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Père Noël «Landry» dans nos contrées

 
     Le Père Noël-Jean-Bernard Landry est en campagne. Avec sa grosse poche pleine de cadeaux bien enrubannés. A le voir aller, on dirait Duplessis réincarné. Une subvention ici, un bout d’école par là, une salle de spectacle et quelques câbles en surplus pour Rimouski la métropole enneigée, un bateau à changer ou à rénover pour le comté de Matane bien gelé, une promesse dans les cartons oubliée et qu’on va peut-être réaliser, une annonce deux fois annoncées, un peu d’asphalte pour un bout de chemin tortueux dans les côtes abruptes de mon comté, un peu plus pour un système de santé que personne n’arrive à maîtriser, et pour finir, une pilule dorée : deux heures de classe ajoutées pour un certain nombre de professeurs à statut précaire depuis tant d’années.

     Les politiciens-péquistes ont repris, à leur compte, les vieux travers des anciens partis qu’ils ont jadis si généreusement dénoncés. La veille des élections, rapidement, ils trouvent le chemin des régions abandonnées. Le lendemain, comme de raison, ils ont déjà oublié leur nom dans le brouillard de mon fleuve glacé depuis l’automne passé. Sacré Félix, que tu avais bien raison, dans île allongé!

     Les grands projets, comme l’indépendance du Québec, la volonté ferme d’assumer enfin, comme peuple, notre propre destinée, le désir d’une plus grande justice dans le respect et la vérité à dire aux citoyens désabusés : tout cela a été, une fois de plus, bien mis de côté. Le peuple québécois est un peuple gâté, amnésique à volonté. Il suffit qu’un premier ministre Père Noël passe lui donner le petit suçon qui pourrait un certain temps l’amuser, pour qu’il oublie tout ce qui s’est arrivé, les dernières années passées.

     Peuple à courte vue, aux décisions instantanées. Peuple manipulé, à tout instant, avec l’aide d’un père Noël improvisé, envoyé dans nos campagnes esseulées. Peuple qui change vite d’idée, rien que sur une impression, un gadget, une présentation mieux articulée. Peuple sans profondeur, sans coeur, sans souvenir : j’ai honte de ceux qui continuent à essayer de nous diriger parce qu’ils renient, sans broncher, la raison qui les ont mis au pouvoir, celle de nous libérer!

     Je mérite mieux qu’un père Noël improvisé. Un amuse-foule, sous les éclairages d’une comédie trop de fois répétée. Je m’en vais, de ce pas, vous dire, monsieur le Père Noël envoyé, que je ne peux plus vous accorder mon appui trop longtemps donné. Je voudrais un pays : vous me donner, chez Père Noël, le visage de Duplessis ressuscité. Si je ne mérite que ce retour à l’histoire que tout le monde a presque oubliée, pourquoi continuer à vivre avec un parti qui ne peut jamais me donner le pays rêvé ? Je n’ai pas besoin d’un Père Noël pour me sauver : ma liberté vaut mieux que celle que vous prétendez me donner et que vous ne pourrez jamais m’accorder.

 

27 février 2003

 

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