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Avertissement

      Cette opinion du lecteur a été rédigée la veille de la sortie du troisième tome de Pierre Duchesne portant sur la vie politique de Parizeau. L’auteur croit plus que jamais que la vie d’un parti confédéraliste à Ottawa n’est pas plus viable que l’existence d’un parti confédéraliste à Québec. La regroupement des forces indépendantistes, sur le territoire du Québec, est plus que jamais nécessaire. La création d’un véritable parti indépendantiste sortira les Québécois de ce flou politique qui mène nulle part. Il est encore temps d’y penser!


  
Du Bloc temporaire au Bloc ... stationnaire !

 
    Fondé en 1993 par l’ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard et ancien ministre conservateur de Bryan Mulroney, le Bloc québécois, dans l’esprit du père fondateur, devait être un parti temporaire, éphémère, transitoire, intérimaire. Il ne devait rester qu’un seul mandat à la Chambre des Communes, en attendant autre chose, (le futur référendum), en exerçant une fonction pour un temps bien déterminé.

     Onze ans plus tard, à la veille d’une élection générale canadienne, le Bloc temporaire, éphémère, transitoire, intérimaire s’est installé dans ce qui devait être le provisoire, l’éphémère, l’intérimaire et le transitoire. Et il semble même s’y complaire, puisque, sans honte et sans le moindre des remords, il s’apprête à se présenter une quatrième fois devant l’électorat canadien. Il n’est plus là pour préparer le référendum à venir, puisque rien n’assure que le Parti québécois sera réélu au prochain scrutin et, même s’il l’était, rien ne garantit que le parti confédéraliste péquiste, mené par Bernard Landry, le tiendra après une hypothétique réélection en 2007. Alors, le Bloc est à Ottawa pourquoi ? Pour défendre les intérêts du Québec? Réponse trop facile !

     Lucien Bouchard mena la première bataille du Bloc québécois. Déçu de la tournure des événements suite à l’échec constitutionnel de 1990, il arriva, avec plus de cinquante députés, à former l’Opposition officielle à Ottawa. Le slogan de la campagne fut à l’époque: «On se donne le vrai pouvoir». Slogan creux, s’il en est. Comment, un parti, dit souverainiste, a-t-il pu arriver à siéger dans un parlement fédéral qu’il voulait éliminer, former l’Opposition officielle et dire à ses électeurs que, sur les banquettes de l’opposition, il pouvait leur donner le vrai pouvoir? Il fallait y penser!

     En juin 1997, les Bloquistes, sous l’égide de Gilles Duceppe, député de Laurier/Sainte-Marie, firent élire quarante-quatre députés dont le but avoué était de défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Le 27 novembre 2000, le Bloc québécois réussit à faire élire trente-huit députés afin de toujours poursuivre la défense des intérêts du Québec, au parlement fédéral. En 2004, toujours sous la direction de Gilles Duceppe, les députés du Bloc entendent toujours retourner à Ottawa, et cela pour un quatrième mandat, afin de défendre les intérêts du Québec à Ottawa.

     Il y a peine trois mois, les sondages prédisaient la disparition du Bloc québécois à Ottawa, avec l’arrivée de Paul Martin à la tête des libéraux. Les Québécois, toujours très émotifs lorsque vient le temps de voter, avaient décidé, qu’il était temps d’arrêter le carrousel de ceux qui se prétendaient les défenseurs uniques des intérêts du Québec dans le gouvernement central, et de donner «le vrai pouvoir» à ceux qui peuvent l’exercer.

     Mais, houps! Dans le ciel calme et tranquille des rouges déjà portés au pouvoir, le scandale des commandites est venu changé la donne. En moins de cent jours, les électeurs de la belle province, comme ça, ont décidé de virer capot et de redonner au Bloc québécois, possiblement, si on se fie aux sondages, le même nombre de députés qu’en 1993. Sir Wilfrid Laurier avait bien raison lorsqu’il affirmait que «les Québécois n’avaient pas d’idées en politique : ils n’avaient que des émotions».

     L’an dernier, en plein cœur de la campagne électorale, le Parti québécois, parti officiellement souverainiste, mais dans les faits, parti confédéraliste (fédéralisme renouvelé) a perdu près de 500,000 électeurs, à cause de l’ambiguïté de sa position constitutionnelle. Les indépendantistes ont refusé de donner leur vote à un parti qui ne répondait plus à leurs attentes et qui mettait la souveraineté au vingt-cinquième rang de ses priorités. La plate-forme électorale de la campagne 2003 l’indique formellement. Je n’ai donc pas voté pour le Parti québécois.

     Pour les mêmes raisons, il me sera difficile de voter, en 2004, pour un parti qui se dit souverainiste, mais qui, dans les faits ne l’est pas puisqu’il ne parle jamais de l’indépendance du Québec sur la colline parlementaire, à Ottawa. Il n’est pas nécessaire, de toute évidence, d’être souverainiste pour défendre les intérêts du Québec dans le gouvernement central. N’importe quel député, peu importe son allégeance, peut le faire ou ne pas le faire. Pierre de Banné, ancien ministre libéral, a très bien défendu les intérêts du comté de Matapédia-Matane. Et il était fédéraliste. Je me demande, si l’actuel député (un bloquiste) fait pour défendre présentement les intérêts de ce même comté. Il semble ne pas avoir défendu grand-chose depuis quatre ans. Sa visibilité n’a pas été bien éclatante.

     De plus, il m’est impossible d’approuver le geste du Bloc québécois, qui, à partir de la nouvelle loi sur le financement des partis politiques, recevra, pour la prochaine élection, l’équivalent de 2,4 millions de dollars, pigés dans les poches des contribuables canadiens, et cela pour se battre contre un régime politique dont il veut se défaire. Qu’en penserait René Lévesque, dont certains péquistes et bloquistes se réclament encore dans leurs discours délavés, lui qui avait tant à cœur, que les indépendantistes paient pour défendre leur cause?

     Après onze ans dans l’opposition, la députation bloquiste, en plus de se garantir une pension plantureuse venant d’un système qu’elle condamne, a aussi goûté les plaisirs d’une rémunération plus que substantielle. Avec une moyenne de plus de 120,000.00 $ par année, (faites le compte en multipliant par 11 ans !) ces hommes et ces femmes, voués à la destruction du fédéralisme canadien, auront engrangé près d’un million et demie de dollars dans leur compte de banque. La morale, toute naturelle, m’invite à dénoncer une telle situation. Elle me fait pencher vers l’indécence, le rejet et pourquoi pas, la condamnation pure et simple. Le cheval de Troie valait pour une bataille : il n’est pas nécessaire de le garder pour continuer la guerre. Il perd ici tout son sens, après onze ans sur les banquettes de l’opposition. La preuve en est, qu’après toutes ces années, la cause souverainiste stagne. Le P.Q. n’a récolté que 33 % du vote l’an dernier. Les bloquistes en récolteront davantage sans doute lors du prochain scrutin, mais un bon nombre de ces votes seront des gestes de rejet et de dépit face au scandale des commandites.

     Le slogan du Bloc québécois, pour la prochaine campagne est le suivant : «On est différents». La différence ne doit pas nous faire verser dans la complaisance. Ce n’est pas en territoire étranger, ni dans le parlement du pays voisin que se décidera le sort politique des Québécois. Si les bloquistes croient au Québec, qu’ils reviennent et envahissent leur territoire, et se battent pour le libérer. Avec les désavantages que cela comportent. Certains, et j’en suis, sont fatigués de payer de leur vie, de leurs sous, et de leur temps pour faire avancer une cause qui ne profitent qu’à une petite élite bien campée.

     Heureusement que les bloquistes ont reçu le gros os des commandites, offert sur un plateau d’argent par le parti libéral du Canada, pour lancer une campagne qui aurait eu toutes les difficultés du monde à lever. Le Bloc, a été, pendant quelques années, un élément de réaction indispensable dans le contexte politique du moment. Le temps des réactions passées, il faudrait sans doute passer à l’action. Et si action il doit y avoir, c’est sur le terrain du Québec que la prochaine manche doit se jouer.

     Le Bloc devait être temporaire. Il est devenu stationnaire. La rengaine a assez tourné. Je n’ai pas plus le goût de me faire tourner encore la même ritournelle pendant quatre autres années en sol canadien. Le confédéralisme à Ottawa n’est guère mieux que le confédéralisme à Québec. Il est temps de le dire et de l’écrire. Et de publier un lexique politique pour décaper les mots, leur rendre leur signification première. On ne libère pas un peuple dans la confusion et l’astuce. Sinon, que le page soit tournée et qu’on n’en parle plus pour des générations!
 

21 mars 2004

 

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