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Lumière pascale

 

Dimanche de Pâques, 16 avril 2006

 

 

Pour terminer ces entretiens de Carême, je m’inspire largement des écrits du théologien François Varillon. Si j’étais évêque d’un diocèse – Dieu m’en protège et surtout, je n’en suis pas digne – j’exigerais que tous les catholiques de mon diocèse achètent le livre de François Varillon, Joie de croire,  joie de vivre, Centurion, 1980.

Je ferais une obligation à tous mes prêtres de transmettre cet enseignement aux fidèles de chaque paroisse. 

Tout un chantier !

Le mystère pascal, le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur est le centre de la vie chrétienne. Comme le point est le centre du cercle. Le mot  hébreu pour désigner Pâques, c’est Pesah. Transposé en grec et en latin, ça devient pascha. En français, pâque.

On peut dire aussi sans errer, sans se tromper, que Pâques est la vie chrétienne tout court. Comment en parler sans tomber dans le dualisme facile? Parton d’un fait : le chrétien est appelé à une vie nouvelle qui ne sera pas autre que celle que nous avons vécue, mais transformée par la grâce du Christ ressuscité.

Pour expliquer la réalité mystérieuse de la résurrection le prêtre-théologien François Varillon part d’une constatation bien simple : quand il s’agit d’un être vivant, une croissance n’est jamais un grossissement, mais toujours une transformation. Encore : une transfiguration. 

Les chrétiens sont appelés à une transfiguration, à une transformation, à une métamorphose.

Varillon met l’accent sur le préfixe «trans». Car c’est bien cette particule du mot qui est la plus importante. Nous parlons souvent de transport, de transfert, de transatlantique, de transcontinental, etc. Le préfixe «trans» veut dire :  mort à quelque chose et naissance de quelque chose d’autre.

Demain, je peux être transporté à Paris par avion. Je peux être transporté par train à Vancouver. Ce qui veut dire que je vais mourir à mon chez moi habituel  - chacun y met le nom de sa ville ou son village – pour naître à Paris ou à Vancouver. Paris, ce n’est pas Matane en plus gros : c’est autre chose. Vancouver, ce n’est pas Matane en plus gros : c’est autre chose. Toute notre vie est faite de ces transformations. Donnons quelques exemples courants de la vie.

Premier exemple :

Une femme n’est pas une grosse petite fille. Imaginez, un seul instant, une petite fille grossissant sans transformation jusqu’à l’âge adulte. On aurait un monstre et non un être humain. Pour que la petite fille devienne un adulte, elle doit subir une transformation. La plupart des chrétiens vivent en pensant que le ciel, par exemple, ce ne sera que ce qui se passe sur terre, mais en meilleur, en plus beau. Ils projettent dans l’avenir – ici, l’éternité – le bonheur humain d’aujourd’hui. Et le bonheur humain de ce monde c’est bien manger, bien dormir, bien boire, avoir un bon mari ou une bonne femme, une bonne santé, assez d’argent pour jouir de la vie, etc&ldots;. Ils projettent tout cela dans le futur et le ciel devient l’agrandissement sans limite de ce bonheur humain.

Si Dieu n’est pas sourd, - et je suppose qu’il nous entend - il doit être surpris d’entendre certains de nos propos. Un homme vient de mourir. Il a eu 65 ans le mois dernier. Qu’est-ce que vous entendez au salon mortuaire? Des propos d’éternité? Pas du tout. Des blasphèmes. Les bons catholiques s’apitoient sur le sort du moribond en disant qu’il n’est pas chanceux, il n’a pas eu le temps de jouir bien gros de sa pensée de vieillesse du fédérale. Si Dieu entend cela, il doit être en&ldots;tout ce que vous voudrez!

Alors, reprenons notre propos sur la résurrection, ou la transformation. La petite fille ne sait pas ce que veut dire devenir une grande personne. Pour y arriver, elle doit subir une transformation. Une transfiguration. Même chose dans la vie spirituelle. Il n’y a pas de croissance spirituelle sans transformation.

Deuxième exemple :

Le papillon n’est pas une grosse chenille. Pour que la chenille devienne papillon, il faut qu’elle meure, qu’elle se dépouille de sa forme de chenille, qu’elle soit transformée. N’empêche, dit François Varillon, si la chenille avait l’intelligence et si je lui demandais : «Qu’est-ce que je peux faire pour ton bonheur?» elle me répondrait sans doute : «Je veux être la plus grosse des chenilles de la forêt afin de régner sur le peuple des chenilles». Elle exigerait de la puissance, de la renommée, du pouvoir, de la domination.

Mais alors, si cela se pouvait, la chenille ne deviendrait jamais papillon. Elle ne serait jamais ce pourquoi elle a été mise au monde. Ainsi en est-il dans la vie spirituelle. Le chrétien doit subir une métamorphose. Il n’est pas fait pour dominer, avoir de la renommée, du pouvoir, de la puissance.

Jésus, le soir du Jeudi-saint se métamorphose, non en puissant de ce monde. Il s’agenouille et se transforme en serviteur. Lui l’infiniment grand, il se fait l’infiniment petit. Lui le Très-Haut, il devient le Très-bas.

Troisième exemple :

C’est le plus intéressant des trois exemples. C’est celui que Jésus a pris lui-même et dont l’Évangile nous parlait le dimanche des Rameaux. C’est l’exemple du grain de blé  (Jean, 12, 24).

L’épi qui pousse dans les champs n’est pas un gros grain de blé. Pour que le grain devienne ce qu’il doit être, UN ÉPI, il faut qu’il meure dans la terre.

François Varillon prend comme un malin plaisir à préciser sa pensée. Voici ce qu’il dit : Le grain de blé est parfaitement heureux dans son grenier. Il ne pleut pas dans le grenier. Il n’y a pas d’humidité dans le grenier. Et les copains du tas de blé sont bien gentils; il n’y a pas de bagarre entre eux. Il est heureux, très heureux&ldots;.le petit grain de blé.»

Par comparaison avec ce que nous appelons le bonheur humain – fortune, santé, maison, automobile, argent – il est heureux notre petit grain de blé. Mais c’est un bonheur de grain de blé dans un grenier. Et ce n’est pas mauvais en soi. On a le droit, dans sa vie personnelle, de chercher le bonheur, de travailler à sa santé, à avoir une certaine aisance. Mais, c’est un petit bonheur, parfois bien égoïste. La majorité des chrétiens ne marchent dans la vie qu’uniquement en vue de ce petit bonheur éphémère.

On peut même imaginer – si on donne la parole un instant à notre petit grain de blé – qu’il remercie le bon Dieu tous les soirs de lui avoir donné tout ce qu’il a et tout ce qu’il est : « Seigneur, je te remercie pour toutes tes grâces : il ne pleut pas dans le grenier; il n’y a pas d’humidité dans le grenier; je suis bien tranquille Seigneur. C’est parfait comme cela. Merci, Seigneur de me donner tout cela si gentiment.»

Mais cette prière, qui ressemble tant à celle de la majorité des chrétiens (qui n’en sont donc pas&ldots;.) s’adresse à un Dieu qui n’existe pas. Cette prière s’adresse à une IDOLE. Un Dieu qui serait le père et le garant d’un petit bonheur de grenier n’existe pas. Du moins, pas en christianisme.

Le Dieu des chrétiens existe et il est celui qui va transformer le grain de blé pour qu’il devienne ce pourquoi il existe : un épi. 

Et Varillon de continuer sa petite parabole.

« Un jour, on charge le tas de blé sur une charrette, puis on sort dans la campagne. C’est encore mieux que le grenier, c’est merveilleux : le ciel bleu, les oiseaux, les fleurs&ldots;Mais le grain est toujours le grain. Il n’est pas transformé. Pieusement, il loue DIEU de plus belle : La vie, c’est encore beaucoup plus beau que je pensais, c’est formidable, Merci, Seigneur.»

Tout cela est bien beau, vrai jusqu’à un certain point, mais on n’a pas encore touché le Dieu de Jésus-Christ, tel que révélé dans la Bible.

«On arrive sur la terre fraîchement labourée, on verse le tas de blé sur le sol et puis on l’enfonce dans la terre. A ce moment-là, le petit grain n’y comprend plus rien. Comme on dit autour de nous : Si Dieu existait, de telles choses n’arriveraient pas.» Et notre petit grain se met à regretter le bonheur de son grenier, il se sent mourir, l’humidité le pénètre jusqu’au centre de lui-même, il se dissout.»

Et les chrétiens ont envi de crier, comme Simone de Beauvoir ou Jean-Paul et tant d’autres : «Ma foi, c’est bien vrai : la vie est absurde !»

Quelques semaines plus tard, le grain est pourri. Il est disparu dans la terre. C’est maintenant le temps de la moisson. Le grain est devenu un bel épi et c’est pour cela qu’il existait. »

Toute transformation ou  toute transfiguration passe par la mort. TRANS&ldots;, c’est toujours quelque chose qui meurt pour faire naître autre chose. Croître, c’est être transformé. Et comme il s’agit ici de devenir Dieu par grâce, il faut bien que la transformation soit radicale. Des transformations partielles sont requises pour aboutir à des résultats partiels. Mais, quand il s’agit de l’infini, du transcendant, de devenir ce qu’est Dieu, il faut que la transformation soit radicale. Et la transformation radicale, c’est la mort. C’est le chemin choisi par le Christ pour arriver à la Résurrection. La métamorphose. La Transformation. Et le chrétien, imitateur du Christ, doit suivre le même chemin pour atteindre l’ultime transformation.

L’histoire de l’humanité parle de trois grandes pâques. De trois grands passages. Il y a eu d’abord la pâque des Hébreux, telle que nous la raconte le livre de l’Exode dans l’Ancien testament; il y a eu la pâque du Seigneur Jésus le Christ, et il y aura la mienne.

Un mot sur la première pâque, sur la pâque des Hébreux. Le peuple, on le sait, était esclave en Égypte. Dieu demande à Moïse d’aller arracher son peuple à l’esclavage. Il lui demande, rien de moins, de prendre la direction de cette libération bien particulière. Il lui demande de faire passer (passage, Pâques) de la terre d’Égypte où le peuple vit en esclavage et l’amener en Palestine, terre qui sera pour le peuple une terre de liberté.

Entre l’Égypte de l’esclavage et la Palestine de la liberté, il y a un désert immense. C’est le désert du Sinaï. Il faut au peuple quarante ans pour traverser le désert. (Note : le chiffre quarante est évidemment symbolique. Il signifie ici un temps très long).

C’est donc une longue marche qu’entreprend Moïse vers la terre de liberté. Mais le peuple a faim; il a soif; il rechigne. Il pense même qu’il était mieux de vivre en Égypte, même si on était en situation d’esclavage. Le peuple veut revenir en arrière, comme le petit grain de blé quand il se sent enfoncer dans la terre humide. Il veut se retrouver dans son grenier.

Mais Moïse résiste au plein. Et finalement le peuple débouche dans la liberté.

C’est là toute l’histoire de toute vie humaine. Entre la liberté et le bonheur, les peuples ont tendance à choisir&ldots;le bonheur. Entre le bonheur et la liberté, les peuples choisissent davantage le bonheur que la liberté.

Que retenir de la pâque des Hébreux? Ceci : qu’entre l’Égypte de l’esclavage et la Palestine de la liberté, il y a un désert et que ce désert ne peut pas être court-circuité. Il n’y a pas d’échappatoire. De peur d’affronter le désert, qui est ici l’image de la mort, on préfère le bonheur humain à la liberté de Dieu.

Il m’est arrivé d’en faire l’expérience devant certains auditoires où je parlais de ces choses. Pour vérifier si les chrétiens qui étaient devant moi étaient d’authentiques chrétiens ( moi y compris&ldots;) je demandais la question suivante : si vous aviez à choisir entre la liberté de Dieu dans son Éternité et la prolongation de la vie terrestre, dans un bonheur parfait, lequel choisiriez-vous ? Les gens n’osaient pas lever la main. Je connaissais leur réponse. Et le degré de leur foi. Et aussi de la mienne. Car, souvent, j’attendais que les mains se lèvent pour me mêler au groupe majoritaire.

La deuxième pâque est évidemment la pâque du Christ. Je n’ai pas besoin ici d’insister. Tous les entretiens du Carême en ont parlé.

Jésus passe de ce monde, où il s’est fait «esclave»&ldots;à son Père.

Le Fils de Dieu, un «esclave»? Le mot est de Saint-Paul : «Lui, de condition divine, a pris la condition d’esclave» ou : «Il a revêtu la forme d’esclave» (Philippiens 2, 6-7).

Jésus passe de cette vie en forme d’esclave à la vie en forme de Dieu, comme dit encore Saint-Paul. Mais entre les deux, il y a un désert : c’est le calvaire. C’est la croix. Jésus monte au calvaire et va vers la mort. En réalité, il va vers la vraie vie. Il va vers la liberté.

Les chrétiens, à sa suite, ne peuvent emprunter un autre chemin. Les prédicateurs qui m’annoncent le christianisme comme un chemin de roses me font rire. Ils n’ont rien compris. Ils n’ont pas distinguer entre la voie du bonheur et la voie de la liberté. La voie de la liberté implique une mort constante, quotidienne. Assumée et acceptée. Tout autre voie mène à la perdition! C’est évangélique!

La troisième pâque  de l’histoire, c’est la mienne. Mon travail quotidien, comme catholique, c’est de comprendre que chacune de mes décisions humaines a une structure pascale. C’est par mes décisions que je me construis et que je deviens un homme libre.

Mes décisions ont une structure pascale. Elles sont un passage par la mort. François Varillon, le théologien-prêtre, insiste énormément sur cette réalité. C’est, selon lui, le b-a-ba de la foi. C’est cela qu’il faut d’abord transmettre aux enfants lorsqu’on leur enseigne les premiers pas dans la foi.

La base est là. Pour eux, ce sera la décision de partager leur chocolat de quatre heures avec un camarade qui n’en a pas. Petite décision, mais qui engage déjà le fond de tout son être.

Toute décison est un passage par la mort pour aller de l’esclavage vers la liberté.  Ma décision m’arrache à l’esclavage de mon égoïsme, car c’est de mon égoïsme que je suis esclave. Mes décisions m’arrachent à l’esclavage et me font passer à l’amour. Mais l’arrachement à l’esclavage est évidemment une mort. C’est une mort partielle que de s’arracher à l’oreiller quand il fait froid, quand il y a du brouillard&ldots;, mais c’est le passage à la liberté et une liberté proprement divine, puisque le Christ divinise ce que nous humanisons.

Toute décision doit être humanisante en quelque manière. Me faire plus homme en faisant les autres et le monde plus humain. Cela, c’est nécessairement la mort. Et cela est vrai pour tout le monde, chrétien ou pas.

Une femme, même non chrétienne, qui porte et attend son enfant doit mourir à certaines choses. Sa grossesse est une mort, un renoncement à beaucoup de réalités humaines. Un militant syndicaliste, chrétien ou pas, doit accepter bien de renoncements parfois pour faire avancer la cause de ceux qu’il défend. Chaque jour, chacun vit ainsi de multiples morts partielles. Les chrétiens croient, cependant, que ces morts partielles ont un sens et qu’elles préparent la mort qui sera le renoncement final à ce monde en vue de celui que Dieu fait, à partir de celui qui nous aurons vécu sur terre. Autrement dit, le chrétien croit que le monde terrestre n’est pas séparé du monde céleste. Ce que Dieu va éterniser n’est rien d’autre que le monde terrestre dans lequel chacun aura vécu. Tout comme l’épi n’est rien d’autre que le petit grain de blé sacrifié dans la terre humide qui l’a englouti.

Ainsi donc, je suis transformé progressivement par l’ensemble des décisions que je prends librement et qui font mourir mon esclavage. Et tout cela se termine, dans la mort finale, que je devrai assumer, qui sera l’arrachement définitif à l’esclavage de la terre que je devrai quitter.

Je me fais un devoir d’assister à la messe pascale. Habituellement, à la veillée pascale, quand c’est possible. Il est étonnant d’entendre le genre d’homélie qu’on y tient parfois. Le discours est habituellement sentimental, fort éloigné des réalités dont je vous parle.

Il y a quelques années, l’homélie de la veillée pascale me présenta la résurrection sous cet angle fort particulier. Le prêtre, en chaire, affirma que dans cette vie, on écrit sur le premier côté de la page et qu’en entrant dans l’éternité, on commence à écrire de l’autre côté. Une  théologie recto-verso. Rien de plus faux.

Dans cette vie on écrit sa vie. Son unique vie terrestre. Dans l’éternité, Dieu divinise ce que nous avons écrit dans cette vie terrestre. Si le christianisme est autre chose, eh bien, je vous le dis sans ambages, je &ldots;débarque!

La Résurrection ou la Divine transformation est habituellement présentée en opposition à la vie terrestre. Comme s’il y avait deux réalités qui s’opposaient. La vie terrestre, mauvaise, à rejeter, en opposition à la vie céleste qui nous délivre de celle-ci. Une sorte d’envers et d’endroit. Une sorte de recto-verso qui permet d’écrire ici-bas la vie terrestre de côté-ci de la page, et la vie céleste, de l’autre côté de la feuille. Rien de tel en christianisme.

La Divine transformation qui s’opèrera dans la Résurrection n’est rien d’autre que notre humanité, notre vie terrestre que Dieu, par grâce, va diviniser. Tout comme l’épi de blé n’est rien d’autre que le grain de blé mis en terre qui donne beaucoup de fruits.

Alors, me direz-vous, comme le dit Saint-Paul, avec quel corps ressusciterons-nous? Qu’est-ce qu’un corps spirituel? La réponse est sans équivoque. C’est un corps qui est ce qu’il doit être, c’est l’instrument de l’âme sans être aucunement un obstacle.

Mon corps (mon être) fait que je suis en ce moment à Matane. Je ne puis être en même temps à Paris. Si je communique et j’échange avec quelqu’un à Matane, je ne puis le faire en même temps à Paris, quoique ce soit mon désir le plus profond.

Mon corps psychique ou animal, devenu corps spirituel, - je ne dis pas esprit; mon corps reste un corps – devient, dans la Résurrection, ce qu’il doit être : pur instrument de communicatin et de communion fraternelle sans être en aucune manière obstacle.

La Bible est explicite sur le sujet : dans la Résurrection, rien de ce qui était caché, ne sera pas connu. Nous serons transparents les uns aux autres. Il n’y aura plus la barrière du temps et de l’espace qui nous sépare tous présentement.

Les Apôtres disent qu’ils ont vu le Corps du Christ ressuscité. Ils ont peine à décrire ce qu’ils ressentent. Rien de plus normal. Comment le grain de blé que nous sommes tous, pourrait-il décrire l’épi qu’il est déjà s’il ne savait pas déjà ce que c’est parce qu’il l’a déjà vu. Rien de tel dans la métamorphose à venir. La mort est l’arrachement à l’esclavage terrestre. Mais cette mort, comme le dit le poète Félix Leclerc, est grande&ldots;parce que c’est plein de vie la-dedans. Ces mots ne viennent pas d’un autre monde. Ils nous viennent du versant nord de l’Île d’Orléans.

En guise de conclusion, je vous envoie ceci. Merci à tous ceux qui, au cours de cette sainte quarantaine, avez voulu suivre ces textes. Merci de les avoir partagé avec vos amis.

Je vous laisse ma pensée personnelle sur la Résurrection dans ce petit texte intitulé : La grande métamorphose.

Merci !

La grande métamorphose

Les catholiques,  les chrétiens en général,  ne sont pas meilleurs que les autres êtres de la planète terre. Ils sont faibles, pécheurs, et loin parfois de la sainteté à laquelle il aspirent et qui devrait être leur unique préoccupation.

Leur spécification repose sur le fait qu’ils portent, dans la foi, une espérance nouvelle, révélée et vécue par leur Dieu, qui non seulement a dit qu’Il est celui qui est, mais qui est  celui qui a pris chair dans notre humanité, pour la métamorphoser hors du temps et de l’espace, en un acte qui n’épuise jamais le mystère de ce que peut être un être entré dans l’éternité.

Le chrétien catholique sait que l’humain lui-même, pour s’affirmer ou se maintenir en tant qu’humain, pour ne pas déchoir irrémédiablement, suppose un principe qui le transcende et qui ne se laisse pas réduire aux données de la raison naturelle. Il a compris que la position de l’homme sans Dieu et contre Dieu conduit à la négation et à la destruction de l’homme. Il a compris que là où il n’y a pas de Dieu, il n’y a point d’homme.

Cependant, Pâques n’invente pas Dieu. Les humains savaient, avant le Christ, que Dieu existait. Pâques, c’est le résumé de l’histoire du petit peuple hébreu qui a accueilli dans son histoire quelque chose de neuf, de nouveau, quelque chose d’inédit. Le peuple hébreu affirme, - et c’est là le nouveau - que l’Absolu existe bien et qu’il est tout autre que le monde. Pour les catholiques, qui prennent le relais, l’Absolu n’est pas seulement l’Unique Être qui est autre que le monde. L’Absolu vient dans le monde pour en sortir glorifié, et dire à l’homme qu’il a une destinée identique à Celui qui l’a envoyé. Il a la certitude que tout son être, par don de Dieu, sera métamorphosé en un Être de gloire, tout comme le Premier, qui, le jour de Pâques est sorti du tombeau.

La création actuelle, don de Dieu, est présentement à l’état de germe. Comme le blé qui tombe en terre, la première création doit pourrir, disparaître. Dieu, de ce pourrissement temporel, fera surgir de l’intemporel, de l’éternel.  Le Christ, glorifié, lumière du monde, est à la tête de cette humanité, hors du temps et de l’espace. L’homme n’est donc pas encore réalisé. Ce qui reste à re-créer en lui, est plus grand que ce qu’il peut en apercevoir dans le temps présent. Le Christ est celui qui fait naître la nouvelle création surnaturelle. C’est ce que la chrétienté attend dans la foi pascale. Pâques, lumière des nations est un fantastique «coup d’œil» sur l’éternité.

Joyeuse Lumière pascale! 

 

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