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Ai-je le droit de le faire ?

     Avec la nouvelle loi sur le virage à droite sur feu rouge, je croyais que les conducteurs allaient pouvoir virer à droite, la plupart du temps, le jour ou la nuit, en temps de pluie comme de beau temps, hiver comme été, étant pressés ou pas.

     Là, on vire parfois, à certaines conditions, écrites dans la loi, et si tu le fais, alors que tu n'es pas autorisé à le faire, tu risques de payer cher pour un geste que tu as osé faire en doutant ou ne sachant pas exactement, clairement, si tu avais le droit de le faire.

     D'autres fois, on ne vire pas et personne ne sait quelles sont les conditions qui nous interdisent de ne pas le faire. Un pictogramme, accroché là-haut, t'indique que tu risques de te faire faire par un policier zélé, qui sera sans doute content de te montrer, par une solide contravention, que tu n'avais pas le droit de faire ce que tu viens de faire, en pensant, toi, que tu avais le droit de le faire.

     À chaque fois que l'on peut ou pourrait éventuellement virer à droite sur un feu rouge, il faut, maintenant, s'arrêter pour bien voir, si on le droit de le faire ou de ne pas le faire.

     Quant à faire, selon moi, il faudrait, ou bien le faire ou ne pas le faire. Si on le fait, il faudrait le faire tout le temps ou ne pas tout simplement le faire; si on n'a pas le droit de le faire, on devrait ne jamais le faire, tout simplement parce qu'il est, en tout temps, interdit de le faire.

     Je suis plus frustré que jamais de conduire en ce pays qui n'est pas un pays... mais un hiver. Je suis, pour être clair, en plus que maudit à chaque fois que j'arrive sur un «stop» et que je voudrais virer à droite, parce que je ne sais jamais s'il m'est permis de le faire ou de ne pas le faire.

     Alors, j'ai décidé de faire comme je faisais avant qu'une loi aussi insipide et niaiseuse m'arrive en pleine face et en plein rétroviseur, m'autorisant, parfois, à faire ce que je n'avais avant jamais le droit de faire et que je peux maintenant faire, si j'ai bien rempli les conditions qui me permettent parfois de le faire.

     Maintenant, j'attends dans mon auto, et je continue à faire ce que la loi n'interdisait jadis de faire. Et si quelqu'un, par en arrière, me klaxonne pour que je fasse ce que j'ai décidé de ne pas faire même si j'ai le droit de le faire, je m'en fous éperdument de ne pas le faire.

     Je suis fatigué de pouvoir faire ce que j'aurais la possibilité de faire et de me demander si j'ai, ou pas, le droit de le faire, parce que la nouvelle loi m'autorise à le faire, à certaines conditions qui font, qu'en le faisant, j'ai bien obéi à la loi qui me permet de le faire.

     Bref, je fais docilement et béatement ce que j'avais avant l'habitude de faire. C'est-à-dire, je continue de ne rien faire, même si la loi m'autorise parfois à le faire. Si tout le monde décidait de faire cela, c'est-à-dire de ne rien faire, là où il est permis de le faire, les législateurs se demanderaient bien pourquoi ils ont autorisé quelque chose que l'on peut faire mais que personne n'ose faire parce que c'est trop compliqué de le faire.

 

17 mai 2003

 

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