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Les six principes de notre civilisation occidentale
Une civilisation comme la nôtre est fondée sur un très petit nombre de principes, six au total, qui confèrent tout son sens à la vie humaine.
Ces principes sont inaliénables et imprescriptibles.
On ne peut les perdre sans se perdre soi-même. Ils ont été énoncé, en premier, par les Grecs, vers le 4e siècle avant notre ère. Cela ne signifie pas que les Grecs étaient parfaits. Leur vie quotidienne, on peut le lire, était agitée par les mêmes passions qui agitent encore les êtres humains daujourdhui. Ils savaient parfois pousser ces passions jusquà lexcès et à la démesure. Comme nous. Mais une culture, cependant, ne se caractérise pas par les appétits des hommes, qui sont, comme je viens de le dire, partout les mêmes, mais par lidée que ces hommes se font de ce que devrait être leur conduite humaine.
Voici ces principes. l. Premier principe : Tout homme comme tel est digne. Cette dignité ne vient pas du groupe auquel il appartient et ne résulte pas davantage dune quelconque volonté politique. Cette dignité vient du fait que tout être humain à partir de son rayonnement intérieur, est capable de se tenir debout, de surmonter les épreuves, et de planter son regard dans les étoiles. Cest ce qui distingue lhomme du monde animal
Socrate, le premier, chez les Grecs, donna le vocable d«âme» à cette source, à cette source incandescente en quoi nous lisons la trace originelle de la Beauté incréée Dans le dialogue du «Premier Alcibiade», Socrate explique que la source de la dignité humaine réside dans lâme, siège de la connaissance et de la pensée : «Cest donc au divin que ressemble cette partie de lâme et, si lon regarde cette partie et quon y voie tout ce quelle a de divin, Dieu et la pensée, cest alors quon est le mieux même de se connaître.»
La source de la dignité humaine réside dans lâme, siège de la connaissance et de la pensée
Penser, voilà ce qui fait la grandeur et toute la dignité de lhomme (Pascal)
2. Deuxième principe : Mieux vaut subir linjustice que de la commettre.
Linjustice guette chaque homme, et constitue sa plus grande tentation et son plus grand scandale.
Pourquoi linjustice, sous toutes ses formes, représente-t-elle le plus grand malheur et la pire des misères humaines? Cest parce quelle dégrade, dit encore Socrate, notre âme. Elle déverse en notre conscience une coulée de fiel qui, peu à peu, se répandra dans nos pensées et nos actions, jusqu'à lempoisonnement général.
Dans le Gorgias, Platon dit : «Je suis convaincu, moi, que toi et moi et tous les hommes, nous pensons tous que cest un plus grand mal de commettre linjustice que de la subir et de nêtre pas puni que de lêtre.(&ldots;)
Si lon a commis une injustice, ou soi-même, ou tout autre personne a qui lon sintéresse, il faut aller de son plein gré là où lon obtiendra la plus rapide punition, chez le juge, comme on irait chez le médecin, et se hâter, de peur que la maladie de linjustice devenue chronique ne produise dans lâme une ulcère inguérissable.» (Platon, Gorgias).
3. Troisième principe : Mieux vaut subir la mort que de trahir la vérité.
Car la vérité existe, assurément, présente au plus profond de nous, dans ce nos ancêtres appelaient su justement la conscience. (savoir- avec). Chacun découvre en lui une loi non écrite et comme murmurée. Elle est faite de liberté qui nest pas permissivité, mais conquête du vrai, du beau, du bien.
Depuis Socrate, nous savons que la légitimité morale ne coïncide pas avec la légalité sociale ou légale. Quelque chose peut être légal sans être moral et le champ de la morale ne couvre pas tout le champ de la légalité.
Dans tous les cas, la loi morale, lemporte sur la loi de la société ou le monde du légal. Autrement dit, le moral et le légal, ne coïncide pas. Encore une fois : quelque chose peut être légal et immoral. Quelque chose peut être moral, mais illégal et ainsi de suite.
Dignité, justice, vérité. Voilà trois mots à ne jamais oublié : Et ces trois mots redonnent espoir à tous les hommes de la terre. Cest que nous appelons LIBERTÉ.
Il ny a pas de liberté où la dignité humaine nest pas respectée. Il ny a pas de liberté ou la justice nest pas honorée, si linjustice reste impunie. Il ny a pas de liberté où les hommes ne suivent pas leur conscience.
La liberté est la condition sans laquelle nous ne sommes plus des êtres humains. La liberté nous a été donnée pour nous permettre de dépasser ce qui est purement instinctif dans lélan vital, afin que nous puissions devenir responsable de nos actes. Un chien nest pas responsable de ses actes. Une plante ne peut pas être accusée davoir bouché le tuyau dégout. Un animal ne peut être accusé davoir dévoré le gigot dagneau échappé en entrant son épicerie. Aucun être humain ne peut en vouloir à son chien parce quil a couru se jeter devant une automobile. Le père ou la mère de famille qui voit se fils ou sa fille poser le même geste, sinterrogent&ldots;et vite, courent pour empêcher la catastrophe. Ceux qui veulent nous ramener au niveau purement animal, sont vite rattrapés par les faits.
Lêtre humain est lunique créature terrestre qui dispose du pouvoir vertigineux de décider par elle-même.
Certains se pensent libres parce quils se «libèrent» lamentablement de règles morales fondamentales pour devenir les esclaves de leurs instincts. Ils font une erreur très grave. Une fois de plus les faits les ramènent dans la réalité. Boire comme un «saoulon», ne convient pas pour lépanouissement de lêtre humain. Cest vite chez le médecin quil faut courir ou dans une clinique de désintoxication pour se réhabiliter.
Vivre en être libre, cest essayer de se fixer un but à son existence, lui imprimer une direction. Éveiller à la liberté, ce nest pas stimuler la permissivité. La liberté nest donc pas pure spontanéité, comme tant de gens le croient. (Je frai ben ce que je veux&ldots;c&ldots;et écoeure moé-pas&ldots;).
4. Quatrième principe : Lêtre humain est un être social et communautaire.
Nos ancêtres grecs et romains firent preuve doriginalité en morale. Ils se dirent ceci entre eux : quelles que soient les origines de chacun, il est toujours possible à un groupe social (une classe, une association, une famille, etc.) de se convertir en une communauté véritable, en une communion de destin.
Lêtre humain est social et fait pour vivre en communauté.
Cette communauté peut choisir daffronter un même avenir. En cela, une même et solide éducation peut faire en sorte que tous, dans lapprentissage de la solidarité, se dévoue à une tâche commune. Cest ainsi quest né la société civile. La démocratie. La Grèce antique nous a donné cela. Et toute démocratie, ne loublions pas, est fragile,
Ce nest pas un système politique parfait, mais, comme disait un grand auteur, cest le moins pire des systèmes. Faites létude de tous les autres monarchie, oligarchie, dictature, etc. et vous verrez!
La société nest pas facultative. On se doit dy vivre et dy apporter notre contribution. Pourquoi? Lhomme nest pas fait seulement pour vivre, mais pour bien vivre. Et pour ce faire, il a besoin de la compagnie de ses semblables.
Cinquième principe : Les Stoïciens, (philosophes latins surtout) nous léguèrent un principe étonnant : tout homme est un microcosme, ou un résumé de lunivers.
Lêtre humain est donc capable dinstaurer en lui et autour de lui, dans sa vie intérieure et dans ses relations avec semblables, une unité profonde et une communion véritable. Linfiniment grand et linfiniment intime se croisent au dedans de sa conscience.
Un jour, le philosophe Sénèque se rend chez lun de ses riches amis qui habite les environs de la ville. Il le trouve attablé au milieu de ses esclaves, sans distinction aucune, partageant la même nourriture :
Tu as bien raison dagir de la sorte. Je te vois au milieu de tes esclaves, parce que tu as compris quils étaient de la même nature que toi. Avant dêtre des esclaves, ce sont des hommes et des compagnons de gîte; mieux encore, ce sont des amis. Si tu y réfléchis bien, nous sommes tout autant esclaves queux, puisque soumis à la même nature. Celui que tu appelles esclave est né de la même semence que toi&ldots; Il jouit du même ciel, il respire le même air, il vit et meurt comme toi».
Et Sénèque de proposer la règle dor que nous pouvons trouver sous une forme semblable dans la Bible ou lÉvangile, ou dans dautres sagesses anciennes : « Vis avec ton inférieur comme tu voudrais que ton supérieur vécût avec toi».
Solidarité. Sens du service. Partage des responsabilités. Communauté de nature, tout cela peut se résumer en un seul mot : Égalité.
Sixième principe : Lhomme est créé, mâle et femelle, à limage de Dieu.
Après avoir travers la Grèce et la Rome antique ( deux civilisations que je connais bien et que jai visitées) nous entrons dans un petit pays qui a marqué tout lOccident par sa pensée. Israël doù nous sont venus les grands prophètes et lUnique Dieu quon nose plus nommer. (ex : en France. On ne saisit plus ce quil y a dans les musées&ldots;parce quon est ignorant de la grande tradition biblique. Comment admirer les tableaux et les sculptures des grands maîtres, si on ne connaît pas lhistoire religieuse du peuple hébreu, nos ancêtres dans la foi. Comment comprendre la beauté des vitraux et des statues de Chartres, si on ignore la grande marche de libération du peuple dIsraël?) Cette ignorance a gagné le Québec. Les exemples sont multiples.
Que nous dit cette tradition que nous avons en commun avec le monde juif et musulman : Lhomme est créée à limage de Dieu. Lhébreu le nomme «adam». Pas un nom propre. Un nom commun qui veut dire argile, terreux.
Le terreux est fait à limage de son Créateur. Le terreux est mâle et femelle. Cest le couple mâle et femelle qui est fait à limage de Dieu. Dieu étant amour, relation. Le coupe, mâle et femelle, est aussi amour et relation. Chacun dentre nous est donc unique, singulier, irremplaçable, indispensable. Le mal peut le blesser, et le malheur peut le terrasser, mais il reste toujours plus grand que sa faute. Parce que quelquun peut se pencher sur lui et lui dire : Toi, je taime pour ce que tu es. Tu as du prix à mes yeux, et je Taime. (Cest Dieu qui parle, par la voix de son prophète).
La liste sallonge au cours des siècles et ne sera jamais close : droit à la vie, absolument premier, droit à lintégrité physique et morale, droit à la liberté de conscience et dexpression, droit au mariage et à la procréation, droit à la culture, droit au partage des responsabilités,
Sur le fronton du Panthéon à Paris il est écrit ceci : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. Tout ceci appartient au patrimoine commun de lhumanité.
Avons-nous un avenir comme humanité? Oui, si lon respecte ces six principes. Le futur dépendra toujours de la santé de la mémoire, et nous savons bien que celui qui a perdu son passé ne sait plus où diriger ses pas.
Il est impossible à un Français, à tout touriste de comprendre Notre-Dame de Paris, de faire parler les vitraux splendides de Chartres, la cathédrale de Léon en Espagne si on ignore les textes bibliques. Il faut donc se garder de saccager notre mémoire commune. Sinon, il faut se préparer à un retour rapide à la barbarie.
Tout ce que je viens de vous dire, est en fait la clé de notre destin et de notre avenir. Nest-ce pas là tout un programme et toute une promesse? Les valeurs mères ou les principes fondamentaux ne doivent-ils pas devenir aussi nos enfants, nos uvres et notre postérité?
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