Dimanche dernier, 1er dimanche du Carême,
nous avons parlé de la fidélité de Dieu envers
son peuple. Nous avons aussi abordé la fidélité
de Dieu pour lhumanité, sexprimant dans
lenvoi de son propre Fils, Serviteur obéissant et
fidèle, devenu chef de file de lhumanité
nouvelle. Cette notion de fidélité nous renvoie à
une autre réalité biblique tout aussi importante :
la notion dAlliance dans lhistoire du peuple de Dieu.
Le projet de Dieu dans la Bible consiste à
vouloir amener tous les hommes à une vie de communion avec
lui. Toute la doctrine catholique du salut est rattachée
à ce vouloir divin. On lexprime autrement en parlant de
lAlliance entre Dieu et sa créature. Dans
lAncien Testament, le thème de lalliance commande
toute la pensée religieuse du peuple hébreu. Dans le
Nouveau Testament, lAlliance acquiert toute sa plénitude,
car son contenu sassimile avec le mystère même du Christ.
1. LAlliance
dans lAncien Testament
Avant de devenir un rapport religieux entre Dieu
et les hommes, lalliance (en hébreu : berith)
appartient dabord à lexpérience sociale des
hommes. Toute la vie du peuple hébreu est faite de pactes et
de contrats.
Il y a dabord des accords entre groupes ou
individus égaux qui veulent sentraider. Ce sont des
alliances de paix. Il y a aussi des alliances entre frères. Il
y a des alliances damitié. Et le mariage lui-même
est vu comme une alliance, un pacte.
Il y a aussi des pactes entre partenaires
inégaux. Cest pratique courante dans lancien
Orient. Lhistoire biblique nous en donne plusieurs exemples.
Traités inégaux où le puissant promet sa
protection au plus faible, tandis que celui-ci sengage à
le servir. Ces pactes de vassalité, répétons-le,
étaient pratiques courantes dans lancien Orient.
La conclusion du pacte se fait selon un rite
consacré par lusage. Les parties sengagent sous
serment. On coupe en deux des animaux et lon passe entre les
morceaux en prononçant des imprécations contre les
transgresseurs éventuels.
Cest pourquoi, ainsi parle Yahvé.
Vous ne mavez pas obéi en rendant la liberté
chacun à son frère, chacun à son prochain. Eh
bien, moi, je vais rendre la liberté contre vous oracle
de Yahvé à lépée, à
la peste et à la famine, et faire de vous un objet
dépouvante pour tous les royaumes de la terre. Et ces
hommes qui ont trahi mon alliance, qui nont pas observé
les termes de lalliance conclue par eux en ma présence,
je vais les rendre pareils au veau quils ont coupé en
deux pour passer entre ses morceaux. (Jr. 34, 17).
Le pacte est un donc un geste sérieux. En
plus du rite que nous venons dinvoquer et qui est
pratiqué dans tout lancien Orient, il y avait un
mémorial à exécuter : on plantait un arbre
ou on dressait une pierre qui était désormais les
témoins de ce pacte.
Après quils eurent conclu alliance
à Bersabée, Abimélek se leva, avec Pikol, le
chef de son armée, et ils retournèrent au pays des
Philistins. Abraham planta un tamaris à Bersabée et il
y invoqua le nom de Yahvé, Dieu dÉternité.
(Gen. 21, 33). NOTE : tamaris : arbrisseau originaire
de lOrient, à petites feuilles en écailles,
à petites fleurs roses en épi, très
décoratif, qui croît dans les sables du littoral.
Alors Jacob prit une pierre et la dressa comme
une stèle. Et Jacob dit à ses frères :
«Ramassez des pierres.» Ils ramassèrent des pierres
et firent un monceau et ils mangèrent là, sur le
monceau. Laban le nomma Yegar Sahadûta et Jacob le nomma
Galéed. Laban dit :« Que ce monceau soit
aujourdhui un témoin entre toi et moi.» Cest
pourquoi il le nomma Galéed, et Miçpa, parce quil
dit :« Que Yahvé soit un guetteur entre moi et toi,
quand nous ne serons plus en vue lun de lautre. Si tu
maltraites mes filles, ou tu prends dautres femmes en sus de
mes filles et que personne ne soit avec nous, vois : Dieu est
témoin entre moi et toi.»
Et Liban dit à Jacob :«Voici ce
monceau que jai entassé entre moi et toi, et voici la
stèle. Ce monceau est témoin, la stèle est
témoin, que moi je ne dois pas dépasser ce monceau vers
toi et que toi tu ne dois pas dépasser ce monceau et cette
stèle, vers moi, avec de mauvaises intentions. Que le Dieu
dAbraham et le Dieu de Nahor jugent entre nous. Et Jacob
prêta serment devant le Parent dIsaac, son père.
Jacob fit un sacrifice sur la montagne et invita ses frères au
repas. Ils prirent le repas et passèrent la nuit sur la
montagne. (Gen. 31, 48ss).
Cette façon de faire des pactes ou des
contrats entre égaux et inégaux manifeste le respect de
la parole donnée entre les parties. Ces pactes se
concrétisent par des signes pour rappeler les ententes
conclues. Cest donc à partir de cette expérience
toute à fait humaine quIsraël va se
représenter ses rapports avec Dieu.
Le thème de lAlliance fait donc
partie de la pensée religieuse existentielle du peuple
hébreu. Cest une pièce essentielle de son
orientation spirituelle. Au Sinaï, le peuple
délivré du polythéisme, entre en Alliance avec
Yahvé et le culte envers lui devient pour ainsi dire la
religion nationale.
LAlliance dont il est question ici
nest pas un pacte entre partenaire égaux, mais entre
partenaires inégaux. Yahvé décide ici, avec une
souveraine liberté, daccorder son alliance à
Israël et il dicte évidemment ses conditions. Il ne faut
cependant pas pousser trop loin la comparaison entre les
traités sociaux entre partenaires inégaux de
lépoque de Moïse, puisquil sagit ici
dun ordre tout à fait à part : cette
Alliance du Sinaï révèle un aspect essentiel du
dessin du Salut apporté par Dieu.
Cest dan la vision du buisson ardent, dans
le livre de lExode, que Yahvé révèle
à Moïse à la fois son Nom et son dessein à
légard dIsraël. Dieu veut dabord
libérer son peuple de lÉgypte pour
linstaller en terre de Canaan.
Yahvé dit : «Jai vu la
misère de mon peuple qui est en Égypte. Jai
entendu son cri devant ses oppresseurs; oui, je connais ses
angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des
Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre
plantureuse et vaste, vers une terre où ruisselle le lait et
le miel.
Moïse faisait paître le petit
bétail de Jéthro, son beau-père, prêtre de
Madiân; il lemmena par-delà le désert et
parvint à la montagne de Dieu, lHoreb. LAnge de
Yahvé lui apparut, dans une flamme de feu, du milieu dun
buisson. Moïse regarda : le buisson était
embrasé mais le buisson ne se consumait pas. Moïse
dit :«Je vais faire un détour pour voir cet
étrange spectacle, et pourquoi le buisson ne se consume pas.
Yahvé vit quil faisait un détour pour voir, et
Dieu lappela du milieu du buisson. «Moïse,
Moïse», dit-il, et il répondit :«Me
voici.» Il dit :«Napproche pas dici,
retire tes sandales de tes pieds car le lieu où tu te tiens
est une terre sainte.» Et il dit» Je suis le Dieu de tes
pères, le Dieu dAbraham, le Dieu dIsaac et le Dieu
de Jacob.» Alors Moïse se voila la face, car il craignait
de fixer le regard de Dieu. (Ex.3, 7-10).
Israël est le peuple choisi par Dieu. Il
veut lui donner une terre promise à ses Pères. Cela
suppose que ce peuple est, de la part de Dieu, un peuple à qui
il va faire une promesse.
Ce point étant acquis, Dieu peut
révéler maintenant son dessein dalliance.
«Si vous écoutez ma voix et observez
mon alliance, vous serez mon peuple privilégié parmi
tous les peuples. Car toute la terre est à moi, mais vous,
vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation
consacrée». (Ex. 19, 5s).
Voilà le don gratuit de Dieu à son
peuple. Cet extrait de lExode que je viens de citer montre bien
que lélection divine est gratuite : Dieu a choisi
Israël sans mérite de sa part. Il le choisit parce
quil aime ce peuple. Parce quil veut tenir la promesse
tenu à ses Pères.
Souviens-toi. Noublie pas que tu as
irrité Yahvé ton Dieu dans le désert. Depuis le
jour de la sortie du pays dÉgypte jusquà
son arrivée en ce lieu, vous avez irrité Yahvé,
et Yahvé sest mis en colère contre vous au point
de vous détruire. Jétais monté sur la
montagne pour prendre les tables de pierre, les tables de
lalliance que Yahvé concluait avec vous.
Jétais demeuré sur la montagne quarante jours et
quarante nuits sans manger de pain ni boire deau. Yahvé
mavait donné les deux tables de pierre écrites du
doigt de Dieu, conformes en tout point aux paroles quIl vous
avait dites du milieu du feu, sur la montagne, au jour de
lAssemblée. Au bout de quarante jours et quarante nuits,
mayant donné les deux tables de pierre, table de
lAlliance, Yahvé me dit :«Lève-toi
dici, descends en toute hâte, car ton peuple sest
perverti, lui que tu as fait sortir dÉgypte. Ils
nont pas tardé à sécarter de la voie
que je leur avais prescrite : ils se sont fait une idole de
métal fondu.» Puis Yahvé me dit :«
Jai vu ce peuple : cest un peuple à la nuque
raide. Laisse-moi, que je les détruise et que jefface
leur nom de dessous les cieux; et que je fasse de toi une nation plus
puissante et plus nombreuse que lui!» (Ex.9,7s).
Dieu a séparé Israël de toutes
les autres nations païennes. Pourquoi ce petit peuple perdu dans
lorient Ancien? Cela demeure et demeurera sans doute toujours
un mystère. Dieu se le réserve exclusivement pour lui.
Israël devient le peuple choisi. Le peuple élu. Il
deviendra le peuple du culte envers le Dieu unique. Il sera le
royaume où Dieu agit.
Face à lavenir, Yahvé lui
assure donc aide et protection. Il la fait lorsquil
la délivré de lesclavage
dÉgypte. Il le fera encore dans lavenir.
LAnge de Yahvé marchera devant lui pour lui faciliter la
conquête de la Terre promise. Il le comblera de
bénédictions. Il lui assurera vie et paix. La promesse
et lAlliance engagent tout le futur, même si le
détail de ce qui vient nest pas
révélé au peuple choisi.
Voici que je vais envoyer un ange devant toi,
pour quil veille sur toi en chemin et te mène au lieu
que je tai fixé. Révère-le et écoute
sa voix, ne lui sois point rebelle, il ne pardonnerait pas vos
transgressions car mon Nom est en lui. Mais si tu écoutes bien
sa voix et fais ce que je te dis, je serai lennemi de tes
ennemis et ladversaire de tes adversaires. Tu ne te
prosterneras pas devant leurs dieux ni ne les serviras; tu ne feras
pas ce quils font, mais tu détruiras leurs dieux et tu
briseras leurs stèles. Vous servirez Yahvé votre Dieu,
alors je bénirai ton pain et ton eau et je détournerai
de toi la maladie. (Ex. 23, 20-31).
Yahvé accorde son alliance au peuple
choisi. En lui faisant cette promesse, il impose cependant certaines
conditions quIsraël devra observer.
La première condition concerne le culte du
Dieu unique et la proscription de lidolâtrie.
Tu nauras pas dautres Dieux que moi.
(Ex. 20. 3ss).
Cela implique aussi le refus de toute alliance
avec les nations païennes.
Tu ne te prosterneras pas devant leurs dieux ni
ne les serviras. (Ex.23, 24).
Moïse exposa tout ce que Yahvé lui
avait prescrit. Alors tout le peuple répondit : «Tout
ce que Yahvé a dit, nous lobserverons. (Ex.19, 7s).
Ainsi donc le peuple choisi par Dieu est à
la croisée des routes. Sil obéit à Dieu,
il est assuré des bénédictions de Yahvé;
sil désobéit, il sassure de toutes les malédictions.
Divers objets perpétueront le pacte
conclu entre Yahvé et le peuple hébreu, attestant ainsi
lengagement dIsraël. Il y a dabord larche
dAlliance sorte de coffret dans lequel sont
déposés «les tables de la loi ou les tables du
Témoignage». Elle est le mémorial de
lalliance et le signe de la présence de Dieu parmi les siens.
Tu feras en bois dacacia une arche longue
de deux coudées et demie, large dune coudée et
demie et haute dune coudée et demie. Tu la plaqueras
dor pur, au-dedans et au-dehors, et tu feras sur elle une
moulure dor, tout autour. Tu fondras pour elle quatre anneaux
dor, et tu les mettras à ses quatre pieds : deux
anneaux dun côté et deux anneaux de lautre.
Tu feras aussi des barres en bois dacacia; tu les plaqueras
dor et tu engageras dans les anneaux fixés sur les
côtés de larche les barres qui serviront à
la porter. Les barres resteront dans les anneaux de larche et
nen seront pas ôtées. Tu mettras dans larche
le Témoignage que je te donnerai. (ex.25, 10-22).
La Tente où est placée lArche
contenant les tables du Témoignage présage le futur
Temple de Jérusalem, lieu de la rencontre de Dieu et son
peuple. Cest donc dans le concret, tout comme dans les pactes
sociaux faits dans lancien Orient, que se construit
lAlliance entre Yahvé et Israël. Ce que Dieu avait
promis à Moïse dans la vision du buisson ardent, voici
quil se réalise devant les yeux de tout le peuple.
Quel sens faut-il donner à cette Alliance
du Sinaï? On peut y voir ici un aspect essentiel du
dessein de salut : Dieu veut sattacher les hommes en
faisant avec eux une communauté cultuelle (une
communauté de culte) vouée à son service,
régie par sa Loi, dépositaire de ses promesses.
Dans cette première Alliance, la
plénitude du projet divin ne se réalise pas encore. Au
Sinaï, le projet divin est ambigu et reste vague,
imprécis. Il reste lié au destin historique dun
peuple. Le projet peut donc subir des revers, des rejets, voire des
incompréhensions. Il est aussi limité à une
seule nation, alors que la promesse est liée à
luniversalisme, sadresse à tous les hommes. Le
projet de Dieu et lAlliance définitive sera
scellée par la venue du Christ, roi de lUnivers,
promesse finale du Père, pour le Salut de toute lhumanité.
On connaît lhistoire des
infidélités du peuple choisi. Le message des
prophètes dIsraël sy réfère
constamment. LAlliance du Sinaï est souvent bafouée,
reniée et les infidélités ne se comptent plus.
Les prophètes annoncent au peuple les catastrophes qui
menacent le peuple pécheur qui se détourne de Dieu.
Les prophètes, sans délaisser le
pacte ancien qui se présentait toujours sous un aspect
juridique, utilisent un autre langage pour ramener le peuple à
son Dieu. Ils cherchent, dans lexpérience de ce peuple
à la nuque raide, des expériences qui toucheraient
davantage leur affectivité, des expériences humaines
plus près du cur, qui faciliteraient les rapports
mutuels de Dieu et le peuple qui retourne souvent à lidolâtrie.
Cest ainsi quIsraël devient le
troupeau deYahvé; il devient aussi la Vigne où
Yahvé est le vigneron. Israël passe pour être le
fils et Yahvé le Père. Israël encore passe pour
être lépouse et Yahvé
lÉpoux. Ces images de la vie du quotidien font
passer au second plan laspect juridique de lAlliance du
Sinaï. Elle la fait pénétrer dans la monde
affectif et créée des liens «amoureux» entre
Dieu et son peuple.
Je passai près de toi et je te vis, te
débattant dans ton sang. Je te dis, quand tu étais dans
ton sang : «Vis! et je te fis croître comme
lherbe des champs. Tu te développas, tu grandis et tu
parvins à lâge nubile. Tes seins
saffermirent, ta chevelure devint abondante; mais tu
étais toute nue.
Alors je passai près de toi et je te vis.
Cétait ton temps, le temps des amours.
Jétendis sur toi le pan de mon manteau et je couvris ta
nudité; je mengageai par serment, je fis un pacte avec
toi et tu fus à moi. Je te baignai dans leau, je lavai
le sang qui te couvrait, je toignis dhuile; je te
donnerai des vêtements brodés, des chaussures de cuir
fin, un bandeau de lin et un manteau de soie. Je te parai de bijoux,
je mis des bracelets à tes poignets et un collier à ton
cou. Je te mis un anneau à ton nez, des boucles à tes
oreilles, et sur ta tête un splendide diadème. Tu
étais parée dor et dargent, vêtue de
lin, de soie et de broderies. La fleur de farine, le miel et
lhuile étaient ta nourriture. Tu devins de plus en plus
belle et tu parvins à la royauté. Tu fus renommée
parmi les nations pour ta beauté, car elle était
parfaite, grâce à la splendeur dont je tavais
revêtue, oracle du Seigneur Yahvé. (Ez. 16, 6-14).
Ces images quasi érotiques
présentent lAlliance, non plus uniquement comme un pacte
juridique, mais comme une belle histoire damour entre Dieu et
les hommes. Entre lÉpoux (Dieu) et lhumanité
(LÉpouse).
Dieu aime de tout son cur le peuple
quil a choisi, malgré ses infidélités. Il
attend, dans lamour, le retour de son peuple
égaré. Tel est la nouvelle formule de
lAlliance : Vous êtes mon peuple et je suis votre Dieu».
Dieu a respecté sa promesse. Le peuple ne
la pas respectée. Dieu na pas pris
linitiative de la rupture. Il en tire cependant les
conséquences. Israël subira dans son histoire le juste
châtiment de son infidélité qui tournera
autour de grandes épreuves nationales : ruine de
Jérusalem, exil, dispersion.
Mais le dessein dalliance
révélé par Dieu subsiste malgré tout ce
qui arrive au peuple choisi et au terme des temps
dépreuve, il y aura une alliance nouvelle.
Cest dans le prophète Osée
que lon retrouve les grandes lignes de ce nouveau pacte. Il
lévoque en termes de nouvelles fiançailles,
damour, de justice, de fidélité, de quelque chose
qui établira la paix entre lhomme et la création.
Je conclurai pour eux une alliance, en ce
jour-là, avec les bêtes des champs, avec les oiseaux du
ciel et les reptiles du sol; larc et lépée,
la guerre, je les briserai et les bannirai du pays, et eux, je les
ferai reposer en sécurité. Je te fiancerai à moi
pour toujours; je te fiancerai dans la justice et le droit, dans la
tendresse et la miséricorde; je te fiancerai à moi dans
la fidélité, et tu connaîtras Yahvé. (Os.
2, 20-24).
Le prophète Jérémie
précise encore davantage. Il dit même que les curs
humains seront changés, car la Loi de Dieu y sera inscrite.
Mais voici lalliance que je conclurai avec
la maison dIsraël après ces jours-là, oracle
de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je
lécrirai dans leur cur. Ils nauront plus
à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en
disant :«Ayez la connaissance de Yahvé!» Car
tous me connaîtront, du plus petits jusquaux plus grands,
parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur
péché. ( Jr. 31, 33).
Ézéchiel annonce la conclusion
dune alliance éternelle. Une alliance de paix qui
renouvellera celle du Sinaï et celle de David. Une alliance qui
comportera le changement des curs et le don de lEsprit
divin. Cest la véritable folie de Dieu pour ce peuple
quil aime. Il intervient lui-même pour changer ces
curs de pierre en cur de chair. Dieu tombe en amour,
littéralement, avec Israël.
Je répandrai sur vous une eau pure et vous
serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos
ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cur nouveau,
je mettrai en vous un esprit nouveau, jôterai de votre
chair le cur de pierre et je vous donnerai un cur de
chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferais que vous marcherez
selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes commandements.
Vous habiterez le pays que jai donné à vos
pères. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu.
(Ez.36, 26).
Que cela est beau! On se croirait à des
noces de village où tous font la fête! Dieu lui
même va réaliser la promesse que le hommes nont pu
tenir, à cause de leurs infidélités. Il va
pardonner à lÉpouse malgré ses
égarements. Il devient ainsi lartisan mystérieux
de la réconciliation de lhumanité avec
Lui-même. Il annonce dans ces amours universelles que tout cela
va se produire, quil est le maître du temps et quau
terme, son Amour triomphera. Et pour ce faire, non seulement il ne
reniera pas son Alliance, mais il va la sceller en envoyant son Fils,
Serviteur parmi les serviteurs, pour montrer jusquoù Il
est sérieux dans son affaire! Nest-ce pas formidable!
Qui peut se vanter davoir un Dieu à &ldots;hauteur dhomme!
2. LAlliance
dans le Nouveau Testament
Il nest pas facile de traduire les textes.
Chaque fois que lon traduit un mot dans la langue dorigine
à une autre langue, on «trahit» toujours un peu le
sens. Comment les Pères de lÉglise primitive
(surtout les auteurs grecs) vont-il sy prendre pour traduire le
mot hébreu berith que nous avons traduit en
français par le mot «ALLIANCE» - ?
La Septante &ldots;(La Septante est une
traduction de la Bible en langue grecque, qui aurait été
réalisée vers lan 72) va traduire le mot
hébreu berith par le mot grec
«diathèkè» Et ce nest pas
sans importance.
Selon les dictionnaires, ce mot tiré du
droit grec de lépoque désignait lacte par
lequel quelquun dispose de ses biens (testament) ou
déclare les dispositions quil entend imposer après
sa mort. Laccent porte moins sur la nature de la convention
juridique que sur lautorité de celui qui fixe par elle
le cours des choses.
Les traducteurs grecs de la Bible en
partant de lhébreu ont voulu souligner à
la fois la transcendance divine et la condescendance qui est à
lorigine du peuple dIsraël et de sa Loi. Ainsi,
cest Dieu qui est le maître de lhistoire. Cest
lui qui dirige toutes choses. Cest lui qui décide, si
on peut dire, de faire ce quil fait : tomber en Amour avec
sa créature et le faire dune façon telle, que
cela étonne toujours lhumanité. Comment Dieu
a-t-il pu aller jusquà offrir son propre Fils pour
réaliser la Promesse quil avait scellé au mont
Sinaï? Il est grand, dit-on&ldots;le mystère de la FOI&ldots;
Le mot grec diathèkè -
quon pourrait traduire malhabilement par : celui qui a
lautorité pour fixer le cours des choses - se retrouve
dans les quatre récits de la dernière Cène.
Jésus est avec les siens. Ses amis. Ses
plus proches. Il prend le pain et le vin et le distribue en
disant : «Prenez et mangez, cest mon corps». Il
dit aussi : «Ceci est mon sang, le sang de lAlliance,
qui va être répandu pour une multitude, en
rémission des péchés».
Le passage dune main à lautre
de la coupe est un geste rituel. Les Juifs la pratiquaient.
Jésus reprend lexpérience quotidienne de son
peuple. Mais il le relie à lacte quil est sur le
point daccomplir : sa mort librement acceptée pour
la rémission de tous. Il est celui qui EST lAlliance
annoncée. Il est celui qui explique toute lHistoire de
lhumanité. Il est le Serviteur souffrant. Il est le
médiateur dalliance que laissait entrevoir le Message de
consolation que lon lit en Isaïe :
Moi, Yahvé, je tai appelé
dans la justice, je tai saisi par la main, et je tai
modelé, jai fait de toi lalliance du peuple, la
lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour
extraire du cachot le prisonnier, et de la prison ceux qui habitent
les ténèbres. Les premières choses, voici
quelles sont arrivées, et je vous en annonce de
nouvelles, avant quelles ne paraissent, je vais vous les faire
connaître. (Is.42, 6).
Le sang de la nouvelle Alliance rappelle
évidemment que la première, celle du Sinaï, avait
été conclu dans le sang. Les sacrifices des animaux
sont terminés. Voici lAgneau donné à
lhumanité. Voici le sacrifice nouveau qui réalise
lunion définitive entre Dieu et les hommes. Cest
lUnique union. Il ny en aura pas dautres, en
attendant le retour du Seigneur.
Par le sang de Jésus, - réalisant
ainsi la prophétie de Jérémie et
Ézéchiel - les curs humains sont changés.
Ils ne sont plus des curs de pierre mais des curs de
chair. Ainsi lEsprit de Dieu est donné, - un don gratuit
- à toute lhumanité. La mort du Christ, à
la fois sacrifice dalliance et sacrifice expiatoire,
réalisent les prophéties de lAncien testament.
Et comme Jésus redemande de faire cela en
mémoire de lui, cest dans ce geste rituel et par la
participation à lEucharistie du Seigneur, que les
fidèles toucheront ce mystère de lAlliance de
Dieu avec sa Création. Et ainsi, en communauté, autour
du Pain eucharistique, toute lAssemblée peut chanter et
crier : AMEN!
Il est évident que la nouvelle Alliance,
celle apportée en Jésus-Christ, est supérieure
à la première alliance scellée au Sinaï.
Elle ne vient pas abolir la première (Jésus dit
quil nest pas venu abolir la Loi, mais la parfaire) :
elle vient la compléter.
Dans la nouvelle Alliance, les
péchés sont enlevés :
Car je ne veux pas frère, vous laisser
ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en
votre sagesse : une partie dIsraël sest
endurcie jusquà ce que soit entrée la
totalité des païens, et ainsi tout Israël sera
sauvé, comme il est écrit : De Sion viendra le
Libérateur, il ôtera les impiétés du
milieu de Jacob. Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque
jenlèverai leurs péchés. (Rm. 11,27).
Dieu habite parmi les hommes :
Jhabiterai au milieu deux et jy
marcherai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Sortez donc
du milieu de ces gens-là et tenez-vous à
lécart, dit le Seigneur. Ne touchez à rien
dimpur et moi, je vous accueillerai. Je serai pour vous un
père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le
Seigneur tout-puissant. ( 2 Co. 6,16).
Dieu change le cur des hommes et il met en
eux son Esprit :
Et lespérance ne déçoit
point, parce que lamour de Dieu a été
répandu dans nos curs par le Saint-Esprit qui nous fut
donné. (Rm.5,5).
Lalliance de la lettre continue mais elle
est englobée, pénétrée par lalliance
de lEsprit. Elle apporte avec elle la liberté des
enfants de Dieu. Elle atteint toutes les nations, et non plus
seulement le peuple choisi. Le sang du Christ a refait
lunité du genre humain.
Lalliance ancienne celle du
Sinaï était imparfaite. Elle se tenait au plan des
ombres et des figures. Elle nassurait quune rencontre
imparfaite avec Dieu. En Jésus-Christ, nouvelle Alliance,
notre Grand Prêtre, laccès auprès de Dieu
nous est assuré.
Ce texte capital du dixième chapitre de
lÉpître aux Hébreux est à
méditer longuement.
Nayant, en effet, que lombre des
biens à venir, non la substance même des
réalités, la Loi est absolument impuissante, avec ses
sacrifices, toujours les mêmes, que lon offre
perpétuellement dannée en année, à
rendre parfaits ceux qui sapprochent de Dieu. Autrement,
naurait-on pas cessé de les offrir puisque les
officiants de ce culte, purifiés une fois pour toutes,
nauraient plus conscience daucun péché?
Bien au contraire, par ces sacrifices eux-mêmes, on rappelle
chaque année les souvenirs des péchés. En effet,
du sang de taureau et de boucs est impuissant à enlever des
péchés. Cest pourquoi, en entrant dans le monde
le Christ dit : Tu nas voulu ni sacrifice ni oblation;
mais tu mas façonné un corps. Tu nas
agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les
péchés. Alors jai dit : Voici, je viens, car
cest de moi quil est question dans le rouleau du livre,
pour faire, ô Dieu, ta volonté.
Il commence par dire : Sacrifices,
oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu
ne les as pas voulus ni agréés - et cependant ils sont
offerts daprès la LOI - , alors il déclare :
Voici, je viens pour faire ta volonté . Il abroge le premier
régime pour fonder le second. Et cest en vertu de cette
VOLONTÉ que nous sommes sanctifiés par lOBLATION
du CORPS de Jésus-Christ, une fois pour toutes.
Tandis que tout prêtre se tient debout
chaque jour, officiant et offrant maintes fois les mêmes
sacrifices, qui sont absolument impuissants à enlever les
péchés, lui au contraire, ayant offert pour les
péchés UN UNIQUE SACRIFICE, IL SEST ASSIS À
LA DROITE DE DIEU, attendant que ses ennemis soient placés
comme un escabeau sous ses pieds. Car par une oblation unique il a
rendu parfaits pour toujours ceux quIl sanctifie. Or
lEsprit Saint lui aussi nous latteste; car après
avoir déclaré : Telle est lalliance que je
contracterai avec eux après ce jour-là, le Seigneur
dit : Je mettrai mes lois dans leur cur et je les graverai
dans leur pensée. Ni de leurs péchés, ni de
leurs offenses, je ne me souviendrai plus.
Or là où les péchés
sont remis, il ny a plus doblation pour le
péché. (He. 10, 1-18).
Ainsi donc, les fruits de la Croix du Christ se
répercutent dans toute la vie chrétienne. Mieux
quIsraël au Sinaï, nous sommes devenus, par le Salut
apporté en Jésus-Christ, « un sacerdoce royal, une
nation sainte » (I P. 2,9).
Tout cela doit cependant se voir dans une
perspective eschatologique. La vision de la Jérusalem
céleste. En attendant, lALLIANCE NOUVELLE se consomme
dans les noces de lAgneau et lÉglise, son Épouse.
Puis, je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle
car le premier ciel et la première terre ont disparu,
il ny en a plus. Et je vis la CITÉ SAINTE,
Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle
sest faite belle, comme une jeune mariée parée
pour son époux. Jentendis alors une voix clamer :
Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec
eux; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il
essuiera toute larme de leurs yeux : de la mort, il ny en
aura plus; de pleur, de cri et de peine, il ny en aura plus,
car lancien monde sen est allé.
Alors, Celui qui siège sur le trône
déclara : «Voici, je fais lunivers
nouveau.» Puis il ajouta : «Écris : Ces
paroles sont certaines et vraies.» «Cen est fait, me
dit-il encore, je suis lAlpha et lOméga, le
Principe et la Fin; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la
source de vie, gratuitement. Telle sera la part du vainqueur; et je
serai son Dieu, et lui sera mon fils. Mais les lâches, les
renégats, les dépravés, les assassins, les
impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de
mensonge, leur lot se trouve dans létang brûlant
de feu et de souffre : cest la seconde mort.» (Ap.
21, 2-9).