Pierre Bourgault est
mort sans avoir vu le pays dont il avait parlé avec tant de
fougue et de conviction. La première fois où jai
croisé cet être enflammé, au regard
perçant, cétait immédiatement après
la crise dOctobre de 1970, à lécole
Saint-Jean-Baptiste de Rimouski, mi-novembre. Le congrès
régional du Parti québécois lavait
invité comme orateur. Plusieurs indépendantistes
avaient décliné linvitation de circonstance,
craignant de se faire ficher par la GRC, devenue omniprésente,
suite à la Crise fomentée par les
fédéralistes, le mois précédent.
Javais bravé
la première tempête hivernale pour aller
lentendre, ne craignant pas de me faire filer par «la
police montée», pour parler comme Jean Chrétien.
Pour Bourgault, il ny avait quun seul argument en faveur
de lindépendance du Québec : la liberté.
Point. Tout le reste nétait que stratégie, mise
en scène, soif du pouvoir. Il répétait
déjà que (parlant des indépendantistes)
«nous nétions pas là pour faire mieux que
les autres mais pour faire autre chose».
Trente-trois ans plus
tard, les Québécois sont toujours en cage
fédéraliste et nont toujours pas quitté le
nid «canadian» quon leur impose à leur insu,
souvent contre leur gré. Avant de mourir, lillustre
philosophe-communicateur a répété en
dautres mots ce quil avait toujours dit :
«Lindépendance, cest voler de ses propres
ailes». Malheureusement, il faut le dire, le Parti
québécois, tout au long de ces belles années, a
failli à la tâche et a empêché le peuple
québécois de se libérer. Il a
préféré le pouvoir, lexercice
répété du pouvoir, la soif du pouvoir à
la promotion de cette liberté.
On sait tous que Pierre
Bourgault a composé, un jour, une chanson, popularisée
par Charlebois, où il dit que tout a commencé sur les
plaines dAbraham, que cest là que la chicane a
pogné et quon a mangé toute une volée.
Où il dit que depuis ce temps-là, on a pas beaucoup
changé, quon est encore ben magané et encore ben
pogné. Il invite particulièrement les jeunes à
continuer la lutte, à faire le pays, et, quentre deux
joints, de se grouiller lcul.
Il semble que son
message na pas été entendu. Il y a eu rupture,
quelque part dans le temps, entre ceux qui se battaient et ceux qui
disent maintenant que dautres se sont battus. Entre ceux qui
voulaient et ceux qui contemplent ceux qui ont voulu. Entre ceux qui
ont donner leur vie pour le pays et ceux qui regrettent que le pays
ne soit pas né. Entre ceux qui ont tout fait et ceux qui
pensent quil est maintenant trop tard, quil vaut mieux le
confort et lindifférence, à des luttes qui ne se
terminent jamais!
Les courageux reprennent
le combat où il a été laissé avant 1976.
Certains dentre nous, tout comme Bourgault, ne verront pas
cette terre de liberté. A ma façon, je veux continuer
à la faire germer. Mes enfants la verront, sans doute, parce
que jaurai travaillé, à ma manière,
à faire surgir cette terre de liberté. Il nest
pas nécessaire despérer pour entreprendre, ni de
réussir pour persévérer.
30 juin 2003