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La porteuse de ballon

 
     En réponse au «plan de match pour un Québec souverain proposé par Pauline Marois

 
     En 1995, Jacques Parizeau avait comparé l’accession du Québec à la souveraineté (indépendance ?) à une partie de hockey. Première période : élection, en 1993, du Bloc québécois «temporaire» à Ottawa; deuxième période : élection, en 1994, du P.Q. à Québec; troisième période : le référendum promis dans la première année du  premier mandat du P.Q. Les Québécois ont élu le Bloc et le P.Q. mais ont décidé de faire match nul, après la troisième période. Et personne n’a pensé, dans l’entourage du premier ministre Parizeau de convoquer les joueurs à une période supplémentaire pour déterminer un gagnant. Le Chef du Oui est entré dans ses terres et les forces du Non se sont tordus de rire, en pensant... aux commandites. Aux forces de l’argent. Et à autre chose dont il ne faut pas parler.

      En 2004, près de 10 ans plus tard, Pauline Marois reprend le même scénario : mais là on ne jouera plus sur la glace du forum mais sur le gazon vert de terrain de football. En 1995, Parizeau s’était métamorphosé en coach de hockey. En 2004, l’ineffable Pauline se transforme en quart-arrière de football. Elle propose, ni plus ni moins, que de se lancer à la conquête de la coupe Grey, en se proposant comme porteuse de ballon. Et si elle l’échappait, peut-on imaginer ce qu’il arriverait?

      Voici le scénario prévu par l’ancienne ministre des finances du Québec. Le 1er quart consisterait à porter au pouvoir le Bloc québécois. Présumant que celui-ci est le meilleur parti pour faire de la politique dans le parlement voisin. Qu’il est le parti des purs à côté du parti des impurs qui dilapide les biens de nos impôts envoyés à Ottawa. Aurait-elle oublié qu’elle a, l’an dernier, présenté un budget bidon débâti par la suite par tous les analystes financiers? Aurait-elle oublié, le scandale de la Gaspésia qui a englouti des centaines de millions de dollars des impôts des contribuables du Québec et dans d’autres éléphants blancs don RDI nous parlaient, il y a si peu longtemps? Et, en parlant du Bloc québécois, combien de fois, en passant, ce parti, dit souverainiste, a-t-il évoqué et parlé de souveraineté dans l’enceinte fédérale? Que la quart-arrière réponde?

      Le deuxième quart doit consister à porter au pouvoir, pour la 3e fois, le Parti québécois, car, sans lui, la souveraineté ne peut se faire et sans lui il ne peut y avoir de référendum sur la question. C’est gros comme perspective. D’abord, qui a dit que le P.Q. était indépendantiste? Le Rassemblement pour l’Indépendance du Québec (le RIQ) vient tout juste de le sommer de nous le dire. Comme ce parti est plutôt «confédéraliste» qu’indépendantiste, selon les analyses les plus sérieuses, peut-il porter le projet de l’indépendance nationale sans qu’il y ait quelques équivoques? Qui a dit qu’il fallait absolument que ce soit le P.Q. qui fasse l’indépendance nationale du Québec? La voie n’est pas unique et d’autres avenues sont envisageables. Il y a d’autres façons de faire aboutir ce projet et elles ne sont pas nécessairement inscrites dans les voies électoralistes péquistes confédéralistes. Un autre parti peut naître d’ici la prochaine élection et travailler à la cause que les péquistes ont occultée. Et ne miser que sur la réélection du P.Q. c’est miser, encore une fois, sur quelque chose de purement hypothétique. Qu’arriverait-il au P.Q., si les libéraux étaient réélus pour un deuxième mandat?  La partie serait-elle terminée? Les joueurs quitteraient-ils le terrain vert? Que la quart-arrière réponde à toutes ces questions?

      Le troisième quart, en supposant que les deux premiers soient gagnés, ne permet pas de conclure que la vaste coalition dont rêve Madame Marois se fera automatiquement, dans la plus pure harmonie, le moment de la réélection du P.Q. Mario Dumont a voté OUI au confédéralisme péquiste de 1995 en formant une coalition adéquiste-bloquiste-péquiste et en appuyant une question qui ne portait pas du tout sur l’indépendance nationale. Sera-t-il prêt, s’il est encore là, à se joindre à cette nouvelle coalition, et qui ira dans quel sens cette fois-là? L’UFP et le parti de Madame David feront-ils partie de cette coalition? Pourquoi faut-il que ce soit encore le P.Q. qui soit le fer de lance de la cause souverainiste? Que la quart-arrière réponde?

      Le quatrième quart doit mener le peuple québécois à entrer dans la mouvance référendaire, portant sur l’accession du Québec à sa souveraineté. J’ai le vague à l’âme, en entendant pour la xième fois ce genre de discours. Le référendum portera-t-il sur l’indépendance du Québec? La question sera-t-elle moins compliquée que lors des deux référendums de 1980 et de 1995? Sera-t-il déterminant et final? Allons-nous, par la suite, dans quelques années, assister à la reprise d’un autre scénario basé sur un autre sport, comme le tennis, le basket-ball, le baseball peut-être... avec des manches supplémentaires, après les neuf manches régulières?

      Le ridicule tue notre peuple. Les aspirants dirigeants l’entretiennent à coup de virtualités qui le déshonorent. La porteuse de ballon et la quart-arrière Marois ne fait que faire éclater de rire les badauds qui avalent leur pop-corn dans les estrades. L’indépendance nationale n’est pas une partie de hockey ni une partie de football. Et elle ne peut se faire à partir de scénarios pré-établis. Elle se fait à partir d’une vision claire de la réalité, du charisme d’un éclaireur qui veut mener son peuple aux terres de la liberté. En avez-vous marre des ces clowns qui s’amusent à vous faire fleurir les terrains de l’impossible? N’êtes-vous tannées de mourir bandes de caves?

      Pendant que la porteuse de ballon évalue ses chances de remporter la prochaine coupe Grey, et de se faire élire, première chef(e) du P.Q., serait-ce possible de trouver quelqu’un de sérieux qui nous parle, jour après jour, de la nécessité de faire l’indépendance du Québec, des coûts et des sacrifices que le peuple devra s’imposer pour la faire, et que, si le peuple décide de la faire, pendant combien de temps il faudra se serrer la ceinture pour que l’aventure soit un succès? Les stratégies péquistes confédéralistes ne sont que du verbiage calculé pour entretenir une flamme qui vacille et ne fait plus vibrer une jeunesse désabusée, écoeurée de voir ces colporteurs politiques qui viennent, sporadiquement, arpenter les corridors des Cégeps et des Université. Et qui permettent aux mandarins d’un certain pouvoir attentiste, de retourner, éventuellement, dans les gras pâturages qui procurent les comptes de dépenses bien gonflés, les primes pour services rendus aux petits amis du régime renouvelé.

      La partie de football n’est pas encore commencée que le ballon  me semble dégonflé ou a été échappées, à cause d’imprécisions dans le tir, par Pauline, la quart-arrière improvisée. Pourrions-nous rêver de parler d’autre chose que d’une action partisane qui n’a pas tellement fait évoluer les choses depuis plus de 35 ans?

      Il faudrait au Québec un fakir nu, un Gandhi moderne, à la vision pleine de liberté, au regard humanitaire qui emballerait toutes les générations. Je le cherche dans la grisaille qui nous assaille, au sein des troupes séparatistes, déboussolées, parce qu’ils ont perdu et leur âme et... leur berger!

  20 avril 2004

 

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