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Québec, terre de liberté !

 
    Gens du pays, de la douce et verdoyante Gaspésie, baignant dans les brumes et des vents du large qui ramènent la marée; gens du pays, du royaume du Saguenay, patrie des chants et des danses bien mariés; gens du pays des terres de la Mauricie, des Cantons de l’Est et de l’Estrie, de la Gatineau, des espaces du Nord comme des verdoyants plateaux de la Montérégie, de la Métropole, où se conjuguent ethnies et traditions venus de divers horizons; gens du pays, de la Capitale nationale Québec, sur son rocher perchée, où chantent nos espoirs et nos rêves à réaliser; gens des campagnes, des villes et des villages colorés, qui que vous soyez et d’où que vous veniez, à tous : Joyeuse fête nationale!

    Gens du pays, vivant dans le décor d’une nature généreuse aux couleurs des flots bleus qui ceinturent nos montagnes vertes et escarpées; gens du pays, avec les souvenirs de ceux qui ont bâti ce territoire que nous chérissons dans nos souvenirs engrangés, à la mémoire de ceux qui ont élevé nos traditions dans la foi et dans la liberté d’une langue imagée; gens de ce grand et immense pays, de cette terre qui est le nôtre et qui n’est pas encore nommée, de ce territoire en train de se dessiner dans nos coeurs frileux et parfois découragés; gens de cet unique pays français d’Amérique, terre conquise et sur le point d’éclore dans une majorité bien assumée, enracinée dans le passé des bâtisseurs que nous vénérons pour leur ténacité; gens de cet extraordinaire et pacifique pays, bientôt libéré, battant pavillon fleurdelisé, avec toute une jeunesse enthousiasmée, fleuron de nos espoirs et de nos combats encore inachevés, je te salue Québec, mon pays, ma patrie à venir, pays de ma liberté !

    Québec, mot qui habite nos esprits et nos coeurs réchauffés au foyer de la fraternité, douceur de ce mot prononcé en cette nuit étoilée, joie de nos chants collectifs et solidarité dans nos luttes constantes et recommencées. Québec, milliers de kilomètres carrés de territoire enviés, large et grand comme sept fois la terre française de nos origines des siècles passés, devenu coin de nos amours et de nos espoirs avec son fleuve unique et si plein de majesté. Québec, qui étend ses frontières dans les glaces du grand nord esseulé et plante ses racines dans les brises chaudes du sud qui subjuguent ses habitants aux quatre coins d’une terre largement inhabitée. Terre de ruisseaux et de lacs qui coupent le paysage inattendu et coloré, terre aux vastes étendues verdoyantes, grandes comme la mer bleue qui se perd dans nos horizons bleutés, où coule un soleil doré, au solstice d’été, tout juste le temps de fête Saint-Jean le Baptiste, celui qui fut envoyé. Terre de chasse et de pêche, de randonnées et de sentiers tordus et escarpés, terre de paix et de solitude obligée, qui conduit le voyageur à contempler l’impossible dans le silence imposé, dans le paysage sans horizon, à cause de son immensité.

    Québec, aujourd’hui, je te salue en ta langue française, celle de nos ancêtres, cultivée dans le miroir du terroir et la beauté des traditions conservées, langue belle comme la poésie de mon enfance, vive, grave et chantante comme les vagues de la mer, le chant des oiseaux qui annoncent l’aurore de nos matins d’été tant de fois désirés, après nos hivers si longs et démesurés.

    Québec, je te salue en nos artistes étonnamment multipliés, en nos peintres colorés, nos chansonniers si variés, nos poètes forcément enracinés, nos écrivains multipliés, nos cinéastes et nos musiciens au rythme endiablés, nos conteurs délurés, ceux qui vont vibrer l’âme endimanchée d’un peuple qui lentement, mais sûrement, arrive à planter les signes de sa maturité.

    Québec, tu respires et tu resplendis par les Claude Picher, les Isabelle Boulay, les Kevin Parent, les Claude Léveillé, les Leclerc, les Ferland, et le géant de Natashquan, toujours debout comme un phare dans la nuit illuminée, et tous les autres que je n’ai pas le temps de nommer.

    Québec, l’histoire s’écrit par toi depuis bientôt quatre cents ans, à travers combats, victoires, défaites bien comptées; tes luttes pour la survivance et pour la conquête de la liberté, que tant de fois on t’a refusée, que tant de fois tu n’as pas voulu t’emparer, que par deux fois tu n’as pas voulu assumer. Québec, porteuse de rêves aussi grand que l’univers inconnue et immesurée, terre parfois divisée, mais sans cesse renouvelée par des espoirs nouveaux qui naissent et qui aspirent à se réaliser.

    Québec, debout, cherchant au bout de ses luttes et ses combats tant de fois inachevés LA LUMINEUSE LIBERTÉ des peuples qui ont trouvé le courage, un jour, de chercher de ce côté. Toi, ô Québec, qui te souviens que les peuples, tout comme les individus ne peuvent vivre qu’en terre de liberté, je t’invite, en ce jour, à prendre et le plus rapidement possible, ta juste nécessité! Qu’en un geste de solidarité, tu en fasses un poème à la normalité!

    Québec, aujourd’hui, en ta fête, d’est en ouest, du sud au nord célébrée, je ne peux que t’aimer et il me faudrait mille fois te le répéter. Danse et fête avec tout ce grand peuple, pour une fois unifié, le coeur en fête et la tête remplie de projets qu’il ne faut pas, demain, oublier. Québec, tu frémis en moi et par moi, par lui et par l’autre à côté, tu me parles en des mots qui rejettent la crainte des peuples timorés, en des accents et des phrases qui annoncent des florissantes années, des années nouvelles où éclatera ce qu’il y a de plus cher en ce monde limité : un morceau de terre de liberté, campé sur les bords du fleuve de la beauté, du chant national qui cimente et unit l’avenir espéré.

    Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Que le pays du Québec garde, en ce jour, son coeur où bondit les notes joyeuses de l’espoir retrouvé, espoir et vitalité bien enracinés dans le terreau de tous ceux qui nous ont quittés, et sur lesquels, demain, dans une mémoire parfaitement conservée, apparaîtra enfin le fruit de la liberté.

    Gens du pays du Québec, bonne fête de la Saint Jean-Baptiste! Bonne fête nationale. Vive le Québec libre par ses choix et de ses choix enfin additionnés. Il ne nous reste qu’une façon de le dire à jamais à la face du monde qui ne cesse de nous contempler, et cela d’une manière étonnée; qu’à se le dire, un jour, sur un bout de papier, dans un isoloir à cette fin aménagé . Il faut se le dire vite et c’est pressé. Parce que le Québec de notre futur à courte vue, si rapproché, ne peut être qu’une terre de liberté.

    J’entends la chorale des jeunes qui ne peuvent vivre que par cet espace d’air obligé. Que chacun se joigne à cette douce et joyeuse envolée : on ne repasse pas indéfiniment sur le chemin de la liberté. Il est temps que Québec le prenne, car bientôt la route sera à jamais bouchée, les avenues impraticables et sabotées.

    Vive le Québec libre en 2008, la date toute désignée. Vite, à l’attelage et que chacun, en son coeur, travaille à toucher la terre promise, à cette date si rapprochée. Champlain a planté ici le début de notre histoire. 400 ans après, il est temps de l’achever!

    Unis, joyeux, sans animosité, il faut se joindre à la grande majorité, juste le temps d’un refrain oublié. Autour feu de joie, dans la nuit allumé, que chacun y pense au coeur de cette fête endiablée. A l’aube, bientôt, il faudra bien se décider. Le jardin de la liberté a besoin de tous les jardiniers. Que chacun prenne alors la pioche de la ténacité, et fasse éclore la fleur tant désirée, celle qui se nomme LIBERTÉ.

23 juin 2004

 

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