Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

       [ Retour ]

 
Le dilemme des indépendantistes

 
          Il y a aura des élections, lundi le 28 juin, dans le pays voisin du mien, le Canada. Indépendantiste depuis toujours, je n’ai donc jamais voté au Canada. Je me suis, ou bien abstenu ou, parfois, selon certaines circonstances particulières, j’ai annulé mon vote. Exemple : campagne fédérale de 1972, où il y avait eu une forte campagne en faveur de l’annulation prônée par le Parti québécois.

     Le 14 avril 2003, lors du scrutin provincial, plus de 400,000 électeurs indépendantistes ne se sont pas présentés aux urnes. Les motifs invoqués furent multiples. Celui qui revint le plus souvent fut l’appel de Bernard Landry, lancé aux fédéralistes, à toute fin de la campagne, afin qu’ils aillent voter pour le P.Q. Certains invoquèrent aussi la plate-forme électorale du Parti Québécois, qui plaça (il faut le faire! ) la question de la souveraineté au 25e rang de ses priorités. L’abstention fit en sorte que le suffrage universel fut l’un des plus bas de ces dernières décennies. Environ 65 %.

     Les indépendantistes, le 28 juin prochain, sont à nouveau placés devant le même dilemme que l’an dernier. Ils sont devant quatre partis qui prônent le fédéralisme et le Bloc québécois qui jappent contre les politiques fédérales mais ne proposent pas comme solution la sortie du régime qu’il condamne à peine du bout des lèvres.

     Le Bloc se présente en vierge offensée, mais n’a pas le courage d’aller jusqu’au bout de ses convictions et dire carrément aux électeurs que «le temps du fédéralisme est terminé». Il profite de la grogne engendrée par le scandale des commandites, le déséquilibre fiscal, l’assurance emploi, les soins de santé, etc. pour faire le plein de votes, mais ne propose rien de positif. Et pour les indépendantistes, le positif, c’est la liberté de notre peuple acquise par un vote massif en faveur de l’indépendance nationale.

     Solution encore une fois? L’indépendance du Québec. Elle est simple cette solution et elle devrait être rappelée dans tous les discours des bloquistes et par Gilles Duceppe en premier. Mutisme total sur le sujet.

     À une émission de radio, sur les ondes de Radio-Canada (Matane), j’ai demandé, la semaine dernière, au candidat bloquiste Jean-Yves Roy, s’il entendait bien claironner cette solution, que dis-je? LA SOLUTION, à tous ces problèmes inventoriés, expliqués «ad nauseam» à la population depuis 1993. Je lui ai même suggéré d’organiser un ralliement indépendantiste régional ou local, avant la fin de la campagne, pour galvaniser les troupes indépendantistes et réaffirmer notre nécessité de sortir de la maison de fous qu’est le fédéralisme canadien. Impoli, il m’a envoyé paître, n’y voyant pas la nécessité d’organiser une telle rencontre, à la veille du vote. J’ai tiré la conclusion suivante : le chialage suffisait pour gagner le prochain scrutin.

     Le P.Q. est-il un parti indépendantiste? Il y a longtemps et comme tant d’autres, que je suis arrivé à la conclusion qu’il ne l’est pas. Il est confédéraliste, à la Jean Allaire, à la Robert Bourassa. J’ai suffisamment de papiers dans mes dossiers pour le prouver.

     Le BQ est-il un parti indépendantiste? Il y a longtemps et comme tant d’autres, que je suis arrivé à la conclusion qu’il ne l’est pas. J’ai aussi suffisamment de documents dans mes papiers pour le prouver.

     Au Medley, la semaine dernière, Gilles Duceppe a lancé un vibrant appel à la cause souverainiste. Mais il s’est bien gardé d’en préciser le contenu. Le mot est là : le contenu n’y est pas. Et, depuis plusieurs années, la confusion existe. La preuve en est qu’on travaille toujours, tant au P.Q. qu’au BQ, à faire revivre un nouveau référendum qui porterait sensiblement sur la même question que celle de 1995. Au fait, je vous la rappelle :

     Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente du 12 juin ? »

     Derrière cette question alambiquée au possible, bien des indépendantistes se sont fait bernés. Ils ont crû que le Québec accéderait à l’indépendance par cette voie. Eh bien, non! Si la réponse avait été positive, en 1995, et que les négociations avaient bien fonctionnées, nous serions restés dans le Canada, avec des éléments de souveraineté, comme le prônait le Rapport Allaire. Pourquoi, pensez-vous, que Mario Dumont était dans le camp du OUI, en 1995? Tout simplement, parce qu’il avait compris, lui, que ce sur quoi on votait à l’époque, ressemblait comme deux gouttes d’eau à la thèse qu’il défendait. Battu sur son propre terrain, il s’est ensuite retiré du débat...

     Pour vous convaincre davantage que ni le P.Q. ni le BQ ne sont indépendantistes, lisez bien ceci. Lors de son passage à Bruxelles, il y a deux ans, Bernard Landry avait affirmé, se rapportant à la fameuse question de Bruxelles de 1992 (celle de Robert Bourassa), qu’il voterait OUI à cette formulation. Je vous la transmets au cas où vous l’auriez oubliée.

     Question de Bruxelles (Bourassa- 1992)

     «Voulez-vous remplacer l’ordre constitutionnel existant par deux États souverains associés dans une union économique, responsables à un parlement commun?»

     Je sais encore lire. Les mots ont encore pour moi un sens. Lorsque je compare la question référendaire de 1995 et celle de Bruxelles (celle de Bourassa, en 1992), je m’aperçois bien que les éléments communs de ces deux questions se rejoignent.

     En votant oui, en 1995, le Québec votait pour rester dans le régime fédéral. En espérant que les négociations ne marchent pas ( et lorsqu’on négocie, on peut s’arranger pour que les choses aillent mal), et que le Québec proclame, par la bande, son indépendance. L’astuce n’a pas fonctionné.

     Landry, en affirmant qu’il voterait OUI à la question de Bourassa, a de quoi étonner. A ce que je sache, Bourassa n’était pas indépendantiste. Alors, si Landry affirmait, il y a deux ans, qu’il voterait OUI à la question de Bourassa, s’était-il converti à la thèse bourassienne, donc au lien confédéral? La réponse est : OUI. Landry et son petit frère jumeau Duceppe, qui aspire à devenir chef du gouvernement à Québec, ne sont pas des indépendantistes. Ils sont des confédéralistes. Le journaliste Michel Vastel en arrive à la même conclusion dans son livre Landry le grand dérangeant, p.428.

     En votant P.Q., l’an dernier, les Québécois votaient pour le maintien du lien confédéral. Il n’y a plus, à l’Assemblée nationale, de parti indépendantiste. Il y a trois partis qui s’entendent, plus ou moins, sur la façon de réformer le fédéralisme canadien.

     En votant BQ, lundi, le 28 juin, les Québécois indépendantistes, s’ils le font, voteront pour rester dans le Canada. On ne le dit pas ouvertement, mais c’est bien de cela dont il s’agit.

     Logiquement, tout indépendantiste, lundi, ne devrait pas aller voter pour un parti qui veut les garder dans le lien fédéral. Mais les slogans, les tape-à-l’oeil l’emporteront une fois de plus sur la réalité qu’on n’ose pas regarder. Les Québécois sont plus facilement contre quelque chose que pour quelque chose. On votera une fois de plus par dépit plus que par conviction.

     On se donne le vrai pouvoir de 1993 a été remplacé par Un parti propre au Québec. On préfère sans doute ces slogans creux et sans avenir, qu’un pays bien à nous, avec tout ce que cela comporte de sacrifices et de générosité.

     Lundi, le 28 juin, comme mon pays est le Québec, et que je n’en ai pas d’autres dans mes tripes, et que je n’ai jamais exprimé mon vote dans un pays voisin ou étranger, je n’irai pas voter ou j’irai tout simplement annuler mon vote. Je respecte cependant ceux qui feront le geste inverse. On ne gage rien à s’invectiver de bêtises et à faire des attaques personnelles qui ne font pas avancer le débat. Saisons des idées, oui...mais dans le respect des uns et des autres.

  15 juin 2004

 

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com