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Les gais souffrent-ils de discrimination ?
 

     Le débat entourant la possibilité du mariage gai semble vouloir s’éterniser. Les raisons en sont multiples. Confusion des genres, notions et définitions bafouées, perte du sens des mots, absence de différence entre ce qui définit l’être et les accidents dans l’être, etc. À chacun de continuer la liste.

     Le rôle du législateur est de faire des lois en vue du bon fonctionnement de la société. En cela, toutes les lois humaines assurent plus ou moins bien le bon fonctionnement de celle-ci. Ainsi, il peut arriver que le gouvernement légifère sur des sujets qui permettent des comportements que la morale condamne ou désavoue. Il peut arriver aussi qu’il légifère sur des comportements que la morale prescrit. Le champ qu’occupe le législateur ne coïncide pas toujours avec le champ de la morale. Tout ce que prescrit la morale ne tombe pas sous l’emprise des lois humaines et toutes les lois humaines ne tombent pas nécessairement sous l’emprise de la morale. Le rôle premier du législateur est simple : il doit d’abord s’attaquer aux fautes les plus graves qui perturbent le bon fonctionnement de la société, tout particulièrement les fautes contre la justice. Ainsi donc, l’État interdit et ne tolère pas le vol, le viol, la violence sous toutes ses formes, l’alcool au volant, etc. Ces gestes perturbent le bon fonctionnement de toute société. L’État légifère en ces matières et s’assure que les lois promulguées soient respectées.

     La morale interdit aussi le vol, le viol, la violence, l’intempérance, etc. Elle le fait pour des raisons différentes. Elle considère que ces gestes nuisent à l’épanouissement de la personne humaine. Personne n’admire un être humain alcoolique, voleur, violeur, posant des gestes de violence avec son conjoint ou toute autre personne. La morale encourage l’inverse : elle invite à la prudence, à la justice, à la force et à la tempérance.

     En se plaçant du point de vue du plus grande justice et afin d’assurer le bon fonctionnement de la société, plusieurs gouvernements provinciaux ont tenu dernièrement à légiférer en ce qui regarde les «unions entre personnes de même sexe». Le gouvernement du Québec l’a fait, se plaçant du point de vue du meilleur fonctionnement de la société québécoise. Les protestations ont été rares. Certains moralistes ont pioché parfois très fort pour défendre leur terrain, affirmant que les législateurs avaient dépassé les bornes. Rien n’y fit. Le gouvernement procéda.

     L’union civile entre personnes de même sexe confère maintenant aux couples homosexuels les mêmes droits et privilèges que les couples hétérosexuels. Les législateurs québécois ont invoqué, pour justifier leur geste, dans le cas de l’union civiles entre gais, le droit à l’égalité et le souci d’éviter toute discrimination. La loi qui permet l’union civile entre personnes de même sexe au Québec ne me scandalise pas outre mesure. Comme toutes les lois et tant d’autres qui les ont précédées, on verra, à l’usage, s’il s’agit d’une bonne loi et si elle favorisera, dans les années à venir, le bon fonctionnement de la société. Ceux qui nous succéderont se chargeront de la révoquer ou de l’amender, s’ils le jugent nécessaire.

     En résumé, le législateur ne doit jamais avoir d’autres motifs, lorsqu’il fait des lois, que celui d’éviter les fautes les plus graves contre la justice. Tout autre motif n’est pas recevable. C’est pourquoi, les motifs invoqués par l’ancien gouvernement péquiste pour légiférer en cette matière, à savoir le droit à l’égalité et le souci d’éviter la discrimination m’interrogent toujours. Il a eu le droit de le faire, mais pas pour les raisons qu’il a invoqué. Et voici pourquoi.

     Il n’y a pas discrimination à traiter différemment ce qui est différent. Il est convenable de donner de la viande à un carnivore et de l’herbe à un herbivore. Les deux sont traités en parfaite égalité, mais d’une égalité qui convient à leur nature. On pourrait parler ici d’égalité proportionnelle. Parce que l’herbivore mange de l’herbe et que le carnivore mange de la viande, on créerait une situation d’inégalité entre les deux groupes, si, on donnait de l’herbe au carnivore et de la viande à l’herbivore. En respectant la nature de chacun et en lui donnant pour sa subsistance ce qui lui convient, on assure entre ces deux groupes différents, une égalité proportionnelle qui convient à leur nature. Et il n’y a pas discrimination de donner à l’un ce qui lui convient pendant que l’on distribue à l’autre quelque chose de différent, mais qui respecte les données de sa propre nature.

     Dans le cas qui nous préoccupe, il y a une différence entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel. Ceux qui ne l’ont pas encore remarqué doivent s’inscrire tout bonnement à un bon cours de biologie. Se rendant dans une animalerie, et voulant élever des lapins, toute personne (hétérosexuelle ou homosexuelle) voulant atteindre cette fin, demandera un couple mâle et femelle. Celui qui reviendrait avec deux mâles ou deux femelles devraient bien se résoudre, à plus ou moins brève échéance, à l’extinction de l’espèce qu’il voulait sans doute perpétuer. Il y a donc, tout au moins, une différence biologique entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel, et il n’est pas discriminatoire, loin de là, de les traiter différemment.

     Dans toute société humaine, il revient au législateur de trouver les moyens de s’assurer que les uns et les autres soient protégés par des lois qui leur assurent justice et respect de leurs droits. Et il n’est pas nécessaire, pour qu’il y ait justice, qu’il y ait entre les deux groupes une égalité mathématique. L’égalité proportionnelle convient habituellement.

     Jusqu’à ces dernières années, le couple humain était composé d’un mâle et d’une femelle, d’un «homme» et d’une «femme». L’usage s’imposera-t-elle d’étendre le mot couple à deux hommes et deux femmes ? Si tel est le cas, comme on le voit de plus en plus, il ne s’en suivra jamais qu’un couple hétérosexuel (un mâle et une femelle) ou un couple homosexuel (deux hommes ou deux femmes) ne seront jamais des couples identiques. Il n’y aura pas discrimination à les traiter différemment comme je l’ai mentionné antérieurement.

     Le législateur peut, s’il le veut, en arriver à les traiter d’une façon juste et équitable, tout en respectant leur différence. Mais ce ne doit jamais être en vertu d’une égalité mathématique, ni pour éviter une situation discriminatoire. La justice, seule, doit demeurer le guide de son action. Dans la micro-société qu’est la famille, la mère, devant le gâteau d’anniversaire, essaie de faire justice. Selon la capacité et la diversité des personnes qui entourent la table, elle donne à chacun, en stricte justice, ce qui convient à chacun. A l’un, plus âgé, elle donne davantage qu’au petit dernier qui babille dans sa chaise. Elle utilise, tout naturellement, la formule de l’égalité proportionnelle. Et personne ne crie à la discrimination parce que l’aîné reçoit un part du gâteau supérieure à celle du cadet qui gesticule dans sa chaise haute.

     Peut-on tenter l’expérience de traiter les couples hétérosexuels et homosexuels de la même manière, à partir d’une formule d’égalité mathématique, plutôt que proportionnelle ? On peut tenter l’expérience. Ce ne sera pas la première fois que l’humanité s’avance sur des terrains inconnus. Elle verra, à l’expérience, si elle a, un peu plus tard, plus ou moins errée. Les lois humaines ne sont pas immuables. Ceux qui les font agissent ordinairement de bonne foi, et leurs remplaçants les changeront, si cela s’avère nécessaire. La nature reprend toujours ses droits, si on les a violés.

     Quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, il y a donc une très grande différence entre un couple hétérosexuel et un couple homosexuel. Le Créateur, dans sa divine sagesse, a donné au premier mâle humain une compagne femelle afin qu’ils remplissent la terre et qu’ils se multiplient. S’il avait donné un compagnon plutôt qu’une compagne, l’humanité serait éteinte avec les deux premières créatures sorties de Ses mains. La survie de l’espèce marque toute la différence entre les couples de sexes opposés et les couples de même sexe. De ce point de vue, on peut donc considérer les couples hétérosexuels et homosexuels comme inégaux. Les couples hétérosexuels, du point de vue de l’espèce, l’emportent et l’emporteront toujours sans doute, sur les couples homosexuels. Le dire, n’engendre aucunement de la discrimination. C’est constater tout simplement l’évidence. Et comme les couples hétérosexuels propagent davantage l’espèce que les couples homosexuels, ils sont justifiés, eux aussi, de proclamer leur fierté et d’assurer ainsi à l’humanité sa pérennité.

     Quant à l’utilisation du mot «mariage» pour marquer l’union entre deux personnes de même sexe, je le trouve pour le moins disgracieux. Les dictionnaires définissent les mots. L’usage nous y fait recourir lorsqu’on doute du sens des mots que l’on utilise. Si les gais veulent absolument s’approprier le mot «mariage» pour signifier leur union, que les hétérosexuels en fasse autant et leur concède celui-ci, s’il le faut, pour en utiliser un autre qui conviendrait à leur différence. Au lieu d’utiliser le mot «mariage» pour marquer l’union de l’homme et d’une femme, qu’ils utilisent tout simplement le très beau mot «épousailles». On renouera ainsi avec les deux mots, plusieurs fois millénaires, d’époux et d’épouse, de compagnon et de compagne, comme le dit la Bible, dans le livre de La Genèse. Ainsi donc, on célèbrera «les épousailles» des couples hétérosexuels pendant que les gais se marieront au palais de justice ou dans les Églises qui voudront bien les accueillir.

     Dans la grande tradition catholique, on parlait jadis du mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme. Entre eux, ils manifestaient leur amour en utilisant souvent les expressions «époux» et «épouse». Rien de plus beau et de plus biblique. Créés à l’image de Dieu, l’homme et la femme, devenant époux et épouse l’un pour l’autre et l’un envers l’autre, signifient et préparent les grandes Épousailles éternelles auxquelles Dieu, dans son Amour, convie tous ses enfants. Pour éviter tout équivoque, et marquer ainsi une différence qui n’est pas du tout discriminatoire, l’ Église devrait commencer à parler «d’épousailles catholiques» plutôt que de mariage, mot qui n’est même pas utilisé dans la Bible selon certains exégètes, et qui semble vouloir signifier maintenant différentes réalités sur les quelles elle aura de moins en moins de contrôle. Elle marquerait ainsi sa différence tout en respectant les autres avenues qui ne lui conviennent pas.

 
          10 septembre 2003

 

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