Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

       [ Retour ]

 

Mourir dans la dignité

 

La vie et la mort resteront toujours un mystère pour l'être humain. Celui-ci naît sans avoir demandé à naître et il meurt sans savoir pourquoi cela lui arrive.

Certains êtres humains, s'ils pouvaient le faire, ne viendraient pas au monde lorsqu'ils apprennent, après un certain nombre d'années d’existence, quel sort la vie leur a réservé. Pour d'autres, tout au contraire, heureux dans la vie qu'ils mènent, souhaiteraient, rien de moins, que de revivre plusieurs fois ce que la vie leur a si bien gratuitement et généreusement donné.

Certains, s'ils pouvaient parler là où ils sont, demanderaient à naître plusieurs fois. Silencieux, dans le sein maternel, ils attendent que la nature fasse son oeuvre ou, parfois, mais beaucoup trop souvent, sont victimes de personnes, qui, sans leur autorisation, décident qu'ils ne verront jamais le jour. Ils appellent cela du libre choix.

Ceux qui naissent, soumis aux règles de la nature, arrivent tout naturellement à la vie, et ceux qui les acceptent, quoiqu'il advienne, sont taxés de conservateurs, de militants pro-vie. Ils portent l’étiquette de non-progressistes. La vie leur est donnée comme un cadeau. Il l’ouvre et l’accueille sans demander plus, sans passer un commentaire sur ce don hors de leur mesure.

 
Les premiers, les pro-choix, sont les enfants bénis des médias. Les autres, les pro-vies, sont taxés de non respect des droits de la personne et refusent au fœtus le droit de vivre. Plus encore, celui-ci n’a  aucun droit tant et aussi longtemps qu'il flotte dans le sein maternel, là où deux êtres, plus ou moins conscients, ont décidé, un soir d’intimité, de l’y implanter.

À l'autre bout de la chaîne humaine, la mort survient, tôt ou tard. Les accidents de la route se chargent d'en faire disparaître un certain nombre, parfois dans la prime jeunesse. Chacun se scandalise que Dieu puisse leur jouer un tour pareil et déjouer leurs pauvres calculs humains. Il est assez curieux que Dieu, celui dont on se passe une partie de la vie, réapparaisse en bout de ligne, pour le condamner d’un geste dont il n’est nullement responsable. Les folies des hommes leur appartiennent en grande partie. Et si Dieu existe, il ne doit porter sur ses épaules les frasques d’une humanité déréglée et sans finalité.

 
Jadis, par vieillesse ou par maladie, l'être humain mourrait de...sa belle mort. Avec peu de soins, peu de médicaments, chaque famille passait, plus ou moins vite, au travers d'une certaine quantité de mortalités.  Personne n'osait dire que l'enfant mort en bas âge, que le mari tué ou écrasé par un arbre en forêt, mort d'une crise cardiaque à l’entrée de sa ferme, malade chronique et alité depuis longtemps et souffrant d'un cancer, était mort dans l'indignité. Dieu était l'Auteur de la vie. C'est lui qui la donnait et c'est Lui qui l'enlevait. Soumis au Créateur, on s'arrangeait bien avec cela. Stoïque à leurs manières, ces hommes et ces femmes de fortes carrures, étaient habitués à l’épreuve de la vie et couchaient résolument avec elle, comme le demandaient les circonstances de la vie.

Maintenant que Dieu est mort ou que l’homme a pris sa place en divinisant l'Univers, le Cosmos ou la Science, on réclame, malade, le droit de décider quand et comment, à quel moment, on ira rejoindre le Dieu avec lequel on fusionne, le Dieu éternel de la matière, la néantisation d'où l'on vient.

Mourir dignement, c'est maintenant décider soi-même le moment d’en finir avec la vie et, c’est avec une panoplie de médicaments que l'opération se fera dans l’anonymat le plus total, dans une salle aseptisée d’un hôpital urbain, à l’abri de la chaleur humaine qui, jadis, accompagnait le mort dans sa nouvelle patrie. Aujourd’hui, toute personne qui désire prendre un autre chemin, celui de la souffrance acceptée, consentie, est devenue suspecte, pose un geste anti-humain, voire anti-divin. Pourquoi, se disent-ils, si Dieu existe, passe-t-il son temps à faire souffrir l’être souffrant? On a les moyens maintenant de lui faire ce pied de nez avec notre Science divinisée, pourquoi ne pas le lui faire si allégrement et si gentiment?

La dignité de l'homme passe maintenant par son auto-détermination. On ne sait plus si Dieu existe, mais si Celui-ci existe bien, on verra bien après la mort et alors, le temps venu, on en en profitera pour l’accuser de tous les maux de cette vie que l’on vient de quitter. S'Il n'existe pas, alors aucun compte  à lui rendre, et la totale liberté permet à chacun de mettre fin à ses jours, l'heure et la seconde qui lui convienne.

Cette fausse dignité humaine est, à bien y penser, une tentative désespérée pour usurper le droit du Créateur de donner la vie et de l'enlever selon sa mystérieuse convenance. La Science permet d'empêcher la vie de venir et permet, à la fin, de devancer les derniers jours d’une personne, selon son propre vouloir.

Jadis, la dignité était de respecter les plans du Créateur. Aujourd'hui, Dieu étant mort, l'Homme trace son propre itinéraire de vie et décide, au terme de son existence de poser le geste qui revenait anciennement à Celui par qui toute vie venait. C'est ce qu'on appelle la divinisation de l’être humain.

Pour ceux qui auraient encore le sens des distinctions, il ne faudrait pas confondre cependant divinisation et déification de l’être humain. La première réalité est un geste délibéré de l'homme qui ne mène, somme toute, qu’à la néantisation de l’être humain, à une sorte de fusion éthérée avec un grand Tout imaginaire. La seconde est un Acte de Dieu, le deuxième Acte créateur qui touche toute la nature humaine. La plus grande dignité de l'homme c'est de voir Dieu et personne ne peut y arriver sans qu'Il décide de manifester ce geste d’Amour  mystérieux envers sa créature dans laquelle il implante une vie qui ne sera jamais détruite.

 
L'être humain moderne contrôle sa naissance et sa mort. Soit ! A force de se prendre pour un petit dieu, l'homme contemporain s'est dénaturé. Ce ne sera pas sa première tentative. Elle le conduit toujours dans un cul-de-sac. Chacun est capable d’en faire le dessin, à l’aube de ce nouveau millénaire, tissé d’incertitudes et de visages délabrés par les excès de toutes sortes.

Il faut espérer que naisse un Esprit nouveau et une Terre nouvelle. Ce n’est pas en suivant le chemin de l’abandon des données fondamentales de l’être qu’on y arrivera. Il faut à notre monde un surplus d’âme qui tarde toujours à venir, mais que le temps se chargera d’instaurer, en s’inspirant, à la fois de soubassements de la nature, la finalité qui l’oriente et la joie de donner sans mesure.

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com