que je devrai assumer, qui sera
larrachement définitif à lesclavage de la
terre que je devrai quitter.
Je me fais un devoir dassister à la
messe pascale. Habituellement, à la veillée pascale,
quand cest possible. Il est étonnant dentendre le
genre dhomélie quon y tient parfois. Le discours
est habituellement sentimental, fort éloigné des
réalités dont je vous parle.
Il y a quelques années,
lhomélie de la veillée pascale me présenta
la résurrection sous cet angle fort particulier. Le
prêtre, en chaire, affirma que dans cette vie, on écrit
sur le premier côté de la page et quen entrant
dans léternité, on commence à écrire
de lautre côté. Une théologie
recto-verso. Rien de plus faux.
Dans cette vie on écrit sa vie. Son unique
vie terrestre. Dans léternité, Dieu divinise ce
que nous avons écrit dans cette vie terrestre. Si le
christianisme est autre chose, eh bien, je vous le dis sans ambages,
je &ldots;débarque!
La Résurrection ou la Divine
transformation est habituellement présentée en
opposition à la vie terrestre. Comme sil y avait deux
réalités qui sopposaient. La vie terrestre,
mauvaise, à rejeter, en opposition à la vie
céleste qui nous délivre de celle-ci. Une sorte
denvers et dendroit. Une sorte de recto-verso qui permet
décrire ici-bas la vie terrestre de côté-ci
de la page, et la vie céleste, de lautre
côté de la feuille. Rien de tel en christianisme.
La Divine transformation qui sopèrera
dans la Résurrection nest rien dautre que notre
humanité, notre vie terrestre que Dieu, par grâce, va
diviniser. Tout comme lépi de blé nest rien
dautre que le grain de blé mis en terre qui donne
beaucoup de fruits.
Alors, me direz-vous, comme le dit Saint-Paul,
avec quel corps ressusciterons-nous? Quest-ce quun corps
spirituel? La réponse est sans équivoque. Cest un
corps qui est ce quil doit être, cest
linstrument de lâme sans être aucunement un obstacle.
Mon corps (mon être) fait que je suis en ce
moment à Matane. Je ne puis être en même temps
à Paris. Si je communique et jéchange avec
quelquun à Matane, je ne puis le faire en même
temps à Paris, quoique ce soit mon désir le plus profond.
Mon corps psychique ou animal, devenu corps
spirituel, - je ne dis pas esprit; mon corps reste un corps
devient, dans la Résurrection, ce quil doit
être : pur instrument de communicatin et de communion
fraternelle sans être en aucune manière obstacle.
La Bible est explicite sur le sujet : dans
la Résurrection, rien de ce qui était caché, ne
sera pas connu. Nous serons transparents les uns aux autres. Il
ny aura plus la barrière du temps et de lespace
qui nous sépare tous présentement.
Les Apôtres disent quils ont vu le
Corps du Christ ressuscité. Ils ont peine à
décrire ce quils ressentent. Rien de plus normal.
Comment le grain de blé que nous sommes tous, pourrait-il
décrire lépi quil est déjà
sil ne savait pas déjà ce que cest parce
quil la déjà vu. Rien de tel dans la
métamorphose à venir. La mort est larrachement
à lesclavage terrestre. Mais cette mort, comme le dit le
poète Félix Leclerc, est grande&ldots;parce que
cest plein de vie la-dedans. Ces mots ne viennent pas dun
autre monde. Ils nous viennent du versant nord de lÎle dOrléans.
En guise de conclusion, je vous envoie ceci.
Merci à tous ceux qui, au cours de cette sainte quarantaine,
avez voulu suivre ces textes. Merci de les avoir partagé avec
vos amis.
Je vous laisse ma pensée personnelle sur
la Résurrection dans ce petit texte intitulé : La
grande métamorphose.
Merci !
La grande métamorphose
Les catholiques, les chrétiens en
général, ne sont pas meilleurs que les autres
êtres de la planète terre. Ils sont faibles,
pécheurs, et loin parfois de la sainteté à
laquelle il aspirent et qui devrait être leur unique préoccupation.
Leur spécification repose sur le fait
quils portent, dans la foi, une espérance nouvelle,
révélée et vécue par leur Dieu, qui non
seulement a dit quIl est celui qui est, mais qui est
celui qui a pris chair dans notre humanité, pour la
métamorphoser hors du temps et de lespace, en un acte
qui népuise jamais le mystère de ce que peut
être un être entré dans léternité.
Le chrétien catholique sait que
lhumain lui-même, pour saffirmer ou se maintenir en
tant quhumain, pour ne pas déchoir
irrémédiablement, suppose un principe qui le transcende
et qui ne se laisse pas réduire aux données de la
raison naturelle. Il a compris que la position de lhomme sans
Dieu et contre Dieu conduit à la négation et à
la destruction de lhomme. Il a compris que là où
il ny a pas de Dieu, il ny a point dhomme.
Cependant, Pâques ninvente pas Dieu.
Les humains savaient, avant le Christ, que Dieu existait.
Pâques, cest le résumé de lhistoire
du petit peuple hébreu qui a accueilli dans son histoire
quelque chose de neuf, de nouveau, quelque chose dinédit.
Le peuple hébreu affirme, - et cest là le
nouveau - que lAbsolu existe bien et quil est tout autre
que le monde. Pour les catholiques, qui prennent le relais,
lAbsolu nest pas seulement lUnique Être qui
est autre que le monde. LAbsolu vient dans le monde pour en
sortir glorifié, et dire à lhomme quil a
une destinée identique à Celui qui la
envoyé. Il a la certitude que tout son être, par don de
Dieu, sera métamorphosé en un Être de gloire,
tout comme le Premier, qui, le jour de Pâques est sorti du tombeau.
La création actuelle, don de Dieu, est
présentement à létat de germe. Comme le
blé qui tombe en terre, la première création
doit pourrir, disparaître. Dieu, de ce pourrissement temporel,
fera surgir de lintemporel, de léternel. Le
Christ, glorifié, lumière du monde, est à la
tête de cette humanité, hors du temps et de
lespace. Lhomme nest donc pas encore
réalisé. Ce qui reste à re-créer en lui,
est plus grand que ce quil peut en apercevoir dans le temps
présent. Le Christ est celui qui fait naître la nouvelle
création surnaturelle. Cest ce que la
chrétienté attend dans la foi pascale. Pâques,
lumière des nations est un fantastique «coup
dil» sur léternité.
Joyeuse Lumière pascale!