« Ils arrivèrent à
Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit
à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple;
il renversa les tables des changeurs, et les sièges des
vendeurs de pigeons; et il ne laissait personne transporter aucun
objet à travers le temple. Et il enseignait et disait:
N'est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison
de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez
fait une caverne de voleurs. Les principaux sacrificateurs et les
scribes, l'ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire
périr; car ils le craignaient, parce que toute la foule
était frappée de sa doctrine. » (Marc 11, 15-18)
La lecture choisie pour ce troisième
dimanche du Carême semble en contradiction avec les propos
tenus lors des deux premiers dimanches du Carême. Le Dieu de
lalliance et damour, dont je vous parlais les deux
dernières semaines, semble avoir viré capot. Devant les
vendeurs du temple, Jésus pique toute une sainte colère.
Et jimagine quelques-uns de mes lecteurs qui tapent des mains
devant ce Dieu qui fait place nette. Enfin, un Dieu qui se manifeste,
qui affirme sa puissance, montre quil est bien le TOUT-puissant.
Les temps nont pas changé. Il
sen trouve parmi nous, très souvent, pour dire que
lépoque actuelle ne favorise pas la vie religieuse, que
les temples sont devenus des gobes sous, quils auraient besoin
dun grand élagage , quils sont trop luxueux,
quils engagent trop les finances des fidèles, et
quau pire, il faudrait les démolir. Dans la tourmente
présente, un certain nombre de catholiques rêvent
dune action éclatante de leur Dieu, qui viendrait
imposer sa Loi et corriger les infidèles qui se
détournent de ce quils pensent être le
véritable chemin du salut.
Cela me permet de vous proposer aujourdhui
une réflexion sur le TEMPLE dans les écrits bibliques,
tant dans lAncien que dans le Nouveau Testament. Une remarque
en partant. Toutes les religions du monde ont leurs temples. Le
temple est le lieu de la présence de la divinité. Pour
avoir visité personnellement les grandes mosquées de la
Turquie, particulièrement celles dIstanbul, laissez-moi
vous dire en passant, que nos églises catholiques du
Québec sont de minuscules maisons de Dieu par rapport à
ces monuments gigantesques qui masquent le territoire des cités
du monde musulman. LOratoire Saint-Joseph de Montréal
(excusez la comparaison!) fait figure de cabane à chiens
à côté de las Mosquée bleue dIstanbul.
Le temple est donc le lieu où lhomme
peut entrer en communication avec Dieu. Ce symbolisme est
omniprésent dans les religions. Au temps de Jésus, le
temple de Jérusalem est le signe de la présence de Dieu
parmi les hommes. Le judaïsme, en ce sens, néchappe
pas à ce symbolisme. Le temps est le lieu du sacré.
Jésus, en ce jour de sabbat, déroge en quelque
sorte à ce principe : il va sur les parvis du Temple et
pose un geste qui dérange encore aujourdhui.
Il convient donc que nous prenions ce dimanche
pour réfléchir sur le symbolisme du temple dans les
religions, sur le geste que pose Jésus et quel rôle le
temple doit-il occuper dans nos vies modernes.
1. Le Temple dans
lAncien Testament
Les Hébreux, du temps des Patriarches, ne
connaissent pas de Temple au sens strict du terme. Ils ont, comme le
dit lAncien Testament à plusieurs endroits, des lieux
sacrés, où ils invoquent le nom de Yahvé. La
Genèse en nomme trois : Béthel, Bersabée et Sichem.
Le Sinaï du livre de lExode où
Moïse reçoit les Tables de la loi est un de ces lieux
sacrés. Il est consacré par la manifestation de Dieu
lui-même à Moïse.
Or le surlendemain, dès le matin, il y eut
des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse
nuée sur la montagne, ainsi quun très puissant
son de trompe et , dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse
fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils
se tinrent au bas de la montagne. Or la montagne du Sinaï
était toute fumante parce Yahvé y était descendu
dans le feu; la fumée sen élevait comme une
fournaise et toute la montagne tremblait violemment. Le son de la
trompe allait samplifiant; Moïse parlait et Dieu lui
répondait dans le tonnerre. Yahvé descendit sur le
montagne du Sinaï, au sommet de la montagne. Yahvé
rappela Moïse au sommet de la montagne et Moïse monta.
(Ex.19, 16-21).
Larche dalliance, où Dieu
réside en permanence, où sont déposées
les Tables de la loi, devient le premier sanctuaire portatif des
Hébreux. Dieu est présent au milieu de son peuple
quil conduit dans le désert. Dans le livre de
lExode, chapitre 25 et 26, lauteur donne toutes les
prescriptions relatives à la construction de ce petit
sanctuaire. Cest ce nous appelons, encore une fois, lArche
de lalliance. Cest le lieu où Dieu réside.
Cest là où il rend ses oracles, doù
le nom de «Tente des Témoignages».
LArche dalliance est fait de bois
alors que commence à apparaître des lieux de culte
cananéens, bâtis généralement en pierres.
Le Dieu du Sinaï ne se mêle pas à la civilisation
païenne de Canaan. Il habite dans un lieu ou dans un endroit
différent des nations païennes.
David songe à moderniser, si on peut dire,
le lieu de culte traditionnel du peuple Hébreu. Après
avoir organisé la monarchie à la façon de nos
royaumes modernes, et sêtre construit un palais, il
rêve dédifier un temple à Yahvé.
Va dire à mon serviteur David : Ainsi
parle Yahvé. Est-ce toi qui me construiras une maison pour que
jy habite? Je nai jamais habité de maison depuis
le jour où jai fait monter dÉgypte les
Israélites jusquaujourdhui, mais
jétais en camp volant sous une tente et un abri. Pendant
tout le temps où jai voyagé avec tous les
Israélite, ai-je dit à un seul des juges
dIsraël que javais institués comme pasteurs
de mon peuple Israël : «Pourquoi ne me
bâtissez-vous pas une maison de cèdre?» (2 S 7, 5-7).
Dieu soppose donc à ce quon
lui fasse un temple à la manière des païens. Ce
nest pas David qui bâtira une maison (un temple) à
Dieu, cest Yahvé qui lui en bâtira une. Et le
temple de Dieu sera une dynastie.
Voici maintenant ce que tu diras à mon
serviteur David : Ainsi parle Yahvé Sabaot. Cest
moi qui tai pris au pâturage, derrière les brebis
pour être le chef de mon peuple Israël. Jai
été avec toi partout où tu allais; jai
supprimé devant toi tous tes ennemis. Je te donnerai un grand
nom comme le nom des plus grands de la terre. Je fixerai un lieu
à mon peuple Israël, je ly planterai, il demeurera
en cette place, il ne sera plus ballotté et les méchants
ne continueront pas à lopprimer comme auparavant,
depuis le temps où jinstituais des juges sur mon peuple
Israël; je te débarrasserai de tous tes ennemis.
Yahvé tannonce quil te fera une maison. Et quand
tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes
pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes
entrailles et jaffirmerai pour toujours son trône royal.
Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils :
sil commet le mal, je le châtierai avec une verge
dhomme et par les coups que donnent les humains. Mais ma faveur
ne lui sera pas retirée comme je lai retirée
à Saül, que jai écarté devant toi. Ta
maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi,
ton trône sera affermi à jamais.» (2S. 7,8-18).
Ainsi donc, en David, le sanctuaire idéal
reste le tabernacle du passé, celui qui rappelle le
séjour du peuple au désert, et celui que Dieu
rêve, ce nest pas une copie servile des temples
païens où se pratiquent des gestes idolâtriques,
magiques et immoraux. Le Temple idéal, Dieu le souhaite dans
la lignée dune dynastie qui lui sera fidèle.
Cest déjà, par anticipation, ce que dira Saint-Paul :
«Votre corps (votre être) est le Temple de lEsprit saint.»
Sous le règne de Salomon, cependant, le
projet de David se réalise. Sans être infidèle
à la tradition du Sinaï, la religion de Yahvé
saffirme avec force dans le Temple construit par le grand roi.
LArche dalliance en est le centre.
Alors Salomon convoqua les anciens
dIsraël à Jérusalem pour faire monter de la
Cité de David, qui est Sion, larche dalliance de
Yahvé. Tous les hommes dIsraël se
rassemblèrent auprès du roi Salomon, au mois
dÉtanim, pendant la fête, (cest le
septième mois), et les prêtres portèrent
larche et la Tente du Rendez-vous avec tous les objets
sacrés qui y étaient. Le roi Salomon et tout Israël
avec lui sacrifièrent devant larche moutons et
bufs en quantité innombrable et incalculable. Les
prêtres apportèrent larche de lalliance de
Yahvé à sa place, au Debir du Temple,
cest-à-dire au Saint des saints, sous les ailes
des chérubins. (I R. 8, 1-7).
En manifestant sa gloire au sein de la
nuée, Dieu signifie, selon le livre des Rois, quil
agrée ce Temple comme demeure où il fait habiter son nom.
Or quand les prêtres sortirent du
sanctuaire, la nuée remplit le Temple de Yahvé et les
prêtres ne purent pas continuer leur fonction, à cause
de la nuée; la gloire de Yahvé remplissait le Temple de
Yahvé. Alors Salomon dit : «Yahvé a
décidé dhabiter la nuée obscure. Oui, je
tai construit une demeure princière, une résidence
où tu habites à jamais.» (I R . 8, 10-13).
Dieu nest cependant pas lié à
ce signe sensible de sa présence. Les cieux ne sauraient
contenir Dieu. A plus forte raison une maison terrestre. Salomon dit alors :
Mais Dieu habitera-t-il vraiment avec les hommes
sur la terre? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le
peuvent contenir, moins encore cette maison que je tai
construite. (I R. 8, 27).
Ainsi donc lessentiel est sauvé,
même avec la construction, par Salomon, du somptueux temple de
Jérusalem. LArche dalliance est dans le Saint des
saints. Le lien avec le passé religieux de peuple hébreu
est maintenu. Et Dieu est avec son peuple, sans quil soit
contenu dans une quelconque fabrication des hommes.
La résidence de Dieu demeure le ciel. Le
Temple nest quune réplique de son palais
céleste. On vient de tout le pays, à Jérusalem,
pour contempler la face de Dieu.
Le Temple de Jérusalem devint vite un lieu
vide de sens. On y pratique des rituels. Le peuple qui le
fréquente oublie de pratiquer la loi divine. Ces
déviations expliquent pourquoi les grands prophètes
auront une attitude nuancée à son égard.
Le prophètes Ézéchiel,
Jérémie, Isaïe, dénoncent le
caractère superficiel du culte qui sy déroule.
Écoutez la parole de Yahvé,
prêtez loreille à lenseignement de notre
Dieu. Que mimportent vos innombrables sacrifices, dit
Yahvé. Je suis rassasié des holocaustes de bélier
et de la graisse de veaux; au sang des taureaux, des agneaux et des
boucs, je ne prends pas plaisir. Quand vous venez vous
présenter devant moi, qui vous a demandé de fouler mes
parvis? Napportez plus doblation vaine : cest
pour moi insupportable! Néoménie, sabbat,
assemblée, je ne supporte pas fausseté et
solennité. Vos néoménies, vos réunions,
mon âme les hait; elles me sont un fardeau que je suis
las de porter. Quand vous étendez les mains, je détourne
les yeux; vus avez beau multiplier les prières, moi je
nécoute pas. Vos mains sont pleines de sang :
lavez-vous, purifiez-vous! Ôtez de ma vue vos actions
perverses! Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien!
Recherchez le droit, redressez le violent! Faites droit à
lorphelin, plaidez pour la veuve! (Is. 1, 11-17).
Voici que jamène un malheur sur ce
peuple-là : cest le fruit de leur pensées,
car il nont pas fait attention à mes paroles et ils ont
méprisé ma loi. Que mimporte lencens
importé de Sheba, le roseau odorant qui vient dun
lointain pays? Vos holocaustes ne me plaisent pas, vos sacrifices ne
magréent pas. (Jr. 6, 19-20).
Mais voici que vous vous fiez à des
paroles mensongères, à ce qui est vain. Quoi! Voler,
tuer, commettre ladultère, se parjurer, encenser Baal,
suivre les dieux étrangers que vus ne connaissez pas, puis
venir se présenter devant moi en ce Temple qui porte mon nom,
et dire :«Nous voilà en sûreté!»
pour continuer toutes ces abominations! A vos yeux, est-ce un repaire
de brigands, ce Temple qui porte mon nom? Moi, en tout cas, je vois
clair, oracle de Yahvé! (Jr. 7, 8-12).
Le prophète Ézéchiel va
encore plus loin. Il affirme que Yahvé envisage
dabandonner la demeure quil sest choisie. Il
annonce même que ce Temple sera détruit puisque
quil sy commet des gestes et des actes abominables. (cf.
Visions des péchés de Jérusalem en
Ézéchiel, chapitre 8).
Les tentatives de réforme ne
réussissent pas. Les menaces prophétiques alors se
réalisent. Le Temple est détruit. La gloire de
Yahvé a abandonné sa demeure profanée.
Est-ce la fin du Temple de Jérusalem? Non.
Ézéchiel a minutieusement prévu sa
reconstruction à lheure de la restauration nationale.
Voir tout le chapitre 40 du livre du prophète. Et dans ce
second Temple, le culte reprend comme par le passé. Il devient
à nouveau un signe de la présence de Dieu parmi le
peuple hébreu. Tous sy rendent en pèlerinage. Et
quand le roi Antiochus le profane en y installant un culte païen,
le peuple juif se soulève. Cette guerre sainte vise à
restaurer le culte traditionnel.
Tranquillement, surtout depuis
lépoque prophétique et les menaces
proférées par Jérémie, la destruction du
Temple suivi de lexil, et malgré lattachement
à reconstruire le temple et la continuation du culte
traditionnel, un courant nouveau apparaît dans la
mentalité du peuple choisi. De plus en plus, on met en
évidence un culte plus spirituel, un culte qui correspond aux
exigences de la religion du cur, comme le souhaite le
prophète Jérémie.
Voici venir des jours oracle de
Yahvé où je conclurai avec la maison
dIsraël une alliance nouvelle. Non pas comme
lalliance que jai conclue avec leurs pères, le
jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays
dÉgypte mon alliance queux-mêmes ont
rompu bine que je fusse leur Maître, oracle de Yahvé!
Mais voici lalliance que je conclurai avec la maison
dIsraël après ces jours-la, oracle de Yahvé.
Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je
lécrirai sur leur cur. Alors je serai leur Dieu et
eux seront mon peuple. (Ez. 11, 16).
Au terme de lexil, les prophètes
sont très explicites. Ils mettent les Juifs en garde contre
lattachement excessif au Temple de pierre.
Ainsi parle Yahvé!
Le ciel est mon trône, et la terre
lescabeau de mes pieds. Quelle maison pourriez-vous me
bâtir, et quel pourrait être le lieu de mon repos, quand
tout cela, cest ma main qui la fait, quand tout cela est
à moi, oracle de Yahvé! Mais celui sur qui je porte les
yeux, cest le pauvre et lhumilié, celui qui
tremble à ma parole. On sacrifie le buf, on abat un
homme. On immole lagneau, on assomme le chien; on
présente une offrande, cest du sang de porc; on fait un
mémorial dencens, une bénédiction
abominable; tous ces gens ont choisi leurs voies, et leur âme
se complaît dans leurs horreurs. Moi aussi, jai plaisir
à me moquer deux, jamènerai sur eux ce
quils redoutent parce que jai appelé et nul
na répondu, jai parlé et nul na
entendu; ils ont fait ce qui est mal à mes yeux, ils ont pris
plaisir à ce qui me déplaît. (Is. 66, 1s).
De plus en plus le culte spirituel requis à
Dieu, saccompagne mieux dune présence spirituelle
de Dieu, non reliée à la présence dun
Temple de pierre. Yahvé réside dans le ciel et il
entend, peu importe lendroit où chacun vit et demeure,
les prières de ses fidèles. Il nest plus
nécessaire daller au Temple pour voir Dieu. Dieu peut se
rencontrer dans la cur intime de chaque être humain,
puisque là est SA demeure.
2. Jésus-Christ,
le nouveau Temple
Jésus, à lexemple des
prophètes, professe pour le temple de Jérusalem un
profond respect. On le retrouve, à douze ans, au milieu des
docteurs de la loi. Il sy rend pour célébrer les
fêtes juives. Il en approuve les rites mais il condamne
certaines pratiques qui risquent den déformer le sens.
Quand donc tu présentes ton offrande
à lautel, si là tu te souviens que ton
frère a quelque chose contre toi, laisse là ton
offrande, devant lautel, et va dabord te
réconcilier avec ton frère, puis reviens, et alors
présente ton offrande. (Mt.5, 23).
(En passant, si on appliquait cela dans nos
églises, sans doute se videraient-elles à
loffertoire et la ..quête diminuerait).
Dans lévangile de ce dimanche,
Jésus sindigne publiquement quon fasse du Temple
un lieu de trafic; il sempare dun fouet et les chasse
comme dans un geste prophétique.
A vos yeux, est-ce un repaire de brigands, ce
Temple qui porte mon nom? (Jr. 7, 11).
Il prédit même la destruction du Temple.
Comme Jésus sortait du Temple et sen
allait, ses disciples sapprochèrent pour lui faire voir
les constructions du Temple. Mais il leur répondit :
«Vous voyez tout cela, nest-ce pas? En vérité
je vous le dis, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit
jetée bas. Et, comme il était assis sur le mont des
Oliviers, les disciples sapprochèrent de lui, en
particulier, et demandèrent :«Dis-nous quand cela
aura lieu, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin
du monde.» (Mt.24, 1-4).
Au cours de son procès, quelquun lui
reproche davoir dit quil détruirait ce temple
bâti de main dhomme, et quen trois jours il en
rebâtirait un nouveau non fait de main dhomme.
Alors quil est sur la Croix, les passants
lui rappellent ces paroles.
Les passants linjuriaient en hochant la
tête en disant :«Toi qui détruis le Sanctuaire
et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu
es le fils de Dieu, et descends de la croix! (Mt.27, 39-41).
En mourrant sur le Croix, lÉvangile
affirme que le voile du Temple se déchire, afin de bien
montrer que lancien sanctuaire perd son caractère
sacré. Le temple juif a fini de remplir sa fonction comme
signe de la présence de Dieu sur terre. LUnique signe
est pendu à la Croix. Cest Lui, le Temple nouveau.
En effet, Jésus est le temple nouveau.
Alors les Juifs prirent la parole et lui
dirent :«Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi?»
Jésus leur répondit :«Détruisez ce
sanctuaire et en trois jours je le relèverai.»
Les Juifs lui dirent alors :«Il a fallu
quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois
jours tu le relèveras? Mais lui parlait du sanctuaire de son
corps. Aussi, quand il ressuscita dentre les morts, ses
disciples se rappelèrent quil avait dit cela, et ils
crurent à lÉcriture et à la parole
quil avait dite. (Jn. 2,18-23).
Le Temple nouveau est entré dans
lhistoire humaine. Il nest pas fait de main dhomme.
Cest le Verbe même de Dieu, cest le Fils de Dieu,
et il ny en aura pas dautre. Il est la demeure de Dieu
parmi les hommes.
Pour que naisse ce temple, il faut que le temple
ancien soit détruit. Ainsi en sera-t-il de son corps
terrestre. Il faut que Jésus meurt et ressuscite. Le Temple de
son corps sera détruit et rebâti, transfiguré,
métamorphosé, puisque cest la volonté du Père.
Après sa résurrection, ce corps
ressuscité, présence de Dieu parmi les hommes, corps
terrestre transfiguré en un corps céleste, corps
psychique devenu corps pneumatique, est présent en tous lieux
et jusquà la fin des siècles dans la
célébration de la très sainte Eucharistie.
Historiquement, les choses se passèrent
ainsi. Le Temple ancien, celui qui existait au temps de Jésus
sur terre, sera détruit par les Romains en lan 70. Le
Temple en pierre est maintenant terminé. LUnique et
Véritable Temple est la Présence constante du Christ de gloire.
Cette mutation, il faut bien le dire, ne
sest pas réalisée dun seul coup. Durant la
période de transition qui suivit la Pentecôte, les
apôtres et les fidèles convertis continuent à
fréquenter le Temple de Jérusalem qui ne sera
détruit que quelques années après le
départ de Jésus à lAscension.
Jour après jour, dun seul cur,
ils fréquentaient assidûment le Temple et
rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec
allégresse et simplicité de cur. Ils louaient
Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le
Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient
sauvés. (Ac. 2,46)
Pierre et Jean montaient au Temple pour la
prière de la neuvième heure. Or on apportait un
impotent de naissance quon déposait tous les jours
à la porte du Temple appelée la Belle, pour demander
laumône à ceux qui y entraient. Voyant Pierre et
Jean sur le point de pénétrer dans le Temple, il leur
demanda laumône. Alors Pierre fixa les yeux sur lui,
ainsi que Jean, et dit :«Regarde-nous.»Il tenait son
regard attaché sur eux, sattendant à en recevoir
quelque chose. Mais Pierre dit :«De largent et de
lor, je nen ai pas, mais ce que jai je te le
donne : au nom de Jésus Christ le Nazôréen,
marche!» Et le saisissant par la main droite, il le releva. A
linstant ses pieds et ses chevilles saffermirent;
dun bond, il faut debout, et le voilà qui marchait. (Ac.
3, 1-9).
Lentement, cependant, des gestes de ruptures se
posent. Ici, il faut relire tout le discours dÉtienne,
au chapitre 7 des Actes des Apôtres. Cest une des plus
belles catéchèses de la primitive Église. Ces
paroles, dailleurs, furent jugées comme
blasphématoires. Cest pourquoi, on le lapida.
Cest lapôtre Paul qui
sexprimera le plus sur le nouveau Temple spirituel. Les
chrétiens, selon lui, prendront progressivement conscience
quils sont le nouveau Temple spirituel, quils sont le
Corps mystique du Christ. Quils sont donc lÉglise.
LÉglise est le Temple de Dieu,
édifié sur le Christ. Le Christ est la fondement, la
pierre angulaire de ce nouvel édifice spirituel. Temple
nouveau, où tous ont accès, Juifs et païens, sans distinction.
Selon la grâce de Dieu qui ma
été accordée, tel un bon architecte, jai
posé le fondement. Un autre bâtit dessus. Mais que
chacun prenne garde à la manière dont il y bâtit.
De fondement, en effet, nul nen peut poser dautre que
celui qui sy trouve, cest-à-dire
Jésus-Christ. Que si sur ces fondements on bâtit avec de
lor, de largent, des pierres précieuses, du bois,
du fion, de la paille, luvre de chacun deviendra
manifeste; le Jour, en effet, le fera connaître, car il doit se
révéler dans le feu, et cest ce feu qui
éprouvera la qualité de chacun. Si luvre
bâtie sur le fondement subsiste, louvrier recevra une
récompense; si son uvre est consumée, il en
subira la perte; quant à lui, il sera sauvé, mais comme
à travers le feu. (I Cor.2, 10-17)
Ainsi donc, vous nêtes plus des
étrangers ni des hôtes : vous êtes
concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la
construction que vous êtes a pour fondation les apôtres
et prophètes, et pour pierre dangle le Christ
Jésus lui-même. En lui, toute construction sajuste
et grandit en un temple saint, dans le Seigneur; en lui, vous aussi,
vous êtes intégrés à la construction pour
devenir une demeure de Dieu, dans lEsprit. (Éph.2, 19-22)
Individuellement, tous les membres de cette
Église sont pareillement des Temples de Dieu. Temples de
lEsprit saint, membres du Corps du Christ.
Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un
temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous ne vous
appartenez pas? Vous avez été bel et bien
achetés! Glorifiez donc Dieu dans votre corps (lire ici :
dans tout votre être)
(I Cor. 6, 19-29).
Ainsi donc, mes frères, nous sommes
débiteurs, mais non point envers la chair pour devoir vivre
selon la chair. Car si vous vivez selon la chair vous mourrez. Mais
si par lEsprit vous faites mourir les uvres du corps,
vous vivrez. (Rm. 8, 11).
Les deux réalités sont donc
liées : puisque le corps ressuscité de
Jésus, en qui habite corporellement la divinité, est le
temple de Dieu par excellence, les chrétiens, membres de ce
corps, sont avec lui le temple spirituel.
Car en lui habite corporellement toute la
Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui
associés à sa plénitude, lui qui est la
Tête de toute Principauté et de toute Puissance. (Col.2, 9).
Le Christ est donc la pierre vivante,
rejetée par les hommes mais choisie par Dieu. Les
fidèles, sont aussi pierres vivantes de ce nouvel
édifice spirituel, par un sacerdoce saint, en vue doffrir
des sacrifices spirituels (Rm.12, 1).
Voilà lauthentique Temple de Dieu.
Il nest plus fait de main dhomme. Il est luvre
de Dieu. Cest le Fils de Dieu lui-même donné
à lhumanité, dont il nous gratifie
dêtre, par le don de sa grâce. Le Christ, cest
lÉglise et lÉglise, dont nous sommes,
cest le Christ en ce monde. Se demander, en ce sens, si
lÉglise a un avenir est absolument absurde. Cest
comme se demander si Dieu en avait un. Tant et aussi longtemps
quil y aura, sur terre, un baptisé, le Christ et
lÉglise sera là.