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Le dépotoir électoral

 

Nestor Turcotte

Philosophe

Matane - La politique a envahi toutes les plate-bandes de l’existence humaine. Il faudrait vivre cloîtré pour ne pas en entendre parler ou pour ne pas en découdre avec le quidam, croisé au hasard dans la rue, à la table de son restaurant du  coin.

 Les journaux, la télé, les commentaires radiophoniques, les analyses sur les réseaux de télé n’en ont que pour les politiciens, ces clowns publics qui affirment sans rire, prendre l’intérêt collectif, servir le bien commun. Tous ces prétendus hommes politiques sont les pions, les cavaliers, les tours ou les fous d’une partie d’échecs qui se joue tant qu’un hasard ne renverse pas le damier. Sur l’échiquier, bientôt, on replacera les pions, les cavaliers, les tours et les fous qui nous dirigent. Ils parleront fort à la télé  pendant une bonne trentaine,  pour dire que la démocratie a parlé une fois de plus. Car la politique est l’art de faire croire au peuple qu’il gouverne. L’ennui avec nos hommes politiques, c’est qu’en parlant d’eux, dans tous les médias, on croit faire leur caricature, alors que dans les faits, on fait leur portrait.

 Le citoyen honnête, accomplissant bien sa tâche journalière, payant bien ses impôts, élevant du mieux qu’il peut ses enfants dans ce tourbillon d’informations bien filtrées, semble totalement désorienté devant cette société cadavérique, pataugeant dans les immondices de ce dépotoir à ciel ouvert, négligeant les normes environnementales les plus élémentaires. Devant ce dépotoir électoral où le citoyen sera bientôt convié, le spectacle est ahurissant. Dans le fond de l’abîme grouillent les vers de la décomposition sociétale. Et montent de l’abysse infernal, des odeurs de putréfaction qui font fuir les rares observateurs désabusés. Que faire au bord du gouffre où s’alignent les strates du mensonge, les placards du tape-à-l’œil, les sophismes les plus alléchants, les slogans publicitaires les plus accrocheurs, les maquilleurs de la vérité, les spécialistes de la tromperie, du prêt-à-porter, du retour aux manigances d’antan? Les liquides toxiques n’étant pas canalisés, ils se déversent dans l’atmosphère civique de ce pays, en mal de vérité, de vision et d’authenticité.

 En politique, la sagesse est de ne point répondre aux questions. L’art aussi de ne pas se les laisser poser. Il semble que la sagesse, ici, serait de fuir le dépotoir qui empoisonne l’atmosphère, vicie l’air frais de mon coin de pays. Il semble bien, qu’ici, l’art serait de continuer à poser des questions. La fatigue gagnant, personne n’ose en ajouter à celles déjà posées, tellement celles qui le furent n’ont pas obtenu la réponse espérée.

 Enrobée par les puissants canaux de la désinformation, la pluie de subventions et de nos argents gagnés, la comédie, bientôt, reprendra, à guichet fermé. Les clowns passeront amuser la foule médusée. Ils diront bien ce qu’ils veulent bien dire et en disant ce qu’ils diront, ils ne diront rien de ce que le peuple aurait bien voulu entendre : la vérité. Ils repartiront, après avoir, devant les caméras ronronnant dans les autobus nolisés, débiter un monologue, repris moult fois, durant la journée, sur tous les réseaux payés par ceux qui les font vivre.

 Le dépotoir sera toujours là, tout aussi nauséabond, putréfiant et écœurant. Habiles comme ils sont, ils réussiront, une fois de plus, à faire croire que l’illusion gagnait nos cerveaux, lorsqu’on croyait voir la décomposition, la montée fétide de leurs actions mal tricotées, leurs gestes méphitiques, puant le poisson pourri déversé sur les berges printanières de ma Gaspésie.

 Et le peuple, une fois de plus, les croira. En politique, les insensés peuvent faire en sorte que ce soit les sages qui aient tort. Platon voulait un philosophe-roi pour diriger la nation. L’alternative nous a conduit à y placer son opposé. Le clown-roi trône et les sujets continuent à s’amuser. La dérision est devenue leur lit quotidien. Pour oublier les faits qui les assomment, ils couchent avec l’humour noir, la caricature et la moquerie. La réponse à cela? Elle est écrite sur les murs du Grand théâtre de Québec. Quelqu’un peut-il la réécrire sur la façade de notre démocratie délabrée !

 

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