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La justice contre qui?

 
     Mon père me disait qu’il n’y avait pas de justice sur la terre. Et que la seule justice était dans le fait que tous les hommes finiront, six pieds sous terre, mangés par les vers. S’il vivait, aujourd’hui, le pauvre homme, il ajouterait sans doute, réduit à un tas de cendre, en passant par le crématoire. Et j’ai envie de lui donner une première fois raison, d’une façon posthume.

     Non seulement la justice semble exister de moins en moins sur la planète, mais il apparaît que le crime paie bien, que ceux qui dérogent aux lois établies vivent grassement et que les lois n’arrivent que difficilement à atteindre les fautifs, ceux qui établissent en loi, le crime organisé. Serait-ce que ceux qui font les lois sont du même côté que ceux qui les violent allègrement? Mon père, avant de mourir pensait de même. J’ai envie de lui donner une deuxième fois raison, d’une manière posthume.

     Il y a des gens, sur notre territoire, qui semblent ne pas comprendre qu’ils doivent se soumettre aux mêmes lois votées pour tous les citoyens et qu’ils doivent les respecter parce qu’ils vivent sur le même territoire. Il y a des politiciens qui n’osent pas faire respecter les lois parce qu’ils ont peur à un éventuel bain de sang. Ils arrivent ainsi, à se cacher, vivant devant les caméras leur propre crainte en évitant ainsi de poser des gestes pour changer l’ordre des choses. Ils disent, sans rire, devant le kodak de la télé, que c’est mieux de procéder ainsi, afin, disent-ils, d’éviter les montées de violence, les actes physiques incontrôlables.

     Que je bloque, avec ma gang, la route 132, à Matane où je demeure depuis plus de trente ans, parce que je ne suis pas content d’une décision de mon maire ou de ma députée, les agents de la police provinciale vont intervenir immédiatement. Ils ne se poseront pas la question si leur intervention pourrait causer un bain de sang, ou changer l’ordre des choses. Ils ont ordre, de leur supérieur, d’arrêter et d’incarcérer par la suite, s’il le faut, tout citoyen qui ne se soumet pas aux règles de fonctionnement du territoire. Et il n’y aura pas d’exception pour aucun des blancs qui vivent sur ce même territoire. Ça, tout le monde sait cela!

     Mais si tu es d’une autre communauté bien connue, les règles changent. Les cellulaires fonctionnent. Les ministres se taisent ou se contredisent. Puis, habilement, ils se congratulent, se félicitent, et avertissent le monde blanc qui vit sur le même territoire que tout est entré dans l’ordre. Que les fautifs ne seront pas punis, qu’ils ne seront pas incarcérés, qu’ils pourront continuer à mener leur vie avec le crime organisé, même si la contrebande sévit partout, et qu’on y brûle des maisons en pleine nuit.

     Certains matins, comme Félix Leclerc, je sens en moi comme une Alouette en colère. Je sens monter en moi quelque chose que je n’ose pas d’écrire, des mots que je ne n’ose pas dire. Mon père avait bien raison : la justice, non seulement n’est pas sur la terre, mais il y a deux justices sur cette terre. Et, par ici, il y a bel et bien deux justices pour les gens qui habitent le même territoire : celle qui fait entrer les moutons dans leur trou et qui grognent en silence, écoeurés, désabusés, révoltés et celle qui fait chanter les politiciens, en des refrains qui font monter mon adrénaline, plus encore, fait jaillir dans mon esprit quelques gros mots qui feraient sauter mon évêque, mon cardinal fraîchement nommé!

     Qui va mettre ses culottes en ce pays contrôlé par des gens qui font la loi qu’ils n’ont pas votée? Car le politicien qui me parle présentement, qu’il soit d’Ottawa ou de Québec me fait vaser. J’ai envie, à eux aussi, de leur dire des gros mots. Mais, je sais que ça ne changerait rien. Si on s’y mettait, tous ensemble, peut-être qu’on pourrait arriver à s’emparer d’abord du territoire et à faire respecter les lois votées et, parce qu’elles le sont, doivent être respectées.
 

18 janvier 2004

 

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