Matane
deviendra peut-être (?) dans les mois qui viennent, «la
grande poubelle» de la très belle Gaspésie. Il en
fallait une et une grosse : pourquoi ne pas linstaller
à Matane ? Ici, on est tellement accueillant, ouvert à
létranger, à tout ce qui vient de
lextérieur. Une chose de plus ne fera que confirmer la
règle : que peut-il sortir de bon de Matane ? À
lavenir, on pourra ajouter sans rire : les poubelles de
tout le monde, en plus et en prime!
Pourquoi
ne pas ajouter, à Matane, comme marque originale, la merde
collective, la merde de toute la Gaspésie, la merde dont
personne ne veut dans sa cour ? Avant de vivre la fraternité
universelle, pourquoi ne pas sexercer, en commençant par
la fraternité régionale ? Une bonne façon de le
faire, nest-ce pas de commencer par semmerder
collectivement avec la merde des autres!
Matane
sera maintenant une ville malpropre : ce sera une ville puante,
dégelasse, malodorante, pestilentielle, écoeurante.
Heureusement quon aura quelques éoliennes en surplus
pour chasser les odeurs qui saccumuleront dans les quartiers
résidentiels. Merci au dieu Éole !
Personne
ny avait pensé. Quelquun y a pensé pour
nous. Merci à ceux qui y ont pensé à notre
place. Merci à ceux qui veulent nous donner une nouvelle
ère (air ?) et nous inscrire à jamais sur la carte du
monde avec, comme site de bienvenue dans la ville, une montagne
denviron 40,000 tonnes de détritus, venus de partout et
de nulle part, et quon a accueilli, bien soumis, devant
les études des spécialistes qui nous ont
préparé le coup clandestinement.
Créateurs
de publicité, à vos tables ! Écrivez en grosses
lettres : Bienvenue dans la ville de Matane; bienvenue
dans «la ville de la merde», dans la ville la plus
polluante et la plus polluée du monde. Bienvenue dans la ville
qui ramasse la merde de ceux qui se sont donnés les moyens de
nous lenvoyer et qui ont voté les sous pour quelle
se conserve ici, avec une belle vue sur la mer! Du cinq étoiles
!
Merci
à tous ceux qui ont pensé dagrandir notre
carré de sable pour accueillir le merdier collectif. Merci, et
mille fois merci, dy avoir pensé à notre place.
Il y a belle lurette que le pouvoir vient dailleurs, en cette
terre matanaise. Ça fait trente ans que je vous le dis. Je
vous le redis une fois de plus. Et je sais, quune fois de plus,
que vous ne me croirez pas!
Je
ne pensais pas que ce maudit pouvoir nous conduirait un jour au
dépotoir !
23 mai 2003