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Comment faire l’indépendance du Québec

 

(L’auteur est indépendantiste depuis qu’il a l’âge de raison&ldots; Il a été candidat du Parti québécois dans Matane en 1970 et 1973, et il le regrette encore&ldots;)

 

«Est-ce que tout serait à recommencer à cause de quelques magasiniers qui échangent, trafiquent, vendent trois siècles d'histoire pour quelques heures de pouvoir ?»  Félix Leclerc, Île d'Orléans, 1986.

Les politiciens péquistes chevronnés, ratoureux, parfois empiffrés d’orgueil, pleins de suffisance, cultivant «ad nauseam» leur ego, pleurant à chaudes larmes suite à la perte du pouvoir, piaffant d’impatience à l’arrivée d’un nouveau scrutin, en espérant reprendre les rennes de celui-ci et tous ses avantages connus ou dissimulés, ont à peu près tout dit sur la souveraineté du Québec. Sauf l’essentiel : les exigences à poser pour conquérir collectivement la liberté dont ils parlent si peu dans leurs discours officiels et officieux.

L’indépendance - j’aime mieux ce mot que celui de «souveraineté» qui est devenu un fourre-tout dans lequel Mario Dumont peut se glisser -  a souvent été présentée par l’intelligentsia péquiste comme l’entrée dans un état paradisiaque, la conquête d’une terre où tous les obstacles auraient été levés, où aucun embûche ne viendrait perturber les citoyens du nouveau pays créé. Bref, l’indépendance est devenue, au fils des années, pour ces chantres improvisés de la libération nationale, habituellement très déconnectés du va-et-vient du quotidien du peuple, un bouquet de roses où les épines auraient été habilement arrachées, les irritants à tout jamais éclipsés.

Il semble que, dans la nouvelle terre libre espérée, aucune fausse note ne sera entendue dans la chorale péquiste habilitée à diriger et que l’harmonie parfaite sera restaurée dès que le rapatriement des impôts payés à Ottawa sera effectué. habilement maquillé, où jamais l’erreur n’arrivera à s’implanter, où jamais l’injustice ne sera cultivée, où tout baignera dans l’huile, sans anicroche, presque de l’Éden retrouvé.

Il faut chercher loin dans l’histoire pour voir un pays naître sans que s’accumulent des difficultés plus ou moins lourdes à porter. Il n’y a jamais eu de liberté facile à se donner. Il n’y a qu’un chemin pour y arriver : la générosité dans l’effort, le combat dans la diversité, le partage d’une nouvelle richesse à créer, la joie de participer au bien commun en vue de mieux le partager. Qui osent, parmi les péquistes de toutes les sauces apprêtées, tenir ce genre de discours qui ferait fuir les plus frileux, à la première bordée des difficultés présumées? Il faut le pouvoir, selon eux, seulement pour s’amuser et élever, de temps en temps, le petit drapeau bleu du nationalisme mou, si bien caché, le temps d’un mandat et d’une pension augmentée.

Leurs adversaires, de l’autre côté, les fédéralistes traditionnels, les mous occasionnels ou dénichés, ont épuisé jusqu’ici leurs arguments fleuves, leurs peurs multipliées, leurs étonnantes capacités de renouveler un message flou, comme une corde usée, en présentant toujours, depuis tant années, les mêmes craintes fondées sur  de l’incapacité nommée sous tous les angles inventoriés, l’isolationnisme démesuré, la possibilité de vivre seuls sur une terre devenu village global, chacun l’aura remarqué.

Sur la table fédéraliste joliment apprêtée, les citoyens aveuglés par les émotions, les risques multipliés et volontairement mal présentés, retrouvent toujours les mêmes mets maintes et maintes fois réchauffés, les mêmes cuisiniers grassement payés indirectement par un régime qui les font vivre sans trop peiner, avec les mêmes recettes, celles qui jadis ont permis d’amener tant de convives à manger à l’assiette qui sans cesse les condamne à la grandeur de vivre en pleine liberté.

D’un côté comme de l’autre, les arguments ne sont plus ceux qui devraient l’emporter. Les indépendantistes, s’ils veulent continuer la lutte pour le pays à créer doivent inventer ou retrouver dans l’histoire quelque chose à dépasser, quelque chose à imiter.

 
L’Ukraine actuelle, dans la tourmente d’un scrutin volé à tours de bras, fautif et falsifié, pourrait nous donner au peuple du Québec la leçon d’histoire dont il continue toujours à se priver. Depuis plus de dix jours, ce peuple divisé, dans la froid et la neige d’un hiver prématuré, tient haut et fort la barre d’un bateau qu’ils veulent pas vouloir couler. Le nouveau pays porte un nom. Il se nomme Yushchenko.  Brisé par un mystérieux mal que d’aucuns nomment un empoisonnement qui devait servir à l’éliminer, il rassemble, debout, courageusement, ce peuple dont l’histoire est faite de ruptures, d’annexions, et de retrouvailles sur les barricades de la liberté.

Le Québec a besoin d’un tel homme. Un homme qui parle simplement, courageusement, librement, avec des accents qui renouent avec l’histoire et son passé, avec des notes qui chantent les lendemains d’une liberté bien assumée.

Je rêve de mon pays dans la clarté d’un matin de printemps ensoleillé, où des centaines de milliers, après avoir de tous les coins du Québec fait la marche de la liberté, se retrouvent dans les rues de la Capitale nationale de ce nouveau pays au fond de chacun retrouvé, fièrement mais drôlement décidé à ne plus reculer, à faire fleurir par la volonté, le travail de ceux qui ont labouré ce champ de liberté. Je rêve de centaines de milliers de personnes, debout, fleurdelisés en mains, le cœur chaud de retrouvailles longtemps oubliées, réclamer à l’unanimité ce dont il a été si longtemps privé : la liberté.

Je cherche ce leader, au visage tuméfié, à l’allure décidée, au cran et au sérieux démesuré. Je cherche ce leader qui, même de sa vie, est prêt à payer pour bâtir ce pays tant de fois rêvé. Il ne nous reste qu’à le nommer et le conduire devant le symbole de notre pouvoir si longtemps méprisé.

 

Pourquoi pas un printemps de liberté, à l’approche du 400e anniversaire de notre conquête mille fois répétées? Tout cela est possible, si les péquistes cessent de s’entredéchirer et font passer «le leader» avant leurs petites carrières à leur hauteur mesurées !

Pierre Bourgault, en nous laissant, a écrit ceci : «Si nous brûlons aujourd’hui ce que nous avons adoré il y a peu, c’est que nous adorions sans raison et que nous brûlons sans discernement. Le discours politique québécois a tout simplement capoté. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il portait en lui le germe de sa propre destruction parce qu’il était superficiel et désincarné.»

Le temps retrouvé, le peuple rassemblé, le leader soutenu et accompagné, peuvent faire mentir les propos défaitistes des dernières heures de l’indépendantiste le plus adulé du Québec à libérer. Allons-nous oser nous rassembler devant notre Assemblée nationale pour réclamer ce qu’un peuple a de plus cher : sa liberté!

 

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