
La grève
illimitée des étudiants est-elle justifiée ?
Les
étudiants se prononcent, un peu partout présentement
sur les campus du réseau collégial et universitaire,
sur lopportunité de déclencher une grève
générale illimitée, afin dappuyer leurs
revendications dans le dossier des prêts et bourses.
La grève est, selon le Petit Robert, la cessation
volontaire et collective du travail, décidée par les
salariés dans un but revendicatif (augmentation de salaire,
amélioration des conditions de travail, protestation contre
les licenciements, etc.) et entraînant la suppression de
salaire pendant cette période. Le même dictionnaire
donne un autre sens au mot grève. Elle est larrêt
volontaire et collectif dune activité, par revendication
protestation. Mais ce genre de débrayage ne mérite pas
de porter le nom de «grève» au sens strict du terme.
Une grève qui continue a donné les mêmes
avantages quavant est
une&ldots;«grévette » !
Ma longue présence dans le milieu de lenseignement
ma permis de connaître plusieurs grèves. Chaque
fois, il y avait cessation volontaire et collective du travail
pendant un certain temps, afin daméliorer, possiblement,
soit les conditions de travail, soit les salaires des enseignants. La
période de grève napportait aucun salaire à
ceux qui la déclenchaient.
Les étudiants ne peuvent faire la grève, selon moi,
parce quaucun dentre eux ne peut réaliser les
conditions nécessaires pour la faire. Il faudrait, si on veut
suivre la logique du dictionnaire, que pendant la période de
cessation détude des collégiens et des
universitaires, couper les prêts et bourses des jeunes qui
fréquentent les campus des Cégeps et des
universités, car, si les étudiants ne se
présentent plus au cours, pourquoi lÉtat (lire
les payeurs de taxes) devrait-il continuer à leur fournir
largent (prêts ou bourses) qui leur sert habituellement
pour étudier et parfaire leur formation? Dans la vie de tous
les jours, on ne donne par un chèque de paie à ceux
qui, volontairement, ne se présentent pas au travail.
La notion de grève illimitée nest pas plus
logique. Toute grève est forcément, de par sa nature,
limitée. Lillimité, cest ce qui na
pas de fin. Or, comment comprendre quune grève soit
illimitée, dans le sens où la gente étudiante
peut penser quelle peut rester en grève
jusquà ce que le gouvernement obtempère à
ses demandes? Totalement ridicule! Si on appliquait cette
règle, dune façon drastique, tout groupe bien
organisé pourrait, à tout instant, déclencher
une grève pour faire chanter, ou lemployeur ou le
gouvernement en place, jusquà ce que les demandes soient
comblées par la générosité de lemployeur.
Comme le ridicule ne tue plus au Québec, les étudiants,
en grève, continueront à être payés
pour ne pas étudier pendant que les enseignants recevront leur
chèque de paie, même sils nenseignent pas.
Le nouveau ministre de lÉducation pourra-t-il
sinspirer de ces lignes pour montrer que son gouvernement a le
goût, non seulement découter les étudiants,
mais quil va décider en faveur du gros bon sens.
Il faut donner aux jeunes les argents nécessaires pour
accomplir leur travail scolaire. Comme la société
nest pas basée sur des gestes à sens unique, il
est logique que les étudiants qui reçoivent quelque
argent des taxes des contribuables, soient appelés à
démontrer, au moyen de vérifications bien faites, que
les citoyens en ont pour leur argent, lorsquils donnent leurs
impôts pour éduquer la jeunesse québécoise.
Les citoyens du Québec donnent largement, à mon sens,
à une jeunesse qui, selon les chiffres disponibles, est la
plus favorisée en matière de prêts et bourses sur
le sol canadien.
Les citoyens donnent, par le biais de leurs taxes, tout ce quil
faut pour chauffer les collèges et les universités, les
éclairer, les entretenir, les améliorer, les
subventionner, afin de payer le corps enseignant. Ces argents
investis pour le bon fonctionnement de lorganisation scolaire
entre dans les budgets qui servent à la formation de la
jeunesse du Québec. Combien coûte, aux contribuables, le
maintien dun seul étudiant dans le système
scolaire québécois? Sajoutent à
cela, les prêts et bourses qui viennent faciliter
laccès à la formation scolaire de chacun des
jeunes qui fréquentent le réseau public et privé.
Que chacun fasse le compte!
Sans doute quil faudrait des réajustements dans le
régime des prêts et bourses. Mais, si la capacité
de payer nest pas là, ou si le gouvernement fait
déjà le maximum dans le contexte actuel, peut-on lui
demander daller jusquà emprunter largent
quil na pas pour donner aux jeunes ce quil ne peut
leur offrir dans linstant présent? Il peut bien le
faire, mais cette jeunesse sans perspective et quon leurre
à coup de slogans creux, doit comprendre que, tôt ou
tard, elle devra défrayer le coût de
lopération camouflage lorsquelle entrera sur
le marché du travail.
Nestor Turcotte
Matane