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« Nous ne sommes ni inconscients,
ni ignorants : nous sommes indifférents.» |
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Fernand Dumont |
Linconscience,
cest lensemble des phénomènes psychiques
qui échappent à la conscience. Lignorance est un
défaut général de connaissance, un manque de
savoir. Lindifférence, cest létat
dune personne, ou dun peuple, marqué par le
détachement, la froideur, la neutralité affective.
Les
Québécois sont conscients de ce qui se passe en
politique. Rien néchappe à leur conscience et ils
sont, en quelque sorte, de plus en plus certains et de plus en plus
conscients, quils se font «fourrer» quelque part et
quil faudrait bien sen sortir, changer les choses, les
changer pour de vrai, et cela, dans un avenir rapproché. Mais
ils vivent avec leur inconscience morbide et mortifère,
nosant pas croire quils peuvent faire mieux, quils
peuvent mieux faire.
Les
Québécois ne sont pas ancrés dans leur
ignorance. Ils ne souffrent pas dun manque de connaissance et
de savoir sur leur vie politique. Le savoir sest approfondi,
raffiné, multiplié, élargi, depuis quelques
années. Ils savent, mais ils font comme sils ne savaient
pas. Il ny a pas de pire ignorance que celle qui ignore
quelle sait. La littérature, inspirée des grands
moments historiques, et dune philosophie réaliste,
appellent cela, le génocide en douce.
Les
Québécois, malgré leur conscience, malgré
le combat assidu et constant contre lignorance dans la
majorité des secteurs, demeurent indifférents, froids,
détachés, incohérents, dune
neutralité affective désarmante devant leur avenir.
Faut-il désarmer et rentrer chez soi? Faut-il oublier et faire
comme si on ne savait pas? Faut-il se taire et entrer dans ses
terres, comme lont fait les gens de ma génération,
désabusés des combats sans issu, repus de leur double
et triple pension bien assurée?
Il ny
a que deux réponses à notre confort et notre
indifférence : périr dans lanonymat et
sintégrer politiquement dans le grand ensemble
américain ou émerger, la tête haute, et proclamer
lindépendance du Québec. Le reste, nest que
verbiage, eaux troubles, qui ne servent quà alimenter
les éditoriaux, camper les activistes et opportunistes
politiques, servir les intérêts des
fédéralistes, qui eux, parlent de clarté, mais
souhaitent rien de mieux que le «no mans land » des
nationalistes égarés et sans échine.
Le
Québec ne peut plus se contenter dinventer des solutions
mitoyennes : le Québec coule dans le grand ensemble
nord-américain et il sassimile tout simplement, ou il
vit, fier de sa liberté conquise et acquise par les voies
démocratiques. Les autres solutions proposées ne font
quattiser les rêves fantasmagoriques des nationalistes de
tous crins, ou à moduler les locutions verbales
fédéralistes qui ont encensé ma jeunesse. Ou
bien le Québec reste et meurt; où bien le Québec
quitte, et il vit! Il vit, libre de ses choix, comme le sont la
majorité des nations du monde. Ou il crève, parce
quil na pas su assumer ses responsabilités
historiques et civiques.
Les
peuples, dans lhistoire, qui ont accédé à
leur indépendance, ont été souvent soutenus et
guidés par un leader, parfois flamboyant et charismatique,
parfois par un homme simple, aux allures mystico-politiques, un fakir
nu, un homme démuni, sans défense, mais doué
dune détermination à toutes épreuves.
Pour
arriver au terme de notre maturité politique, un homme de
cette envergure (flamboyant ou effacé et
déterminé) pourrait galvaniser les citoyens
québécois devenus indifférents. Mohandas
Karamchand Gandhi, surnommé Le Mahatama (La Grande Âme)
a réussi ce tour de force. Patriote et philosophe de
lInde, loyal dabord envers les Britanniques, il devient,
après le massacre dAmritsar (1919), le champion du
nationalisme indien. Plusieurs fois emprisonné par les
Anglais, il devient le champion du nationalisme de lInde. Il en
fait un phénomène de masse. A larrogance de
lenvahisseur, il oppose la non-violence, le jeûne, une
ténacité sans pareille.
Le peuple
québécois a besoin dun homme debout, dun
homme de ce genre-là, pour le sortir de son confort et de son
indifférence. Les ingrédients qui pourraient cimenter
la nation sont là : il ne reste quà trouver celui
qui pourrait le faire figer en un bloc solide, une assise sur
laquelle il pourrait tout fonder.
Dans les
coulisses du pouvoir, dans les arcanes de lopposition
officielle, sauf une exception, dans les mouvements nationalistes
éparpillés en une multitude de chapelles glorifiant et
adorant les dieux nationalistes multipliés et inventés
pour satisfaire lego de chacun, il mest difficile de voir
poindre ce leader bien décidé.
Les
indépendantistes, selon moi, nont pas tellement besoin,
à ce moment-ci dun grand brassage didées.
Ils ont surtout besoin dune ou deux idées claires, bien
articulées et résumées en des mots simples et
faciles de compréhension pour un peuple quelque peu
déboussolé, égaré dans la profusion des
discours mal articulés, parfois contradictoires, même opposés.
Ce leader
doit apparaître. Il faut le faire parler. Il faut lui donner la
chance de sexprimer. Un évêque, prix Nobel de la
Paix, Mgr. Belo, a cristallisé les forces
indépendantistes du Timor oriental, devenu le 239e pays de la
planète, au printemps dernier. Bâti dans le massacre et
le sang, ce nouveau petit pays, moins grand que ma Gaspésie
natale, passe, dans lhistoire, avant le Québec qui se
dit fort, mais qui dort, dans le confort et lindifférence.
Le
Québec mérite-t-il son indépendance? A vous de
répondre. Le peuple mérite dêtre ce
quil est au fond de son coeur. Et lindépendance,
cest dabord un état dêtre, «le
refus dabord de toutes négociations». La
liberté nest jamais «quémandante»,
«louvoyante», à plat-ventre, avant
dapparaître dans le terreau collectif ou individuel. Elle
se prend et elle saffirme. Point. Libres, les peuples
négocient dégal à égal.
La peur et
la mollesse ne doivent jamais devenir le guide de la nation et semer
ainsi la terreur dans les rangs dun peuple soumis et
historiquement écrasé. Si celle-ci elle vient à
gagner les intimes fibres de son être, il est condamné
à jamais. Cest pourquoi, un leader doit naître,
apparaître, surgir du peuple, pour cimenter ce goût
abyssal de liberté et éradiquer la peur qui engendre
tous les montres politiques et idéologiques.
Lespérance
me donne à penser que ce leader nest pas loin : il faut
laccueillir avec générosité, mettant aux
bans nos divisions et nos querelles ancestrales, afin que sa mission
soit plus facile et prometteuse dun avenir meilleur. Le 240e
pays à naître sortira-t-il de nos frontières
encore à délimiter? Il reste peu de temps pour
réaliser le travail à finir. Fasse que le pays
potentiel ne disparaisse comme tant de rêves inachevés.
Le nôtre a encore quelques printemps pour naître dans
lazur bleu de nos coeurs fiers, remplis despoir
assuré. Chacun doit participer à le faire naître,
à lélever dans la beauté du territoire
libéré. Il me reste un pays à nommer :
Québec, te voilà enfin réalisé!
2 novembre 2003