Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

       [ Retour ]

 
Les gais à la rescousse du mariage ?

    

     Le mariage, institution naturelle, bat de l’aile. Les gens ne se marient plus : ils cohabitent. Les gens sont contre le mariage, mais ils le souhaitent pour leur curé, leur évêque. Pour le pape ? Pas pour celui-ci : ils le trouvent trop vieux. Les couples mariés hétérosexuels ne durent plus. Les couples non mariés homosexuels durent encore moins. Mais, depuis quelques années, ceux-ci veulent se marier comme les couples hétérosexuels. Les couples gais seraient-ils devenus les sauveurs d’une institution dont une majorité ne veut plus ? Et que penser de ce droit de se marier réclamer les homosexuels ? Est-ce légitime ? Moral ? Est-ce humain d’aller dans cette direction ? Voyons de plus près.

     Le mariage est avant tout une institution naturelle. Le christianisme, l’Église catholique en particulier, n’a pas inventé le mariage. A l’origine, le Créateur fit l’homme et la femme sexués. Il les a créés différents et complémentaires. Il les a faits l’un pour l’autre. La nature a été faite ainsi et je n’y peux rien. Le cas contraire aurait conduit l’humanité à son extinction, et cela très rapidement. Le Christ, en venant dans l’histoire humaine, n’a donc pas inventé le mariage humain : il n’a fait que le sanctifier et en a fait, de surplus, un signe de son Amour dans l’humanité. Il a pris ce qui était dans l’ordre naturel et en a fait un instrument, un signe, qui, dans l’ordre de la foi, permet d’entrer dans une toute autre dimension, sans éliminer la première. La foi l’appelle : vie surnaturelle. Il n’est cependant pas nécessaire d’aller jusque-là pour accepter, tout bonnement, les bienfaits du mariage naturel.

     Le mariage est une institution naturelle, c’est-à-dire nécessaire au bien de la nature humaine, et à laquelle cette nature elle-même incline spontanément. Le mariage, ou l’union stable de l’homme et de la femme, est de cet ordre. Le mariage ne tire donc pas son origine d’une libre création de la volonté humaine, d’une convention entre les individus, qui ne serait progressivement intervenue au cours des âges, et ne constituerait qu’une forme possible, sinon arbitraire, de la relation concrète homme-femme.

     Il semble donc, qu’il y ait dans l’homme et dans la femme un attrait inné qui les porte l’un vers l’autre, et les incite à se rapprocher et à s’unir. Cette inclination toute spontanée provient d’un double besoin inscrit dans la nature : 1) l’homme et la femme, en dépit de traits communs qui en font à titre égal des individus d’une seule et même espèce, sont doués, en vertu de leur distinction sexuelle, qui atteint au plus profond de leur personnalité physique et psychologique, de caractères bien divers, lesquels cependant sont plutôt complémentaires qu’opposés. Ils sentent donc confusément, l’un et l’autre, que de leur union résultera une sorte de perfectionnement et d’achèvement de leur être propre, à quoi ils aspirent. 2) L’instinct de conservation est aussi vivace chez l’être humain que chez tous les autres vivants : conservation de l’individu par l’auto-défense, et conservation de l’espèce par la reproduction de nouveaux individus, semblables à ceux qui les ont engendrés, et destinés à venir prendre la place de ceux qui disparaissent. Mais la procréation de nouveaux individus humains ne peut se faire que par l’union de la femme et de l’homme, dont la distinction sexuelle est manifestement, en dernière analyse, ordonnée par la nature à la génération. L’instinct de la génération dépasse les individus, et c’et lui qui constitue la composante fondamentale du désir complexe qui meut l’homme et la femme à s’unir.

     Que ce soit bien à l’union stable, et non pas seulement à une brève et occasionnelle rencontre, que la nature incline l’homme et la femme, résulte également d’une double exigence qui s’enracine dans cette même nature : 1) Seule la stabilité de l’union peut apporter à l’homme et à la femme le perfectionnement et l’achèvement de leur être propre, auxquels ils tendent plus ou moins consciemment, car cette stabilité est la condition nécessaire d’une aide mutuelle efficace et d’une vraie mise en commun des qualités complémentaires de chacun. 2) Le bien de l’enfant, dont la formation physique et l’éducation spirituelle réclament beaucoup de temps, est normalement l’oeuvre non pas d’un seul parent, mais des deux; leurs qualités propres se complètement admirablement dans l’ordre de l’intelligence et de l’affection, de la force et de la tendresse, pour constituer un seul principe parfait d’éducation.

     Le mariage dérive ainsi de la nature humaine; il est conforme à l’inclination spontanée de cette nature et requis pour son bien. Et puisque Dieu est l’auteur des natures et de leurs lois, c’est lui en définitive qui est l’auteur du mariage. On dira que le mariage est de droit divin naturel. Voilà ce que j’enseignais, jadis, à mes étudiants en classe de philosophie. Ce langage est-il trop dur? Pas du tout. Il n’est que le résultat d’une réflexion purement rationnelle.

     À la lumière de ces propos conformes à la raison, les gais peuvent-ils alors se marier ? Analysons la question d’un point de vue purement rationnel et regardons le problème d’un point de vue moral, dans un premier temps, et du point de vue légal, dans un second temps.

     La morale recherche ce qui convient à l’être humain en général, puis, à l’être humain, en particulier. Elle cherche à bien raisonner les actes humains. La morale étant une «science», elle cherche aussi à étayer ses conclusions.

     L’immense majorité des gens sur cette planète vivent en couple hétérosexuel, vivent une relation homme-femme et veulent avoir des enfants. Plus de 150,000 enfants naissent chaque jour et sont le fruit d’une relation mâle-femelle. L’humanité n’est dons pas près de s’éteindre. L’arrivée des enfants renforcent souvent les liens conjugaux et le philosophe Aristote, quatre siècles avant notre ère, constatait déjà que les unions stériles se brisent plus facilement que les unions fécondes.

     Depuis toujours, l’unanimité est donc faite autour du couple humain : un homme et une femme qui s’aiment et qui souhaitent éventuellement avoir des enfants. Voilà le mariage traditionnel ou institution de nature. C’est sur ce mariage, selon la nature, que repose la famille, origine et fondement de la société civile. Le mariage en Église et le mariage devant un juge sont venus par la suite. Antérieurement, le mariage naturel se contractait dans la famille. Au début de l’Église catholique, par exemple, les chrétiens se mariaient comme tout le monde, c’est-à-dire dans les familles d’où ils originaient. Tout couple homosexuel devrait comprendre cela et comprendre que l’institution du mariage, tel que décrit ici, n’est donc pas fait pour lui.

     Il s’en trouvera toujours pour dire que le couple homosexuel - deux femmes ou deux hommes - n’est pas différent du couple hétérosexuel. Mais dans la pratique quotidienne, on vit comme s’il y avait une très grande différence. Il y a quelques mois, d’une façon un peu réductrice sans doute, le député de Saint-Jacques à l’Assemblée nationale a affirmé que, selon lui, il n’y avait pas grande différence entre un couple gai et un couple hétérosexuel : tous les deux rêvent, dit-il d’une jolie maison avec un petit jardin. Cependant, à l’exercice, il conviendra que dans la vie il y a justement un différence beaucoup moins accidentelle. Voulant élever des moutons, l’honorable député en achèterait, comme tout le monde, un couple mâle et femelle. S’il constatait que le vendeur lui a remis, lors de son achat, deux mâles ou deux femelles, il protesterait avec véhémence. La bergerie stagnerait et s’éteindrait vite sans l’apport de cette réalité toute naturelle.

     Le mariage est une institution voulue par la nature qui prend son origine en Dieu. Il est voué à la reproduction et à la conservation de l’espèce, à travers une union conjugale amoureuse et stable. N’importe quelle autre réalité ne peut être conforme à de cette institution. Elle peut être une forme d’union, même «amoureuse», mais elle ne peut se dire comme étant une réalité maritale ou conjugale au sens strict du terme.

     Passons maintenant à l’aspect légal de la question. Pour Svend Robison, c’est en vertu du droit à l’égalité que les gais (couples hommes ou femmes) devraient pouvoir célébrer leur amour en passant par l’institution du mariage.

     Il y aurait égalité face au mariage entre les couples hétérosexuels et homosexuels s’il n’y avait aucune différence. Mais tel n’est pas le cas, comme je l’ai démontré antérieurement. Il y a définitivement toute une différence. Si jamais la Chambre des communes arrivait à légiférer en cette matière, ce ne devrait pas être en vertu du droit à l’égalité. Car il n’y a pas d’égalité. Ça devrait être pour des motifs qui unissent tous ceux qui siègent au Parlement canadien : le meilleur fonctionnement de la société civile.

     En effet, tout bon gouvernement doit chercher à légiférer pour assurer le bon fonctionnement de la société qu’il dirige. Les législateurs ne sont pas des professeurs de morale. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient diplômés en morale pour bien légiférer. Il arrive que le gouvernement promulgue des lois que la morale désavoue et ne légifère pas sur des comportements que la morale prescrit. Le législateur essaie de s’attaquer à tout ce qui touche l’injustice, car ce sont ces manquements qui perturbent le bon fonctionnement de la société civile. Les gais sont-ils présentement traités injustement par nos législations ? Sont-ils victimes de discrimination ? Y a-t-il des choses à corriger ?

     Le philosophe Martin Blais (cf. Le Chien de Socrate) affirme qu’il n’y a pas de discrimination à traiter différemment ce qui est différent. Donner de l’herbe à un herbivore et de la viande à un carnivore, c’est le traiter également d’une égalité proportionnelle. Or, un couple hétérosexuel, c’est différent d’un couple homosexuel. Jusqu’à maintenant, le couple humain, c’était un homme et une femme; le couple animal, un mâle et une femelle. Si l’usage s’impose d’étendre le sens du mot couple à deux hommes ou à deux femmes, il ne s’ensuivra pas qu’un couple formé d’un homme et d’une femme sera identique à un couple formé de deux hommes ou de deux femmes. Il n’y aurait donc pas nécessairement de discrimination à traiter différemment ces couples différents. Si le législateur utilise son pouvoir de les traiter de la même manière, ce ne doit pas être pour corriger une situation discriminatoire ou une pour atteindre à plus d’égalité. C’est pour une autre raison.

     La raison habituellement invoquée dans le cas des gais est celle d’avantages d’ordre pécuniaire : rente du conjoint survivant, REER légué à l’abri de l’impôt, etc. Tout ceci n’a rien à voir avec l’institution du mariage. On sait que le mariage fait présentement perdre certains avantages économiques à ceux qui le font. Ceux qui font correctement leur rapport d’impôts en savent quelques chose. D’autres, alors, pour éviter ces inconvénients ne se marient pas et vivent en union de fait. Donc, à part certains avantages pécuniaires, tous les autres avantages sont accessibles sans un mariage réglé par l’État ou l’Église. D’un point de vue strictement légal, le législateur détient déjà le pouvoir de reconnaître l’union de fait des personnes homosexuelles qui vivent maritalement. Il n’est pas nécessaire de reconnaître ces unions comme étant des mariages civils ou religieux. Et les homosexuels ne devraient pas y voir de la discrimination en utilisant ce procédé. Car, comme je l’ai dit antérieurement, il n’est pas discriminatoire de traiter différemment ce qui est différent.

     Tout le problème tourne donc autour du fait que les couples homosexuels pensent qu’ils ne sont pas différents des couples hétérosexuels. La preuve doit venir d’eux. Ils semble que personne, issu de leur communauté, ne se soit livré à un tel exercice jusqu’à présent.

     Si, affirme le philosophe Blais, un gouvernement jugeait opportun, pour le bon fonctionnement de la société civile qu’il dirige, d’accorder aux couples homosexuels de fait les avantages pécuniaires accordés par certains organismes aux couples hétérosexuels de fait, rien ni personne ne pourrait l’en empêcher. Cependant, du point de vue moral, la situation est différente. Le mariage homosexuel ne répond pas à la description de l’institution naturelle, fondement de la société civile, institution qui a reçu le nom de mariage. De plus, à ma connaissance, les raisons invoquées par les personnes homosexuelles qui revendiquent le droit de se marier sont d’ordre pécuniaire; elles ne découlent pas de la nature du mariage, mais lui sont accidentelles. De ce point de vue, le mariage civil ou religieux n’est plus nécessaire pour les personnes homosexuelles que pour les hétérosexuelles : l’union de fait suffit.

     Le mariage est de moins en moins populaire au Québec. Le divorce l’est de plus en plus. Qu’il me soit permis de marquer mon étonnement face à des gens qui revendiquent haut et fort ce qu’une grande majorité rejette tout aussi haut et fort. Ça doit être cela la société distincte!

 
5 juillet 2003

 

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com