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La hiérarchie catholique est-elle libérale?

    Comme tous les Québécois, j’ai écouté à la télé, le service funèbre de Monsieur Claude Ryan. Étant moi-même dans la même lignée de foi que l’illustre disparu, je n’ai pas eu de difficulté à entrer dans la liturgie des morts. Chants, textes sacrés, homélie, bref, tout s’harmonisa avec mes croyances. Tout se déroula selon la grande tradition et coutume chrétienne et respecta la grande tradition liturgique de la messe des défunts. Sauf le dernier bout. Après la réception du Corps du Christ, temps fort de la sainte messe, s’il en est un !

    À-t-on le droit, en toute justice, d’utiliser le testament d’un mort pour faire l’apologie d’une option politique en pleine fin de messe funéraire? Imaginez, un seul instant, exactement le contraire. Lors des funérailles de René Lévesque, en 1987, quelqu’un s’avance, un ami, un parent et, du haut de l’ambon de la Basilique de Québec, à deux pas du Parlement, fait l’apologie de l’indépendance du Québec par le biais d’un écrit rédigé de la main de René Lévesque, tout juste avant sa mort. Lévesque, s’adressant ainsi à toute la population du Québec, affirme, qu’au-delà de la mort, il croit toujours que la meilleure solution, pour les Québécois, est la sortie pacifique et démocratique du Québec de la fédération canadienne et qu’il revient au peuple de le décider dans un prochain référendum de le faire.

    L’indignation aurait été à son comble, le lendemain, dans tous les quotidiens du Québec. Ce jeu de passe-passe, à la fin de la messe, m’a profondément déplu. Je pensais que la séparation de l’Église et de l’État, c’était chose du passé. Il semble bien que non. Maintenant, il semble que ce soit plus subtil, camouflé, habilement présenté. Monsieur Ryan reste pour moi un très grand chrétien et un très grand citoyen. Politiquement, pas! Je n’ai jamais oublié sa hargne, le soir du référendum de 1980, contre le camp du OUI. Je ne juge pas l’homme à ce seul geste, mais il en dit long sur sa soif du pouvoir et celui-ci dénota, ce soir-là, un haut taux de mesquinerie que René Lévesque ne se serait jamais permis.

    Lors du prochain décès d’un homme politique, Messieurs du Clergé et du Cardinalat, voulez-vous vous en limiter à la liturgie des défunts. De tous les défunts. Point à la ligne. A chacun, par la suite, comme citoyen, de départager le reste. Je trouve cela triste que l’ambon de la Sainte Église catholique romaine serve encore à faire de la politique partisane. Duplessis a dû rire, en compagnie de Trudeau, Lévesque et les autres, s’ils étaient branchés sur RDI.

    Et dire que tout cela s’est passé devant toute la hiérarchie épiscopale du Québec, sans que cela semble soulever de leur part un petit cri d’indignation. On nous a fait le coup deux fois : lors des funérailles de Trudeau et lors des funérailles de Ryan. Pourrait-on mettre un point final à ce petit jeu politico-religieux? A vous, messieurs les évêques, et à vous monsieur le cardinal, de répondre à vos ouailles scandalisées et bien outrées!
 

20 Février 2004

 

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