Le mariage, institution
naturelle, bat de laile. Les gens ne se marient plus : ils
cohabitent. Les gens sont contre le mariage, mais ils le souhaitent
pour leur curé, leur évêque. Pour le pape ? Pas
pour celui-ci : ils le trouvent trop vieux. Les couples mariés
hétérosexuels ne durent plus. Les couples non
mariés homosexuels durent encore moins. Mais, depuis quelques
années, ceux-ci veulent se marier comme les couples
hétérosexuels. Les couples gais seraient-ils devenus
les sauveurs dune institution dont une majorité ne veut
plus ? Et que penser de ce droit de se marier réclamer les
homosexuels ? Est-ce légitime ? Moral ? Est-ce humain
daller dans cette direction ? Voyons de plus près.
Le mariage est avant
tout une institution naturelle. Le christianisme, lÉglise
catholique en particulier, na pas inventé le mariage. A
lorigine, le Créateur fit lhomme et la femme
sexués. Il les a créés différents et
complémentaires. Il les a faits lun pour lautre.
La nature a été faite ainsi et je ny peux rien.
Le cas contraire aurait conduit lhumanité à son
extinction, et cela très rapidement. Le Christ, en venant dans
lhistoire humaine, na donc pas inventé le mariage
humain : il na fait que le sanctifier et en a fait, de surplus,
un signe de son Amour dans lhumanité. Il a pris ce qui
était dans lordre naturel et en a fait un instrument, un
signe, qui, dans lordre de la foi, permet dentrer dans
une toute autre dimension, sans éliminer la première.
La foi lappelle : vie surnaturelle. Il nest cependant pas
nécessaire daller jusque-là pour accepter, tout
bonnement, les bienfaits du mariage naturel.
Le mariage est une
institution naturelle, cest-à-dire nécessaire au
bien de la nature humaine, et à laquelle cette nature
elle-même incline spontanément. Le mariage, ou
lunion stable de lhomme et de la femme, est de cet ordre.
Le mariage ne tire donc pas son origine dune libre
création de la volonté humaine, dune convention
entre les individus, qui ne serait progressivement intervenue au
cours des âges, et ne constituerait quune forme possible,
sinon arbitraire, de la relation concrète homme-femme.
Il semble donc,
quil y ait dans lhomme et dans la femme un attrait
inné qui les porte lun vers lautre, et les incite
à se rapprocher et à sunir. Cette inclination
toute spontanée provient dun double besoin inscrit dans
la nature : 1) lhomme et la femme, en dépit de traits
communs qui en font à titre égal des individus
dune seule et même espèce, sont doués, en
vertu de leur distinction sexuelle, qui atteint au plus profond de
leur personnalité physique et psychologique, de
caractères bien divers, lesquels cependant sont plutôt
complémentaires quopposés. Ils sentent donc
confusément, lun et lautre, que de leur union
résultera une sorte de perfectionnement et
dachèvement de leur être propre, à quoi ils
aspirent. 2) Linstinct de conservation est aussi vivace chez
lêtre humain que chez tous les autres vivants :
conservation de lindividu par lauto-défense, et
conservation de lespèce par la reproduction de nouveaux
individus, semblables à ceux qui les ont engendrés, et
destinés à venir prendre la place de ceux qui
disparaissent. Mais la procréation de nouveaux individus
humains ne peut se faire que par lunion de la femme et de
lhomme, dont la distinction sexuelle est manifestement, en
dernière analyse, ordonnée par la nature à la
génération. Linstinct de la
génération dépasse les individus, et cet
lui qui constitue la composante fondamentale du désir complexe
qui meut lhomme et la femme à sunir.
Que ce soit bien à
lunion stable, et non pas seulement à une brève
et occasionnelle rencontre, que la nature incline lhomme et la
femme, résulte également dune double exigence qui
senracine dans cette même nature : 1) Seule la
stabilité de lunion peut apporter à lhomme
et à la femme le perfectionnement et lachèvement
de leur être propre, auxquels ils tendent plus ou moins
consciemment, car cette stabilité est la condition
nécessaire dune aide mutuelle efficace et dune
vraie mise en commun des qualités complémentaires de
chacun. 2) Le bien de lenfant, dont la formation physique et
léducation spirituelle réclament beaucoup de
temps, est normalement loeuvre non pas dun seul parent,
mais des deux; leurs qualités propres se complètement
admirablement dans lordre de lintelligence et de
laffection, de la force et de la tendresse, pour constituer un
seul principe parfait déducation.
Le mariage dérive
ainsi de la nature humaine; il est conforme à
linclination spontanée de cette nature et requis pour
son bien. Et puisque Dieu est lauteur des natures et de leurs
lois, cest lui en définitive qui est lauteur du
mariage. On dira que le mariage est de droit divin naturel.
Voilà ce que jenseignais, jadis, à mes
étudiants en classe de philosophie. Ce langage est-il trop
dur? Pas du tout. Il nest que le résultat dune
réflexion purement rationnelle.
À la
lumière de ces propos conformes à la raison, les gais
peuvent-ils alors se marier ? Analysons la question dun point
de vue purement rationnel et regardons le problème dun
point de vue moral, dans un premier temps, et du point de vue
légal, dans un second temps.
La morale recherche ce
qui convient à lêtre humain en
général, puis, à lêtre humain, en
particulier. Elle cherche à bien raisonner les actes humains.
La morale étant une «science», elle cherche aussi
à étayer ses conclusions.
Limmense
majorité des gens sur cette planète vivent en couple
hétérosexuel, vivent une relation homme-femme et
veulent avoir des enfants. Plus de 150,000 enfants naissent chaque
jour et sont le fruit dune relation mâle-femelle.
Lhumanité nest dons pas près de
séteindre. Larrivée des enfants renforcent
souvent les liens conjugaux et le philosophe Aristote, quatre
siècles avant notre ère, constatait déjà
que les unions stériles se brisent plus facilement que les
unions fécondes.
Depuis toujours,
lunanimité est donc faite autour du couple humain : un
homme et une femme qui saiment et qui souhaitent
éventuellement avoir des enfants. Voilà le mariage
traditionnel ou institution de nature. Cest sur ce mariage,
selon la nature, que repose la famille, origine et fondement de la
société civile. Le mariage en Église et le
mariage devant un juge sont venus par la suite. Antérieurement,
le mariage naturel se contractait dans la famille. Au début
de lÉglise catholique, par exemple, les chrétiens
se mariaient comme tout le monde, cest-à-dire dans les
familles doù ils originaient. Tout couple homosexuel
devrait comprendre cela et comprendre que linstitution du
mariage, tel que décrit ici, nest donc pas fait pour lui.
Il sen trouvera
toujours pour dire que le couple homosexuel - deux femmes ou deux
hommes - nest pas différent du couple
hétérosexuel. Mais dans la pratique quotidienne, on vit
comme sil y avait une très grande différence. Il
y a quelques mois, dune façon un peu réductrice
sans doute, le député de Saint-Jacques à
lAssemblée nationale a affirmé que, selon lui, il
ny avait pas grande différence entre un couple gai et un
couple hétérosexuel : tous les deux rêvent,
dit-il dune jolie maison avec un petit jardin. Cependant,
à lexercice, il conviendra que dans la vie il y a
justement un différence beaucoup moins accidentelle. Voulant
élever des moutons, lhonorable député en
achèterait, comme tout le monde, un couple mâle et
femelle. Sil constatait que le vendeur lui a remis, lors de son
achat, deux mâles ou deux femelles, il protesterait avec
véhémence. La bergerie stagnerait et
séteindrait vite sans lapport de cette
réalité toute naturelle.
Le mariage est une
institution voulue par la nature qui prend son origine en Dieu. Il
est voué à la reproduction et à la conservation
de lespèce, à travers une union conjugale
amoureuse et stable. Nimporte quelle autre réalité
ne peut être conforme à de cette institution. Elle peut
être une forme dunion, même «amoureuse»,
mais elle ne peut se dire comme étant une réalité
maritale ou conjugale au sens strict du terme.
Passons maintenant
à laspect légal de la question. Pour Svend
Robison, cest en vertu du droit à
légalité que les gais (couples hommes ou femmes)
devraient pouvoir célébrer leur amour en passant par
linstitution du mariage.
Il y aurait
égalité face au mariage entre les couples
hétérosexuels et homosexuels sil ny avait
aucune différence. Mais tel nest pas le cas, comme je
lai démontré antérieurement. Il y a
définitivement toute une différence. Si jamais la
Chambre des communes arrivait à légiférer en
cette matière, ce ne devrait pas être en vertu du droit
à légalité. Car il ny a pas
dégalité. Ça devrait être pour des
motifs qui unissent tous ceux qui siègent au Parlement
canadien : le meilleur fonctionnement de la société civile.
En effet, tout bon
gouvernement doit chercher à légiférer pour
assurer le bon fonctionnement de la société quil
dirige. Les législateurs ne sont pas des professeurs de
morale. Il nest pas nécessaire quils soient
diplômés en morale pour bien légiférer. Il
arrive que le gouvernement promulgue des lois que la morale
désavoue et ne légifère pas sur des
comportements que la morale prescrit. Le législateur essaie de
sattaquer à tout ce qui touche linjustice, car ce
sont ces manquements qui perturbent le bon fonctionnement de la
société civile. Les gais sont-ils présentement
traités injustement par nos législations ? Sont-ils
victimes de discrimination ? Y a-t-il des choses à corriger ?
Le philosophe Martin
Blais (cf. Le Chien de Socrate) affirme quil ny a pas de
discrimination à traiter différemment ce qui est
différent. Donner de lherbe à un herbivore et de
la viande à un carnivore, cest le traiter
également dune égalité proportionnelle.
Or, un couple hétérosexuel, cest différent
dun couple homosexuel. Jusquà maintenant, le
couple humain, cétait un homme et une femme; le couple
animal, un mâle et une femelle. Si lusage simpose
détendre le sens du mot couple à deux hommes ou
à deux femmes, il ne sensuivra pas quun couple
formé dun homme et dune femme sera identique
à un couple formé de deux hommes ou de deux femmes. Il
ny aurait donc pas nécessairement de discrimination
à traiter différemment ces couples différents.
Si le législateur utilise son pouvoir de les traiter de la
même manière, ce ne doit pas être pour corriger
une situation discriminatoire ou une pour atteindre à plus
dégalité. Cest pour une autre raison.
La raison habituellement
invoquée dans le cas des gais est celle davantages
dordre pécuniaire : rente du conjoint survivant, REER
légué à labri de limpôt, etc.
Tout ceci na rien à voir avec linstitution du
mariage. On sait que le mariage fait présentement perdre
certains avantages économiques à ceux qui le font. Ceux
qui font correctement leur rapport dimpôts en savent
quelques chose. Dautres, alors, pour éviter ces
inconvénients ne se marient pas et vivent en union de fait.
Donc, à part certains avantages pécuniaires, tous les
autres avantages sont accessibles sans un mariage réglé
par lÉtat ou lÉglise. Dun point de
vue strictement légal, le législateur détient
déjà le pouvoir de reconnaître lunion de
fait des personnes homosexuelles qui vivent maritalement. Il
nest pas nécessaire de reconnaître ces unions
comme étant des mariages civils ou religieux. Et les
homosexuels ne devraient pas y voir de la discrimination en utilisant
ce procédé. Car, comme je lai dit
antérieurement, il nest pas discriminatoire de traiter
différemment ce qui est différent.
Tout le problème
tourne donc autour du fait que les couples homosexuels pensent
quils ne sont pas différents des couples
hétérosexuels. La preuve doit venir deux. Ils
semble que personne, issu de leur communauté, ne se soit
livré à un tel exercice jusquà présent.
Si, affirme le
philosophe Blais, un gouvernement jugeait opportun, pour le bon
fonctionnement de la société civile quil dirige,
daccorder aux couples homosexuels de fait les avantages
pécuniaires accordés par certains organismes aux
couples hétérosexuels de fait, rien ni personne ne
pourrait len empêcher. Cependant, du point de vue moral,
la situation est différente. Le mariage homosexuel ne
répond pas à la description de linstitution
naturelle, fondement de la société civile, institution
qui a reçu le nom de mariage. De plus, à ma
connaissance, les raisons invoquées par les personnes
homosexuelles qui revendiquent le droit de se marier sont dordre
pécuniaire; elles ne découlent pas de la nature du
mariage, mais lui sont accidentelles. De ce point de vue, le mariage
civil ou religieux nest plus nécessaire pour les
personnes homosexuelles que pour les hétérosexuelles :
lunion de fait suffit.
Le mariage est de moins
en moins populaire au Québec. Le divorce lest de plus en
plus. Quil me soit permis de marquer mon étonnement face
à des gens qui revendiquent haut et fort ce quune grande
majorité rejette tout aussi haut et fort. Ça doit
être cela la société distincte!
5 juillet 2003