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La
toile de fond de Pauline
Pauline
la bien dit : la prochaine élection se déroulera
avec comme toile de fond la souveraineté du Québec. Une
toile de fond, dans le langage théâtral, cest le
décor qui permet et entoure la mise en scène. Donc, si
je comprends bien, la souveraineté nentrera pas dans la
«pièce politique» que lon sapprête
à nous jouer pour la troisième fois. Elle sera, tout au
plus, un accessoire pour amuser parfois lauditoire, le
distraire en une autre occasion, le dérider ailleurs, le
divertir ou le dérouter dans les situations plus corsées
du scénario établi par Jean-Bernard Landry.
Pour la
troisième fois, les électeurs vont à nouveau
être bernés sur les véritables raisons
dêtre du Parti québécois. Pour vous en
convaincre, imaginez un seul instant que Jean Charest, juste pour
rassurer son monde, annonce en conférence de presse, que sa
campagne électorale va se dérouler sous le fond de
toile du fédéralisme. Les journalistes sérieux
tomberaient sûrement à la renverse et les cameramen en
échapperaient leur cassette. Jean Charest est
fédéraliste et il na pas besoin de le dire. On le
sait depuis longtemps. Landry est confédéraliste,
même sil se dit souverainiste, et il na pas besoin
de nous le dire : on sen est aperçu. Il na pas
besoin de nous le rappeler.
En 1976,
le P.Q. de René Lévesque nous a fait le coup du bon
gouvernement comme toile de fond et la promesse dun
référendum dans un premier mandat. Le Parti
québécois nous a donné un bon gouvernement mais
il na pas tenu de référendum sur la
souveraineté. Il en a tenu un, en demandant un mandat de
négocier quelque chose quil nommait «la
souveraineté-association (il y a eu une chicane ensuite pour
savoir si lexpression devait avoir un trait dunion ou
pas). Mais les Québécois, en 1980, nont pas
voté sur la souveraineté. Ils ont voté sur un
mandat de négociation avec le reste du pays, tout en
nayant pas encore fait la souveraineté sur leur propre
territoire. Anachronisme. Incohérence. Détournement.
En 1994,
le P.Q. de Jacques Parizeau, sans ambiguïté, nous a
promis de faire un référendum, dans son premier mandat,
avec une question simple et claire. Le référendum a
été tenu dans lannée qui a suivi
lélection du gouvernement péquiste, mais celui-ci
a oublié sa promesse de tenir un référendum sur
la souveraineté. La question fort compliquée,
alambiquée au maximum, que tous les électeurs ont vite
oubliée, tournait encore autour dun mandat de
négociation. Le mot association avait été
relégué aux oubliettes et remplacé par le mot
partenariat. Mais le processus était le même. Pour une
deuxième fois, malheureusement, les Québécois
ont voté sur autre chose que la souveraineté.
Le Parti
québécois, il y a quelques semaines, voyant les
sondages devenus favorables à sa réélection, se
prépare à nous faire le même coup pour une
troisième fois. Pauline a déjà pavé la
voie. Lélection ne sera pas référendaire;
lélection ne promettra pas de tenir un
référendum comme en 1994, mais lélection
aura comme toile de fond la souveraineté. Décor plus ou
moins pâteux, alléchant, selon la clientèle
visée. Rien de moins quune «reformulation» du
bon gouvernement de 1976.
Et vogue
la galère. Les Québécois sont caves,
amnésiques, oublieux, sans épine dorsale politique,
privés de repères, de visées à long
terme. Pourquoi ne pas en profiter une autre fois ? Tout le monde a
reproché au Parti québécois de ne pas assez
promouvoir la cause pour lequel il a été
créé. Tout le monde a affirmé maintes et maintes
fois que ce parti, même au pouvoir, na pas fait avancer
la cause pour laquelle il a été mis au monde. Et on se
prépare à dire à ce parti, pour une
troisième fois: reste comme cela; on taime comme
ça parce que tu te façonnes à limage du
peuple que tu continues à dominer, à manipuler, à
torpiller par des calculs savants venant de stratèges bien
équipés. Tu es en place; tu restes en place; tu ne veux
pas quon te dérange dans ta place!
Je ne suis
plus prisonnier de ce parti que jai fondé en 1968, et
dans lequel je fus candidat deux fois, soit en 1970 et en 1973. A
cette deuxième élection historique du Parti
québécois, alors quon ne parlait que de
lindépendance du Québec, javais obtenu 38 %
du vote. Tout cela, avec un budget de 1000 dollars. Je vous
prédis que lors du prochain scrutin, le 14 avril prochain, le
Parti québécois natteindra pas ce score dans le
comté de Matane. Et cela, après plus de 30 ans de
supposé militantisme. Ceux qui me disent que la prise du
pouvoir fait avancer les choses mentent à la population. Le
parti au pouvoir na pas fait avancer la cause nationale
dun pouce. Il na fait que multiplier les
carriéristes politiques, qui, après deux mandats,
rentrent dans leurs terres ou dans un quelconque ministère
quils acceptent comme un récompense donné à
un enfant pour services rendus.
Que
Pauline nous dise que la toile de fond sera la souveraineté,
soit! Mais que la campagne se déroule sur une telle
imprécision, cela ne passe pas. Si le Parti
québécois veut à nouveau avoir mon appui public
et privé, il se doit de préciser son
échéancier. Sur la toile de fond du jeu politique qui
recommence, je veux voir inscrit deux choses : la date du prochain
référendum et la question dun prochain
référendum. Celle-ci doit apparaître clairement
dans le ciel bleu de la toile de fond de Pauline : Acceptez-vous que
le Québec devienne indépendant en date du 23 juin 2005
(date fictive). Si tel est le cas, je voterai pour le Parti
québécois. Sinon, je devrai considérer quil
ny a pas dans le ciel québécois de parti
indépendantiste prêt à dire avant le scrutin
quil est indépendantiste, quil est prêt
à dire quil lest durant le scrutin et quil
continue de lêtre à la suite du scrutin. Je
voterai donc, en mon âme et conscience pour le parti qui me
semble le mieux placé pour régler un certain nombre de
questions strictement provinciales. Le Parti québécois,
sous la houlette de Landry, est devenu un parti
confédéraliste, qui ne souhaite pas autre chose
quun réaménagement de la
confédération actuelle. Il ne nous mènera jamais
à lindépendance avec son horizon 2005, sa toile
de fond qui nous fait rêver en bleu!
Il y a un
proverbe qui dit : «Tu me trompes une fois, honte à toi.
Tu me trompes deux fois, honte à moi». Tu ne me tromperas
pas une troisième fois.
Note : Dans une entrevue au journal LE DEVOIR, le
8 mars 2003, Jean-Bernard Landry vient confirmer ce que je dis depuis
si longtemps : cet homme nest pas indépendantiste.
«Si, demain matin, Jean Chrétien, dans un geste
spectaculaire avant de quitter le gouvernement, disait : «
Joffre au Québec, dans le Canada, dans lunion
canadienne, le statut de la France dans lUnion
européenne, la question québécoise serait
réglée rapidement. Nous, on signerait et on le ferait
ratifier par référendum et on le gagnerait dans des
proportions effarantes.»
1. Landry sait
très bien que Chrétien ne peut pas faire cela. Tout
simplement parce quil nen a pas le mandat de
lensemble du pays actuel.
2. Les pays qui forment
actuellement lUnion européenne étaient
dabord souverains avant dentrer dans cette union. Le
Québec nayant pas ce statut, comment peut-il demander
à un autre partenaire de faire une union économique et
politique alors quil na pas le statut pour le faire?
3. Les
fédéralistes ont toujours eu raison sur ce point.
Comment une province canadienne peut-elle ordonner de changer
lordre constitutionnel des choses en gardant son statut de
province? Cest tout à fait ridicule. Trudeau disait
:«Faites dabord votre souveraineté, et on verra
après». Et il avait raison. Les deux opérations
(souveraineté et association sil doit y en avoir une),
ne doivent pas et ne peuvent pas se faire en même temps).
4. Lorsque Landry
demande à Chrétien de poser ce geste, il ne fait que
transposer chez un autre ce que le peuple lui refuse. Une telle
demande de Landry doit faire rire le premier ministre Chrétien.
Dans son for intérieur, il doit se dire ce que disaient ses
prédécesseurs. Comment ces gens-là peuvent-ils
être pris au sérieux, lorsquils nous demandent de
faire le travail quils ne sont pas capables de faire chez eux.
Lindépendance dabord. Le reste suivra tout naturellement.
5. Ce nest pas
Jean Chrétien qui doit offrir au Québec de changer
lordre des choses. Il revient aux Québécois de
décider démocratiquement de leur statut politique. Et
cest à leur gouvernement, respectant la volonté
populaire, doffrir par la suite, de nouveaux arrangements
économiques avec le reste du Canada.
6. La phrase du premier
ministre Landry est fort habile. Il fait parler son homologue
Chrétien qui offre aux Québécois de rester dans
le Canada tout en leur donnant, semble-t-il, un nouveau statut
politique qui nest pas tellement précis. Lastuce
fait toujours partie du décor. Et ainsi, une fois de plus, le
P.Q. pourra peut-être reprendre le pouvoir dans
lambiguïté et faire rêver «en bleu»
le peuple sur un éventuel référendum qui
naura jamais lieu.
7. Ma conviction reste
inchangée. Le premier ministre du Québec, qui selon
Michel Vastel parle souvent de Robert Bourassa au Conseil des
ministres, ressemble comme deux gouttes deau à celui
quil vénère en cachette. Na-t-il pas dit
quil voterait OUI à la question bourassienne de
Bruxelles? Nous en avons une preuve de plus dans le journal de ce
matin. Que ceux qui voteront P.Q. au prochain scrutin se le tiennent
pour dit : un vote pour le P.Q. nest pas un vote pour la
souveraineté du Québec. Un vote pour le P.Q. est un
vote pour rester dans le Canada. Même avec un horizon 2005.
Yvon Deschamps na pas à réécrire son
monologue. Ce que les Québécois veulent, (y compris
Jean-Bernard Landry) cest un Québec fort dans un Canada
uni. Vive le Canada! Vive le Québec dans le Canada! Vive
lambiguïté dans le rêve bleu dun peuple
toujours manipulé par ceux qui veulent apparemment le libérer.
8 mars 2003
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