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Un parti propre au Québec?

 
     Le Bloc québécois nous propose un parti propre. Un parti sans faille. Un parti rutilant, blanc comme neige. «On est différents» parce qu’on est propre. Et on est propre, donc.. «on est différents».

      Comme le Québec se veut distinct du reste du pays dans lequel il vit encore, il s’amuse à jouer avec les mots, par le biais d’un parti souverainiste, vivant grassement dans le parlement fédéral où il siège  : si «on est différents», forcément on est et on sera propre lorsqu’on aura réalisé parfaitement «la différence», par la souveraineté qui tarde toujours à venir. Laissant supposer que dans le Québec libre de demain, la justice sera parfaite, le partage sera équitable, les paradis fiscaux dénoncés seront abolis, les contribuables ne tricheront plus l’impôt, les travailleurs seront tous nobles et fiers de rentrer au boulot, les députés et les ministres ne favoriseront pas leurs petits amis, les contrats octroyés ne dépasseront jamais les coûts prévus, les investissements gouvernementaux seront bien réglementés et respectés,  bref, le Québec libre sera le paradis retrouvé.

      Le slogan du Bloc québécois, pour attirant et original qu’il soit, peut devenir très dangereux. Et si on trouvait un peu ou davantage de malpropreté chez un ou plusieurs candidats du Bloc québécois, dirait-on encore qu’il est un parti propre, enfin, plus propre que l’autre grand parti qu’il taxe de parti sale? Il est facile pour le Bloc québécois de pavaner et d’afficher une vertu qu’il peut difficilement mettre en pratique, n’ayant jamais exercé ou étant certain de ne jamais exercer le pouvoir dans le gouvernement central. Quand on est certain de ne jamais devenir le champion de la vertu civique, en exerçant le difficile pouvoir que leur confient les citoyens, il est facile de dénoncer les travers des opposants et d’écrire le catéchisme de la morale parfaite.

      Le Bloc québécois se veut propre. Alors s’il est si propre que cela, qu’il revienne au Québec, abandonne ses privilèges d’opposition dans le pays voisin, et cesse de profiter de l’argent des contribuables venant d’un gouvernement qu’il veut détruire à plus ou moins brève échéance. Avec de grasses pensions à l’horizon.

      On est pour la vertu chez les autres.  Il difficile de la vivre pour soi. Le Bloc vit dans la contradiction. Il n’est pas aussi propre qu’il en a l’air lorsqu’on sait qu’un bon nombre de ses candidats actuels auront été chercher, à la fin du futur mandat ( 1993 à 2008, ça fera quinze ans dans l’opposition) des pensions payées par un gouvernement qu’il honnit de jour en jour. Sans compter les salaires payés pendant la même période. Une moyenne de plus de 100,000.00$  par année, pendant quinze ans, font de ces gens des millionnaires et plus, d’un régime qu’ils veulent quitter au plus vite, si on se fie à leurs discours tonitruants. Drôle de vertu!  Drôle de justice! Y a-t-il moyen d’être propre autrement?

      «On est différents» donc il nous faut un parti propre. Et on veut un parti propre parce qu’«on est différents» ! La logique voudrait que le Bloc donne l’exemple en se comportant autrement dans les circonstances. Habilement, il essaiera, lors de la prochaine élection, et cela pour une quatrième fois, (souvenons-nous que le Bloc québécois avait fait profession de vu temporaire) de montrer qu’il est le meilleur défenseur du Québec. Si c’est pour la cause qu’il pense défendre, l’indépendance du Québec, les résultats ne sont pas très concluants, après trois mandats dans l’opposition. Il faut donc en déduire que c’est pour une autre raison que le Bloc québécois reste à Ottawa. Et le dire tout haut, ne serait sans doute pas très propre, vous en conviendrez avec moi !

  20 mai 2004

 

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