Les
Québécois seront bientôt appelés aux
urnes. Le Parti québécois, usé
jusquà la corde, à bout de souffle, allant
jusquà piger dans le programme électoral de ses
adversaires, sera bien obligé, par la forces des choses, de
mettre son option au rancart pour la prochaines élections,
sil espère, à larraché, garder le pouvoir.
Fondé
en 1968 sur les cendres du MSA et du défunt RIN, le Parti
québécois, après trente-cinq ans de vie
politique, dont près de seize ans à exercer le pouvoir,
na pas pu faire en sorte que les Québécois
réalisent leur indépendance. Les partisans de la prise
du pouvoir pour faire progresser la cause de la souveraineté
sont bien obligés, aujourdhui, dadmettre que leur
stratégie na pas fonctionné. La prise du pouvoir
par les indépendantistes na pas engendré cette
mouvance collective tant espérée qui devait conduire le
peuple québécois à sa libération
nationale. Tout compte fait, vingt ans après le
référendum de 1980, près de 40 % des
électeurs favorisent une forme de
souveraineté-association-partenariat avec le reste du Canada
et les autres 60 % veulent des changements dans un Canada quils
ne veulent pas quitter. En termes clairs, les choses nont pas
bougé depuis 1980, même si en 1995, en présentant
une option qui nétait en fait quune refonte de la
confédération actuelle, les Québécois ont
failli voter oui, pour rester dans le Canada.
On le voit
bien maintenant, les Québécois sont tannés des
montagnes russes politiques du Parti québécois, qui, un
matin, est indépendantiste à la Parizeau, et, quelques
jours plus tard, redevient confédéraliste à la
Landry. Voyant lincohérence et lindiscipline
intellectuelle des dirigeants politiques péquistes, ils sont
partis brouter dans les verts pâturages des champs adverses,
même sils ne savent pas trop sil y aura assez
dherbe pour le troupeau qui se déplace. Ils en ont marre
de ces querelles qui naboutissent nulle part. La page est
tournée dans la tête de plusieurs électeurs et il
faudra bien plus quun cri dans le désert de Bernard
Landry pour ramener les fuyards à la bergerie.
Ceux qui
rêvent encore dun futur référendum
organisé par le Parti québécois peuvent bien
aller se rendormir dans les zones grises gouvernementales. De plus,
tenant compte du climat danimosité et dacrimonie
quentretient Landry envers le jeune chef Mario Dumont, il est
impossible, dans un avenir prévisible, quune nouvelle
alliance se refasse, comme en 1995, entre les adéquistes et
les péquistes, afin de gagner un éventuel
référendum. Lallié dhier, Mario
Dumont, est devenu lennemi à abattre lors du prochain
scrutin. Comment peut-on espérer gagner la lutte nationale, si
on maltraite à ce point un futur allié potentiel ? Ceux
qui nont pas perdu lhabitude dadditionner doivent
bien conclure quil ny aura plus jamais de
référendum au Québec sur la souveraineté
et que, sil doit y en avoir un autre, ce nest
sûrement pas par la voie partisane quil pourra se faire.
Il faudra trouver une autre voie.
Que
reste-t-il alors de nos amours politiques ? Rien dautres que la
résurrection de nos vieilles querelles
fédérales-provinciales, celles qui ont fait
élire, pendant tant dannées, le défunt
Maurice Duplessis et que Bernard Landry sapprête à
copier, en utilisant des formules plus modernes, avec des moyens plus
sophistiqués, qui échappaient à lancien
tribun unioniste.
Le futur
slogan électoral du Parti québécois est
déjà prêt. Ce ne sera plus : «Le
Québec aux Québécois», mais bien :
«Ottawa, rendez-nous notre butin». «Ottawa,
rendez-nous les cinquante millions que vous nous volez par
semaine». Et vogue la galère! On recommencera, comme en
1976, en disant, au bon peuple soumis, peu imaginatif, tout ce
quon pourrait faire avec cet argent quon envoie ailleurs
et qui nous revient en miettes. On fera à nouveau
lhistoire, uniquement celle qui permet de se refaire une
virginité politique et se hisser peut-être, une fois de
plus, au pouvoir, en leurrant les électeurs, en leur disant
quil y a toujours dans limaginaire péquiste
«une autre façon de gouverner», quil faut
«faire confiance», quen votant P.Q., « on se
donne le vrai pouvoir», que cest «le début
dun temps nouveau», etc. Et patati et patata!
Le Parti
québécois devait conduire les Québécois
à leur indépendance. Il les a conduit à
lUnion nationale quil sapprête, si
habilement, à relever de ses cendres. En fait, il est devenu,
sur le pointe des pieds, limage du Québécois
ordinaire qui na dautres aspirations que les teintes
politiques qui ont coloré son histoire. Les électeurs
redeviennent ce quils ont toujours été au fond :
un clan de rouges versus un clan de bleus. Il y aura bien dans le
prochain décor politique une teinte intermédiaire. Mais
ce ne sera quun intermède vite oublié. Le
bipartisme fait partie de nos racines. Lun des trois partis va
bientôt disparaître. On sest amusé depuis
trente ans à faire semblant quil y avait
possibilité de faire autrement. On saperçoit
bien, à la longue, que «faire autrement», cest
faire comme... on faisait avant !
3 janvier 2003