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Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html |
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Maintenant, à minuit tapant, dans tous les foyers du Québec, on sembrasse à qui mieux mieux, en «swignant» avec la Bottine souriante ou les reels de la belle époque. Vin, bière, champagne, chips, peanuts, tourtières, restes de dinde, cipaille, bûches de Noël congelées, coupes de cognac, ponces de gin pour les plus vieux, rhum and coke pour les gens de ma génération : la fête continue. On na plus les fêtes quon avait, mais on a toujours celles qui nous restent. Les fêtes de Nouvel An passées, tous et chacun se demanderont ce quil adviendra des belles résolutions prises, des espoirs mis dans un monde meilleur, de la vie quon sest souhaitée calme et paisible, des réconciliations opérées, à la sauvette, autour dun verre de gin, au dernier party de bureau. Le monde changé de même, en si peu de temps, on le verra bien, nétait bien quun rêve. Le temps dune nuit, le temps dune réjouissance occasionnelle, le temps dune paix passagère! Les nouvelles du téléjournal du lendemain du jour de lAn démontreront bien que la trêve nétait quun rêve de plus sur léchiquier du monde. Le monde naura pas changé le 2 janvier 2004, et il risquera de perdurer toute la prochaine année et les années qui suivront celles-ci, si chacun continue à fêter par obligation et nécessité imposée par les lois du milieu, plus que parce que chacun le voudra bien, parce que chacun laura bien mérité. Pourquoi tout cela ne tiendra pas le temps dun tour dhorloge? Tout simplement parce que le coeur de lhomme nen sera aucunement modifié et quil faut plus quun moment de paix et de réconciliation passager pour le transformer, faire que son coeur de pierre devienne un coeur de chair. Les attentats se poursuivront, car les fanatiques survivront à ces fêtes éphémères. Les 40,000 enfants qui meurent de faim chaque jour continueront de mourir aussi facilement, toujours plongés dans lindifférence et lanonymat. Les puissants deviendront de plus en plus puissants et la multiplication des misérables sur cette planète ne feront que doubler, tripler et plus encore. La loi du profit étendra ses tentacules et les prisonniers du système tomberont de plus en plus sous les diktats de ces forces anonymes. Les enfants vivront toujours le drame des familles divisées, des pères et des mères séparés, des familles reconstituées. Les enseignants continueront à enseigner à des jeunes de plus en plus déboussolés, aux prises avec des problèmes qui les dépassent et quaucun psychologue ne peut régler. Les jeunes hommes et les jeunes filles continueront à vivre sans modèle, inaptes à sengager, inquiets devant un avenir mal préparé, une famille quil voudrait bien fonder, mais quils craignent damorcer, la crainte de léchec sétant tellement multipliée à leurs côtés que le risque, même calculé, les empêche davancer. Les maladies continueront à se multiplier. La mort poursuivra son oeuvre sous toutes les latitudes, la souffrance saccumulera sur bien des vies, et les tourments intérieurs, les pires, ne trouveront pas de guérisseur pour calmer les moments dangoisse annoncés. Les catastrophes naturelles sabattront sur le globe, les accidents de la route se multiplieront et les conducteurs, filant de plus en plus rapidement, sétonneront du nombre de blessés et de morts dénombrés, chaque semaine, sur les routes du pays. Bref, la vie comme toujours elle a été : ni meilleure, ni pire ! Le monde de 2004 nira donc pas mieux que celui de lannée que lon va bientôt quitter. Largent sera mal dépensé. Les militaires de tous les pays en prendront une large partie pour se défendre contre un agresseur quils sont de plus en plus incapables didentifier. Les scientifiques prendront lautre partie pour envoyer dans lespace, à coup de millions, des engins perdus, irrécupérables et qui ne font avancer que leur petit orgueil plus ou moins récompensée dans une publication scientifique nouvellement créée. Pendant ce temps, la famine du monde continuera de grandir sous tous les continents appauvris, esseulés. La soif des hommes augmentera. Les enfants seront de plus en plus exploités par les marchands du sexe, et les exploiteurs des grandes compagnies, les artisans du bonheur pour eux, à grands coups de sacrifices des autres quon récompensera avec des salaires insuffisants pour faire nourrir une famille qui se multiplie au rythme de la nature incontrôlée, continueront à faire bombance. Lignorance fera des progrès dans un monde «surgavé» de connaissances et les hommes, écrasés par un tel progrès, multiplieront leurs malheurs, décrocheront dun système qui les exploite, empliront de plus en plus les hôpitaux qui débordent, les centres daccueil de toutes sortes qui ne suffisent plus à la tâche, les lieux dhébergement où, avec un personnel épuisé, interchangeable et sur-fatigué, des hommes et des femmes agoniseront, seuls, loin des leurs, abandonnés par un régime qui leur avait promis le bonheur, un bonheur qui nest jamais venu, parce quil ne pouvait pas ainsi venir ! Quant aux Québécois, ils continueront toujours dêtre perdant dans un régime qui les exploite depuis si longtemps. Écrasés, désabusés, ils nauront pas plus le courage en 2004 de reprendre et finir le combat qui les ferait naître à la liberté, à la conquête dune majorité. Ils préfèreront toujours vivre enchaînés et minoritaires dans un pays qui nest pas le leur, plutôt que de vivre libres et majoritaires, dans un pays que lhistoire leur a réservé. Comment ira notre monde en 2004? Il ne sera guère mieux que celui que lon quitte, sur la pointe des pieds, dans quelques heures. Il ne sera guère plus avancé que celui que lon abandonne, dans la nuit, dans les prochaines 48 heures. Lhomme ne retient rien de ce qui fabrique son histoire. Il pourrait changer les choses, sil sen donnait la peine et le pouvoir. Il souhaite le conformisme, lindifférence et labandon de ses responsabilités à une clique qui les manipule, les dirige et les triture dans le sens quils veulent bien leur fabriquer. Comment ira notre monde en 2004 ? Il pourrait aller mieux si chacun se décidait de le faire autre, de le bâtir différemment. Chacun attend que le salut vienne dailleurs de crainte de se tromper en essayant de changer lordre des choses, comme la logique voudrait bien quil soit. Or lordre des choses et du monde dans lequel chaque être humain vit ne peut venir que de la volonté de chacun de le créer. Le monde ne peut aller mieux que ce que chacun essaie den faire. Si on essayait, peut-être que lan prochain, le monde irait mieux et serait meilleur que celui que lon quitte dans quelques heures et qui continuera dêtre de la même manière, dans les heures qui suivront.
On a le droit de vivre
les 365 prochains jours sur les nuages de lutopisme, du
rêve et dun possible réel changement ! Si on
sy mettait... 1 janvier 2004
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