Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

       [ Retour ]

 
Le langage du marketing

 
     Les Québécois ne semblent pas emballer par le projet de souveraineté-partenariat du Parti québécois. La récente tournée de Bernard Landry n’a pas convaincu un Québécois de plus que la voie normale de la nation québécoise était celle de l’indépendance nationale. Tout au plus, elle a servi à critiquer l’administration libérale, à dire que si le Parti québécois avait été là, il aurait essayé de faire mieux que ces gens jugés incompétents, mal préparés, en train de débâtir les assises mêmes d’un passé que d’aucuns ont trop longtemps adoré.

     Lors de cette tournée hivernale, le discours du Parti québécois était volontairement partisan, détaché de toute vision claire et précise du projet indépendantiste. Il était imprécis, voire nébuleux, tout cela dans le but de ratisser le plus large possible et de préparer la ré-élection d’un parti que la population a désavoué largement le 14 avril 2003. La tournée de Landry visait, dit-on, à faire la promotion de la souveraineté. Au fait, elle visait bien plus à redorer l’image d’un chef d’État non-élu, à se faire connaître dans les milieux étudiants, où il espère aller chercher le plein de voix, dans un futur référendum sur je ne quoi!

     Dans les circonscriptions électorales du Québec, le discours est teinté de ce même volontarisme béat et incolore. Le journal local de Matane, (La Voix gaspésienne) dans son édition du 25 février 2004) rapporte que le Parti québécois lance cette semaine sa campagne de financement. L’objectif : 10,000 $. Le président Pascal Bérubé, candidat défait aux élections d’avril dernier, invite la population à s’investir pour la souveraineté. L’objectif du Parti québécois de Matane, cette année, sera de faire la promotion active de la souveraineté dans notre milieu, de moderniser son programme pour la région et d’améliorer son organisation dans chacune des municipalités. En cela, le P.Q. local suit les traces de son éclaireur et chef de l’Opposition, patrouillant quelques recoins de la région, au cours du mois de février.

     Lors de cette tournée rapide, le chef péquiste et ses acolytes ont invité la population à faire la promotion de la souveraineté tout comme le vendeur de lave-vaisselle qui passe par les maisons, est invité à faire la promotion de son produit, détergent en mains, silencieux en sus. La souveraineté est devenu un objet de marketing, une technique visant à accroître le nombre de membres, la vente de produits publicitaires, la cueillette de fonds pour faire fonctionner la patente, une mise en place d’un certain réseau de distribution. L’opération dure depuis plus de trente ans. Certains succombent encore aux charmes d’une telle opération annuelle. La grande majorité ne croient plus à ces vendeurs occasionnels qui viennent, sporadiquement, chanter les bienfaits du don monétaire pour la cause. Ils ne donnent plus à ces marchands d’illusion. Ils donnent moins. Ils donnent encore parfois, mais du bout des doigts.

     Le plus beau projet qu’une nation peut se donner a versé lentement, mais constamment, dans le jeu du marchandage, du marketing, du camouflage, des mots pour rien dire. Le mot souveraineté est devenu un fourre-tout plein d’ambiguïtés, n’attirant plus que les jeunes loups, soupirant à remplir un poste que s’apprête à délaisser un vieux combattant qui croule sous les mandats à répétition. Le langage de la ferveur indépendantiste n’y est plus. La fermeté et la précision des mots a été abandonnées au profit de locutions verbales cuisinées de mollesse et de vents. Le coeur de la vie nationale à libérer à été bâillonné par les faiseurs d’images, les troubadours du cirque qui amusent les figures étonnées d’une jeunesse désabusée. Un jeune étudiant (17 ans) me disait cette semaine qu’il voterait pour le P.Q., la prochaine fois, si celui-ci lui promettait de geler les frais de scolarité. Comme perspective d’avenir, on a déjà vu mieux. Si le parti qui veut me faire avancer vers la souveraineté me promet d’en mettre plus dans mes poches, j’achèterai le produit au prochain scrutin.

     Les indépendantistes, ceux qui restent, ont toute une mission devant eux. Ils doivent cesser de se faire enfirouaper par ces vendeurs de tapis moelleux et penser indépendance comme on a réussi à penser piétons. Ils doivent développer une philosophie de l’indépendance, une façon d’être et de vivre comme nation indépendante. Refaire le plein des cartes et des goussets d’un parti qui se cherche, ne mènera qu’à reprendre les vieux sentiers usés, tant de fois empruntés. Chemins qui ne font que mener à la case départ. 33 % du vote populaire, en 2004, après 35 ans de vie politique, c’est tout un exploit pour un parti voué à la promotion (?) de la souveraineté.

     Mon souhait :que Bernard Landry oublie Jean Charest et recommence une tournée nationale pour ne parler que de l’indépendance du Québec. Que, dans chaque comté, on cesse de promouvoir la souveraineté comme si on voulait promouvoir l’achat d’un produit et qu’on invite des gens, historiquement, politiquement et économiquement formés, à expliquer, à trouver les arguments pour convaincre des bienfaits de l’indépendance du Québec. Un tel discours n’est pas dans les registres du Parti québécoise et il semble bien, que la refonte du programme prévu pour 2005, n’apportera pas grand changement. Quelqu’un a suggéré de déchirer le présent programme et de bâtir le programme d’un pays indépendant. C’était le temps qu’on y pense, non ?

     Le Bloc québécois, à Ottawa, n’est guère mieux dans sa stratégie électorale. Il vient de se trouver une planche de salut, dans le scandales des commandites. Le discours indépendantiste sera, de toute évidence, écarté de la prochaine campagne électorale. Le Parti québécois, à Québec, s’est trouvé aussi sa planche de salut : l’inhabileté de Charest à faire passer son message. Du bout des lèvres, dans les deux cas, on parlera de faire la «promotion de la souveraineté», mais dans les faits, on prendra tous les moyens pour se faire réélire dans un gouvernement étranger et qui engraisse bien les élus qui conspuent le régime fédéral ou on prendra tous les moyens pour remplacer, à Québec, un gouvernement provincial, afin de prolonger les avantages d’un petit pouvoir qu’on ose pas trop dédaigné. Qui osera cracher sur les émoluments d’une pension bien garnie? Y a-t-il un penseur de l’indépendance, quelque part dans la cité?

3 mars 2004

 

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com