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Si j’aurais étudié...

     Les dépenses du ministère de l’Éducation augmenteront cette année de 508,8 millions de dollars, passant de 10,5 milliards de dollars à 11 milliards de dollars. C’est une augmentation de l’ordre de 5,7 pour cent. Malgré cet ajout substantiel, une très grande proportion de jeunes Québécois décrocheront avant la fin de leur cours secondaire. Ceux qui parviendront à le terminer prendront le chemin du cégep; puis un certain nombre, celui de l’université, sans une connaissance minimale de leur langue maternelle.

    Les nouvelles télévisées du lundi 10 février 2003 nous ont fourni un exemple de la méconnaissance minimale de notre langue maternelle. Le quart des étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval n’ont pas réussi, l’an dernier, un test de français de niveau secondaire V, mais ils demeurent quand même étudiants réguliers à cette faculté. Le reportage ne parlait pas des autres étudiants qui avaient réussi l’examen : combien de jeunes avaient obtenu tout juste la note de passage, ou à peine un peu plus ?

     La Faculté des sciences de l’éducation garde tous ces étudiants pour ne pas perdre une subvention d’environ un demi-million de dollars. En période d’austérité, l’argent passe avant la formation universitaire. D’ailleurs, quand les subventions gouvernementales sont calculées per capita, l’argent exerce nécessairement une influence néfaste sur la formation.

     «Si j’aurais eu plus de temps, je me serais mieux préparé» de dire à la sauvette, un jeune étudiant, faisant sans doute partie de la cohorte des rescapés du système. Et dire que ce jeune et ses semblables se retrouveront bientôt devant une classe du primaire ou du secondaire, enseignant une langue qu’ils ne possèdent pas parce que personne ne la leur aura enseignée, parce que personne n’aura exigé qu’ils l’apprennent et la maîtrisent. Cette langue, ils ne la posséderont jamais, car on ne peut pas combler un retard de douze ans par quelques cours de rattrapage.

     Existe-t-il un futur ministre de l’Éducation qui, dans les mois qui viennent, va décider de « faire autrement » ? Le futur enseignant a droit de recevoir une solide formation, et il a le devoir de développer le goût de la poursuivre tout au long de sa carrière. Il doit être un amant de culture, d’une solide formation littéraire, de connaissances sans cesse à préciser et à renouveler.

     Dans Le Chien de Socrate, le philosophe Martin Blais signale qu’il n’y a qu’une façon de donner une solide formation aux futurs éducateurs. Évoquant Jean Rostand, il prône le « retour au dédaigné », c’est-à-dire l’utilisation de la grammaire, du dictionnaire, d’une bonne dose quotidienne de lecture. «...nul ne s’instruit en écoutant; c’est en lisant qu’on s’instruit », dit le philosophe Alain. Pour corriger l’incurie et l’ignorance de certains enseignants et de bon nombre d’étudiants, le ministère songe à ajouter encore plus de dollars. Il se comporte, prenant l’exemple de Martin Blais, comme un propriétaire d’équipe sportive qui voudrait améliorer le rendement des joueurs en investissant dans les salaires et l’équipement, mais qui ne se soucierait pas de leur apprendre à jouer. Le rôle principal du ministère de l’Éducation, c’est, dit-il, de fabriquer des programmes et d’en contrôler l’application par des examens identiques dans tout le Québec. On a beau payer des salaires mirobolants à l’équipe qui s’exécute sur la patinoire, si les joueurs ne savent pas jouer ou n’ont pas appris à le faire, elle ne participera pas aux finales de la Coupe Stanley!

     Voilà une façon logique d’opérer ce « retour au dédaigné » et de s’assurer de meilleurs résultats chez les jeunes qui se dirigent vers la noble carrière d’éducateur. La grammaire Grevisse aidant, notre jeune professeur, fréquentant le campus universitaire, apprendrait, qu’à la suite de la conjonction « si », on utilise toujours l’imparfait. Normalement, dans son langage coutumier, il utilisera ensuite cette formule conforme aux normes de sa langue maternelle. Tout cela, sans que le ministère débourse un seul sou...

15 février 2003

 

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