
Qui me dira pour quoi et pour
qui voter la prochaine fois?
( Ce texte a été partiellement repris par LA PRESSE,
édition du lundi, 25 avril)
Nestor Turcotte, Matane
Lauteur a été professeur de philosophie au
collège de Matane. Militant indépendantiste, il
est un citoyen engagé dans son coin de pays.
La vérité est si obscurcie en ce temps et le
mensonge si établi, quà moins daimer la
vérité, on ne saurait la connaître. (Pascal)
Les libéraux fédéraux paient pour les magouilles
qu'ils ont concoctées avec leurs petits amis, rôdant
autour du pouvoir. Les allégations et les
révélations des dernières semaines confirment
que le grenouillage durait depuis plusieurs années. Les
conservateurs, lorsqu'ils ont quitté l'administration de ce
pays, étaient aussi dans de beaux draps. Do you remember ? La
corruption avait envahi ce parti et bien des ministres se trouvaient
dans l'eau bouillante lorsque, il y a quelques années,
Mulroney perdit le pouvoir.
Les députés du Bloc québécois, pour le
moment, apparaissent blancs comme neige. Du Monsieur Net
concentré. C'est dans la normalité. Le Bloc
québécois na jamais eu la lourde tache
dexercer le pouvoir et il ne laura jamais, puisquil
a fait «vu perpétuel» de rester dans
lOpposition. Tout le monde sait, que lexercice du pouvoir
dans nos démocraties occidentales, restera toujours une
opération peu gratifiante. Dans le contexte actuel, les
critiques acerbes et répétées du Bloc
québécois envers le parti gouvernemental en place
tombent souvent à plat, lorsquon sait que ce parti
politique ne pourra jamais exercer le pouvoir quil se permet de
contester jour après jour. Les visées de
lOpposition, dans nos parlements occidentaux, sont fort
simples. Tous les partis dOpposition cherchent à
remplacer le gouvernement en place et à faire mieux que ceux
quils se permettent de critiquer. Comment ceux qui ne
souhaitent jamais diriger le pays, peuvent-ils dire aux
électeurs comment ils feraient pour diriger un gouvernement,
quand ils sont certains de ne jamais le faire? Cest
labsurdité de la position politique dun parti
séparatiste dans un parlement fédéral.
Le Bloc québécois a une fiche vierge. Apparemment.
Officiellement. Depuis 12 ans, ce parti
«éphémère» (dixit Lucien Bouchard), se
nourrit uniquement de la critique, empêche les
Québécois de voter «du bon bord» et de
participer à la gestion du pays. Il énonce,
élection après élection, une plate-forme
électorale qui ne sera jamais mise en application. Tous les
rêves sont alors permis. C'est le comble du ridicule. Qu'on me
nomme un seul pays, dans le monde, qui se permettrait une telle
ineptie! Les députés séparatistes basques
à lAssemblée nationale de Madrid? Les Bretons
séparatistes à lAssemblée nationale de
Paris? Inconcevable ! Le défunt René Lévesque
trouvait «immoral» denvoyer des députés
dans le Parlement dun pays quon veut détruire. Et
lillustre politicien de ma Gaspésie avait raison.
Les gens du Bloc québécois, qui pourfendent le
fédéralisme à voix basse de l'autre
côté des Outaouais, profitent grassement du régime
fédéral sur lequel ils crachent à longueur de
journée. Lorsque le chèque de paie entre dans le casier
postal ou sur le réseau électronique, ils courent vite
lencaisser ou le comptabiliser. A 141,000.00$ par année,
plus quelques voyages à l'étranger aux frais de la
princesse et autres avantages familiaux et sociaux, on peut bien se
piquer une petite crise de nerfs à la Duceppe et à la
Gauthier, le temps de la période de questions à la
Chambre des Communes, vers 14 heures l'après-midi. Tartufferie
télévisée !
Les bloquistes allèguent, pour défendre leur
siège à Ottawa, que les Québécois paient
des impôts à Ottawa et quils ont le droit dy
envoyer les députés de leur choix. Il faudrait apporter
une petite nuance. Les Québécois envoient 25 % de leurs
impôts à Ottawa pour faire fonctionner le gouvernement
central. Les autres 75 % des impôts proviennent des neuf autres
provinces qui veulent rester dans le Canada et servent à payer
à 100 % les salaires de députés qui veulent,
à la fois rester dans le Parlement central et aux
députés bloquistes qui veulent le quitter. Logiquement,
ces députés indépendantistes, qui ne souhaitent
pas rester dans le pays canadien, issus uniquement du Québec,
devraient recevoir 25 % de leur salaire puisque le Québec,
province d'où ils proviennent, ne paient que 25 % des
impôts fédéraux. Le quart du salaire actuel leur
donnerait environ $35,000.00.
Et comme au Québec, au moins un québécois sur 2
est fédéraliste, le salaire d'un député
bloquiste devrait être de 50 % des $35,000.00 calculés
antérieurement. Soit environ 17,000.00$. Le reste leur
étant versé en commandites par les
fédéralistes qui les endurent dans le Parlement
quils veulent détruire. En 2009, certains
députés bloquistes auront siégé 16 ans
à la Chambre des communes. Il nest pas
exagéré de dire quà ce moment-là,
ces députés séparatistes auront reçu
environ 100 millions de dollars en salaires fournis par
lensemble du peuple canadien. Cest là un scandale
« politique » que René Lévesque naurait
jamais approuvé.
Que ne ferait-on pas pour profiter des larges avantages que donnent
un régime politique que l'on ne condamne que du bout des
lèvres? Et si jamais les Québécois quittaient ce
régime qui semble les désavantager, ces honorables
députés séparatistes continueraient-ils de
profiter d'une pension à vie, venant d'un pays dans lequel ils
ne vivraient plus? Il faudrait bien que ces très honorables
«si bien payés» nous le disent, avant d'aller voter,
la prochaine fois !
Les Québécois sont, de toute évidence, devant un
énorme vide politique. Rouge et bleu ou bleu et rouge, c'est
assez semblable. Du slogan bloquiste «On se donne le vrai
pouvoir», en 1993, tout en restant dans l'Opposition, au «
Un parti propre au Québec» de 2004, tout en restant
toujours dans l'Opposition, c'est encore assez semblable. Avec un air
grave et sérieux, Duceppe affirme même que le slogan de
la prochaine campagne est prêt. Comme si une campagne
électorale pouvait sorganiser autour dun
tape-à-lil. Tartufferie des slogans et des
panneaux publicitaires payés avec nos taxes !
Il reste le NPD. Mais qui voudra tenter l'aventure socialiste en
plein cur de l'Amérique du Nord, alors que, dans la
plupart des pays, on s'en débarrasse à coups de
révolution de velours et de révolution orange.
L'Ontario l' a essayé et on connaît le déboires
de Bob Rae. Il faut des citoyens vertueux pour vivre en régime
«communiste» ou «socialiste». Les premiers
chrétiens l'ont essayé au début de
l'Église et ça n'a pas duré. Ceux-ci se sont
avérés moins vertueux qu'ils ne le pensaient.
Alors, sérieusement, dites-moi pour quoi voter et pour qui
voter, la prochaine fois, si...vous le savez ! De grâce,
venez à mon aide et, du même coup, à ces
centaines de milliers délecteurs, qui cherchent comme
moi, une sortie de secours.
Et surtout, ne me parlez pas, en ces temps incertains et
nauséabonds, de l'indépendance du Québec. On ne
bâtit pas un nouveau pays, à partir d'un ressentiment,
en vociférant sur les énormes erreurs politiques de
l'adversaire. Faire un pays, c'est faire oeuvre de liberté, de
solidarité et de responsabilité. Si les commandites
conduisaient les Québécois à voter OUI au
prochain référendum (si jamais il y a lieu),
l'argument ne pèserait pas lourd dans la balance. Le nouveau
pays naîtrait dans le ressentiment et le rejet. Comment
bâtir ensuite une association avec lennemi
dà-côté quon sest plu à
noircir et à démonétiser ?
Avoir honte des erreurs des autres ne donne pas la capacité de
faire autrement. La corruption sera toujours possiblement là,
peu importe le régime politique dans lequel vivra le
Québec de demain. L'indépendance du Québec, si
elle devait se faire, n'éradiquerait pas nécessairement
la pourriture des murs, car celle-ci restera toujours, selon le
mot de Balzac, «lhypocrisie des nations».