De toute
urgence, une âme charitable doit acheter et expédier,
par la poste fédérale, un exemplaire du petit
dictionnaire Robert à lex-premier ministre du
Québec, Bernard Landry. Commentant cette semaine sa
défaite électorale, il est revenu, pour la nième
fois, sur son union confédérale à
leuropéenne, comme étant la solution miracle aux
problèmes constitutionnels québécois et canadiens.
Lunion
européenne sest réalisée,
progressivement, à partir dun certain nombre de pays
souverains. Des petits pays. Des pays moyens. Des pays de plus grande
taille. Elle est composée présentement de quinze pays
souverains. Dici 2004, elle en comprendra vingt-cinq. A partir
de cette souveraineté déjà acquise, ces pays ont
décidé davoir leuro comme monnaie commune,
la circulation libre des biens et services, labsence de douane,
un passeport européen, etc. Le parlement commun les unit
politiquement et est situé à Strasbourg, en France.
Chaque pays y envoie des députés élus.
On ne
retrouve rien de semblable dans lhypothétique union
confédérale canadienne de Jean Bernard Landry. Selon ce
dernier, (cf. Le Devoir du 8 mars 2003) le Québec, dans la
future union confédérale canadienne, sera toujours dans
le Canada et donc, si je comprends bien, ne pourra jamais avoir le
statut de nimporte quel pays dans lunion européenne.
Lanalogie
du bloc à appartements peut aider à saisir la
nébulosité de la propositionLandryiste. Les quinze pays
qui forment lactuelle union européenne ont
présentement leur propre maison. Ils sont tous des pays
à part entière. Ceux-ci ont décidé,
depuis quelques années, pour différentes raisons, de se
bâtir une maison commune, où ils partageraient certains
avantages, et cela, sans que leur propre maison nationale soit
détruite, anéantie, absorbée dans un ensemble
où leur identité serait mise en cause.
La
position de Landry est la suivante : le Québec, selon lui,
doit rester dans la maison canadienne. Mais, tout en manifestant ce
désir, il peut se donner le pouvoir, par voie
référendaire, de dicter au reste de la maison
canadienne où il habite, la façon dont celle-ci doit
fonctionner dans un avenir plus ou moins rapproché. Et
cest là que le bât blesse.
Le
Québec peut-il décider, chez lui, à
lintérieur de son appartement, comment le grand ensemble
peut, dans lavenir, fonctionner, sans sinquiéter
de la volonté des habitants du reste du bloc quil
habite? Une telle démarche approuvée par le
Québec serait-elle automatiquement accueillie,
souhaitée, encensée par lensemble des neuf autres
locataires qui habitent le même bloc ? Et même si on
décidait chez nous, dans notre propre appartement davoir
des prérogatives que les neuf autres locataires nont
pas, serait-il illogique de penser que les habitants de ce bloc
pourraient accueillir, avec plus ou moins denthousiasme nos
propositions québécoises ? Ne serait-il pas logique que
les membres de ce grand ensemble consultent aussi les membres de la
fédération pour savoir sils sont daccord
avec les changements proposés par le locataire-Québec ?
Et si nous disions Oui à ces changements et que les autres
locataires savisaient à dire Non, que se passerait-il ?
Autant de questions sans réponse. La dernière campagne
électorale nen a pas glissé un seul mot. Quelques
slogans insignifiants, avec comme toile de fond, lhorizon 2005,
que les derniers événements ont fait éclater et
reléguer aux calendes grecques.
En Europe,
les pays existent déjà comme entités nationales
et se proposent, en élargissant bientôt le nombre de
partenaires, de sunir politiquement sur certains points qui
semblent leur convenir. Tel nest pas le cas au Canada. Le pays,
dont fait partie le Québec, est formé de dix provinces
non indépendantes. Lune delles souhaiterait sans
doute un réaménagement dans la maison existante, mais
cela peut-il se faire à sens unique ?
À
moins de passer par «la révolution de velours» ce
qui métonnerait -, la solution proposée depuis
trente ans par le Parti québécois ne peut que nous
enfoncer davantage dans le cul-de-sac où nous sommes.
Lunion confédérale de Landry, à
lanalyse, nest donc en fait, rien de moins quun
mode de fédéralisme renouvelé. Un rapport
Allaire remodelé. Par simples arrangements administratifs, on
pourrait procéder à des modifications, tout comme, dans
un bloc appartement, on peut déplacer des murs, changer le
décor, tout en occupant le même espace. Cest la
solution péquiste-confédéraliste!
Les
Québécois veulent-ils ce genre darrangement ?
Veulent-ils vivre dans ce bloc canadien dans lequel on les a
enfermés en 1867, sans les consulter ? Veulent-ils rester
à loyer à jamais dans un bloc à appartements
quils partagent avec dautres locataires, en somme
«rester locataires, comme dit Félix Leclerc, dans leur
propre pays», où veulent-ils bâtir leur propre
maison, ouverte sur le monde, accueillante à
létranger, tolérante et pacificatrice, avec des
priorités qui leur ressemblent ? Il ny quune
façon de le savoir : cest de leur demander clairement
sils souhaitent faire lindépendance du Québec.
Le projet
actuel du P.Q., remodelé ou pas par les Marois, Legault, et
autres prétendants, est utopique et ne tient pas debout. Si
jamais une union confédérale doit naître entre le
Canada et le Québec, ce dernier devra, dans un premier temps,
faire son indépendance et par la suite, négocier,
dégal à égal, avec le reste du pays, des
ententes économiques, voire politiques, si telle est la
volonté des deux nouveaux pays qui apparaîtront.
Le Parti
québécois a, depuis ses débuts, essayé de
faire accroire aux électeurs quils pouvaient
réaliser, à la fois lindépendance
nationale et lassociation économique et peut-être
politique avec le reste du pays. Les deux questions
référendaires de 1980 et 1995 allaient dans ce sens.
Cest un leurre qui a assez duré.
Il faut
faire lindépendance, si les Québécois le
veulent, cest-à-dire opérer une rupture, une
coupure politique avec le reste du pays, dans un premier temps, et,
dans un second temps, réaliser des associations
économiques et politiques, si le nouveau pays Québec en
voit la nécessité. Il faut dabord Sortir le
Canada du Québec, et établir, par la suite, les liens
économiques modernes entre les deux nouvelles entités politiques.
Bernard
Landry rendrait bien service à son parti, si, en partant, il
munissait tous ses conseillers, son apparatchik et son Conseil
national dun petit dictionnaire Robert où est clairement
définie la notion dindépendance ou de
souveraineté. Sur cette base et sur cette base seulement,
lambiguïté sera définitivement levée.
Le concept dindépendance na pas a être
rajeuni, modernisé. Il na quà être
bien défini.
Un
volontaire pour acheter un petit Robert, pour le grand chef Bernard,
tout juste avant quil nous quitte ?
25 avril 2003