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Jean Charest, l’homme invisible

 

Depuis quelques mois, Jean Charest semble s’être évaporé dans la nature. La discrétion marque de plus en plus son leadership. Certains matins, en lisant les grands titres des journaux, je m’étonne d’entendre parler de tout et de rien, et de constater que le premier ministre des Québécois ne fait rarement la une de nos quotidiens. Le low profile du chef de la nation québécoise a de quoi étonner en ces temps d’incertitude, de conflits larvés, de transparence à dessiner.

Et si parfois, le soir, rapidement, sur nos écrans de télé, on peut apercevoir la silhouette du chef de l’État, ce n’est souvent que pour l’entendre tenir des propos qui rejoignent les lieux communs, déboulés sans conviction, comme quelqu’un qui est condamné à faire le boulot que la population lui a mis accidentellement sur les épaules, et qui a hâte que la job finisse&ldots;pour retourner dans l’anonymat. On ne retrouve aucune flamme dans les yeux de celui qui prétend actuellement diriger la nation québécoise. Jean Charest ressemble à un gérant de compagnie. Il n’a aucun enthousiasme dans ses propos et ceux qu’il tient recoupent uniquement le bonne gérance de l’État.  Sa démarche laisse percevoir un écœurement flagrant du poste qu’il occupe. Observez-le, à la fin d’une conférence de presse! On dirait qu’il a hâte que ça finisse et qu’il n’a pas de plaisir à faire ce qu’il fait.

Le chef de la cité, il ne faut pas l’oublier,  en plus d’être le gardien de la justice, doit manifester par ses dires et ses gestes, sa foi et sa détermination en l’avenir, créer des projets collectifs qui cimentent la communauté. Rien de cela en Jean Charest et autour de lui. Rien que des bons gestionnaires qui alignent des chiffres, les fricotent parfois, les présentent différemment pour dorer la pilule amère, pas toujours facile à avaler.

Et pourtant? Ce ne sont pas les sujets et les défis qui manquent. Il faudrait à Jean Charest de meilleurs conseillers en communication, sans aucune doute. Mais il lui faudrait, davantage, tout juste un surplus de dynamisme communicateur, une bonne dose d’enthousiasme, un souci de faire autrement, dans un plan d’avenir qui le ferait briller parmi les meilleurs.

C’est connu. Les gens sont désabusés de la politique : il revient au premier ministre, de toute nécessité, de leur redonner ce goût du vivre ensemble, de bâtir la nouvelle cité de demain. Le verra-t-on sur les nouveaux chantiers qui enthousiasmeraient les Québécois,  fiers d’élever un nouvel avenir meilleur pour eux et pour leurs enfants? L’attente est palpable : les Québécois seront-ils déçus, une fois de plus, devant celui qui se disait prêt à tracer les paramètres d’un Québec nouveau, moderne et ouvert sur le monde?

Jean Charest doit sortir de sa cachette, pour parler, expliquer, modifier, changer, métamorphoser le paysage politique. Il en a le talent. En a-t-il le courage? S’il veut passer à l’Histoire, il doit immédiatement s’atteler à la tache de devenir le leader qu’on est en droit d’attendre de lui. S’il ne le peut pas et/ou ne le veut pas, il doit, de toute urgence le signifier. Le peuple du Québec ne peut attendre  encore des lustres celui qui pourrait le conduire à modifier radicalement les choses.

Le peuple du Québec vous attend, monsieur le premier ministre! Sortez dans le trafic pour humer l’air du temps. Sinon, on commencera à croire que vous tenez le temps à Québec, en espérant une circonstance qui vous fera partir vers des paysages anciens, où vous sembliez mieux naviguer et que, sans doute, vous n’avez jamais totalement abandonnés.

 

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