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Comment être souverainiste, davantage et mieux?

 
     «Nous sommes souverainistes, nous le sommes davantage et mieux», a affirmé hier (dimanche le 2 mai) Bernard Landry alors que se terminait à Montréal le cycle des consultations régionales de la Saison des idées du Parti québécois.

     Lu, tel quel, dans LE DEVOIR, édition du lundi 3 mai 2004. Imaginons un instant l’affirmation inverse. Paul Martin, premier ministre du Canada, devant un auditoire déjà acquis à sa cause fédéraliste, dit, avec l’air le plus sérieux au monde  : « Nous sommes fédéralistes, nous les sommes davantage et mieux», terminant ainsi un colloque sur la modernisation du fédéralisme canadien. Les journalistes se seraient vite dépêchés à ridiculiser une telle déclaration. Et les caricaturistes de tous les quotidiens du Québec s’en seraient donnés à coeur joie. Dans le cas de Landry, motus et bouche cousue! La phrase est passée et personne n’y a relevé une quelconque anomalie.

     Comment peut-on être davantage souverainiste quand on l’est vraiment? Est-ce à dire qu’il y a des degrés dans l’affirmation d’un tel concept? Qu’il y a des souverainistes à moitié, au trois quart, et encore une peu plus? Qu’il y a des souverainistes mous, des un peu moins mous, des un peu plus durs et des purs et des durs? Qu’il y a des souverainistes qui le sont plus qu’hier et qu’ils le seront davantage demain? Et encore davantage dans un mois ou deux? Qu’il y a des souverainistes tièdes, des un peu plus chauds, des très chauds et des bouillants? Qu’il y a des souverainistes qui sont des adéquistes pas branchés, des souverainistes péquistes devenus confédéralistes, des péquistes souverainistes qui ne sont pas des indépendantistes, des souverainistes qui tendent vers l’indépendantisme et des indépendantistes tout court, qui n’ont pas à inventer des subterfuges pour cacher profondément ce qu’ils sont? Vite, il faut écrire un lexique pour que tout le monde arrive à comprendre quelque chose! Sinon, on se retrouvera une fois de plus dans la nébuleuse qui, depuis tant d’années, envahit le coeur de tant de Québécois, le temps d’un référendum, le temps d’une élection ordinaire.

     Bernard Landry est souverainiste maintenant un peu plus qu’au début de la Saison des Idées. Il l’est davantage souverainiste par rapport à quoi? Et s’il l’est mieux depuis la fin de la Saison des Idées, est-ce parce que quelqu’un lui a suggéré une idée qu’il n’avait pas dans son vocabulaire séparatiste au l’aube de cette nouvelle saison? S’il fallait cette saison pour arriver à une telle conclusion, ce n’était vraiment pas nécessaire.

     Il faut donc comprendre que l’ex-premier ministre est un peu souverainiste en lien avec le souverainisme confédéraliste qu’il pratique, mais il n’est pas, hors de tout doute, un authentique indépendantiste. Le jour, où l’ex-premier ministre du Québec affirmera son credo indépendantiste, les indépendantistes seront fixés. En attendant, il est un peu plus ceci, mais il n’est pas encore tout à faire ce que d’aucuns souhaitent qu’il soit. Il est mieux et davantage : on souhaiterait qu’il soit tout simplement.

  14 mai 2004

 

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