Jean
Bernard Landry la dit : durant la prochaine campagne
électorale qui sen vient dans quelques semaines, la
souveraineté sera au coeur du débat électoral.
Elle aura même une place «grandiose» . Le Petit Robert
affirme que ladjectif «grandiose» (de litalien grandioso)
veut dire : quelque chose qui frappe, qui impressionne par son
caractère de grandeur, son aspect majestueux, son ampleur.
Enfin, tout le contraire de ce qui est médiocre, mesquin, petit.
On
sen souvient, lors de la dernière campagne
électorale, en 1998, le mot souveraineté avait
même été banni du discours officiel du Parti
québécois. Lucien Bouchard, alors premier ministre du
Québec, avait fait écrire sur son autobus : Jai
confiance! Les dépliants du Parti québécois ne
faisaient même pas mention de la souveraineté du
Québec. Preuve à lappui, les dépliants des
candidats du PQ dans Matapédia et Rimouski que jai
jalousement gardés, où le mot souveraineté
napparaît nulle part. On y parle dasphalte, de
routes, de ponts, de prolongement décole, etc. Quant
à mon comté, celui de Matane, la souveraineté
semblait loin des préoccupations des propagandes
péquistes. Deuxième mandat oblige!
Cette
fois-ci, quelquun a balayé les lettres du «Jai
confiance» pour les remplacer par «Pour la
souveraineté, jembarque», et tout cela, dans le but
de recueillir, à la grandeur du Québec, les sous des
militants, le carburant, comme dit le premier ministre, qui fait
marcher la patente. Une grosse quête motorisée qui doit
rapporter plus de cinq millions dans les coffres dégarnis du
parti. Tout un pari, quand on sait que limmense majorité
des membres na pas renouvelé sa carte
dadhésion au parti depuis le dernier
référendum et la dernière campagne
électorale et que des dizaines de milliers de militants ont
tout simplement quitté ce parti quils trouvent
incohérent, inconséquent, sans fil conducteur stable et permanent.
Il est
assez étonnant de voir le bus aux couleurs de Duplessis venir
nous parler dune réalité qui devrait être
sans cesse au coeur du débat politique du Parti
québécois. Il est assez étonnant dentendre,
ministres et députés, affirmer quon na pas
suffisamment parlé de la souveraineté depuis des
années et quils est temps maintenant de la remettre
à lordre du jour. Il est assez étonnant
dentendre ces gens nous dire que le discours souverainiste doit
être repris, alors que cest effectivement eux, il y a
plusieurs années, qui nous disaient de ne pas trop en parler,
que les gens ne voulaient plus en entendre parler, que ce
nétait pas le bon temps den parler et que les gens
étaient fatigués den entendre parler. Ah! quand
on veut se faire réélire, tous les moyens sont bons, y
compris les moins bons, rejetés de lavant-scène,
il y a quelques années!
Les
sondages semblent nous confirmer que le Parti québécois
a perdu son «aile-caribous» qui se retrouve maintenant dans
lUnion des forces progressistes nouvellement fondée et
qui prône lindépendance du Québec. Dans les
coulisses du Parti, on fait des pieds et des mains pour que ce parti
ne présente pas de candidats dans les circonscriptions
où le Parti québécois aurait normalement des
chances de se faire réélire. Ah ! tout ce quon
peut faire pour se retrouver sur les banquettes de
lAssemblée nationale et gonfler, avec un autre mandat,
une pension à vie!
Les
sondages semblent aussi nous confirmer que le Parti, sil veut
retrouver une bonne partie de lélectorat quil a
perdu, doit remettre le discours souverainiste à
lavant-scène. Que quelques centaines de votes de plus,
dans certains comtés, pourraient faire toute la
différence. Quil faut, afin de conserver le pouvoir,
tout faire pour ramener au bercail ces centaines de milliers de votes
éparpillés dans lADQ, les Forces progressistes,
les champs de lindifférence. Ah! tout ce quon peut
faire pour garder ce maudit pouvoir qui na pas fait avancer
notre cause nationale depuis quon l'a pris en 1976!
Parions
que si les sondages actuels étaient tout à fait
favorables au Parti québécois, que si ceux-ci se
situaient aux alentours de 40 %, on ne parlerait pas de cette nouvel
engouement subi de parler de la souveraineté, et quon
trouverait bien une nouvelle façon, très habile, de se
faire réélire, en mettant le débat au frigo pour
encore plusieurs années. Ah! tout ce quon pourrait
faire, si tel était le cas, pour garantir un autre quatre ans
de pouvoir, à ces gens qui nous promettent quils se
battent pour la cause de leur vie, mais qui, dans les faits, se
battent pour le bien-être de leur ptite vie!
Jean
Bernard Landry affirme que la souveraineté aura une place
«grandiose» dans la plate-forme électorale de son
parti, lors du prochain scrutin. Encore la carotte et le bâton.
Il faut bien trouver un habile moyen pour aller chercher les brebis
perdues ou quon a éloignées par la multiplication
des astuces, les doubles langages, les faux-fuyants, les parlures
voilées, les cantiques à décrypter.
Il faut
bien trouver un moyen pour aller chercher les sous dont on a besoin
pour faire virer lautobus et amuser les curieux ébahis
qui verront passer le convoi insolite. Les sous ramassés, que
fera-t-on avec ces quelques milliers de dollars cueillis aux quatre
coins du Québec ? Personne ne le sait. On trouvera bien une
façon de faire, le temps venu, pour trouver un discours qui
ressemble à quelque chose quon avait promis de faire,
mais qui ne sera quune nouvelle grimace au projet fondamental
qui préoccupe les indépendantistes de la première
heure.
Logiquement,
avant de monter dans lautobus de Landry, avant de laider
à cueillir les sous dont il a besoin pour parler
éventuellement de la «chose grandiose», les
Québécois, intéressés par la cause
nationale, devraient avoir la feuille de route de ce parti qui,
depuis des décennies, nous promet la terre promise, mais qui
lambine dans le désert fédéraliste, qui amuse la
foule, quelque peu révoltée et assagie, et qui tarde
à demander au pasteur à lallure incertaine,
quelle direction il faut prendre pour y entrer. Avant de verser
quelque argent que ce soit dans la cagnotte péquiste, la
logique voudrait que chaque citoyen connaisse le contenu de la
randonnée partisane du PQ. Car, parler de souveraineté,
cest assez facile. On le sait dexpérience. Savoir
ce quil y a derrière le concept, est tout autre chose.
Serait-ce possible de demander, tout bonnement au conducteur du bus,
dans quelle direction il compte amener son bolide et, si par hasard,
sur le tableau de bord, une bonne boussole laccompagne ?
Bien des
militants devraient y penser deux fois avant dengraisser une
nouvelle fois un parti qui joue depuis des années,
lincohérence, limprovisation, le
réajustement à la petite semaine. Jean Bernard Landry
nous a dit, il y a quelques années, quil voterait OUI
à la question proposée par Robert Bourassa à
Bruxelles. Ce OUI hypothétique nest pourtant pas la
souveraineté du Québec. Celui qui parle à ses
troupes de souveraineté nutilise que ce mot pour
fouetter des militants découragés et abasourdis par des
propos contradictoires. Mais dans le faits, le chef de bande veut
exactement le contraire du discours quil prononce avec une
ferveur calculée.
Alors ?
Quand cesserons-nous de donner de largent à un parti qui
joue sur les deux tableaux, qui se dit souverainiste mais qui, au
fond, est mené par un chef qui ne lest pas. Par un chef
qui nest quun autre Bourassa déguisé, par
un chef qui parle en habile souverainiste mais qui, au fond, est un
partisan confédéraliste qui souhaite, en bout de piste,
un réaménagement de la constitution actuelle, sans
lajout dun hypothétique référendum.
Libre
à chacun de donner de largent à lautobus
qui sillonnera le Québec pendant les prochaines semaines. Il
serait indécent, de ma part, dencourager un parti qui
na pas les idées claires et qui, une fois le grain
amassé dans les coffres partisans, se foutera bien, une fois
de plus, de ceux qui les auront remplis.
Monsieur
Legault, accroché à son micro, peut bien inviter les
Québécois à monter dans le bus de la
souveraineté, mais jai des doutes profonds et bien
mesurés sur la capacité du conducteur. Je ne veux pas,
une fois la tournée terminée, que le véhicule
soit placé dans un stationnement prévu depuis des mois,
et que largent serve à faire élire des gens qui
nont pas de clarté dans leurs propos, de cohérence
dans leur discours, de vision bien arrêtée du combat
à mener.
Jembarque
ou je débarque ? Réflexion faite, je pense que je ne
réserverai pas de place dans ce véhicule au conducteur
ambivalent, aux visées, une fois de plus, beaucoup trop
électoralistes. Largent nest pas le nerf de la
guerre, comme laffirme Madame Marois. Cest le coeur qui
fait gagner les grandes causes. Cest la ténacité
et même loubli de soi qui fait triompher les élans
vers la liberté. Je naime pas vos petits sourires en
coin, dans lentrebâillement de votre motorisé.
Ça sent le calcul, le magouillage et le maquillage,
lopportunisme à plein nez. Il me semble que les
Québécois auraient bien plus besoin dune grande
marche au grand air frais de la liberté quune visite
circonstancielle qui ne vise quà recueillir des sous,
et, à enterrer par la suite, ceux qui ont donné, dans
le cercueil de loubli des prochaines années.
Bonne
route quand même, messieurs et mesdames du
«confédéralisme» camouflé. Attention
aux routes enneigés et glacées de février. Et
quil ny ait pas trop de crevaisons qui vous fassent
dérailler de votre opération si savamment
planifiée! Le peuple aurait bien plus besoin dun
dialogue fructueux et ouvert sur son avenir que dune visite
rapide et impromptue, dun tas de ferrailles roulant,
maquillé en bleu, en souvenir de nos couleurs dantan. De
ma fenêtre, jobserverai le spectacle. Mais ne comptez pas
sur moi pour monter dans lautobus de la souveraineté (?)
de Jean Bernard Landry, le confédéraliste! Il vaut
mieux la marche longue et difficile dun citoyen, debout et
libre, que le partage dun véhicule chaud et
feutré, dun bus envoyé expressément pour
siphonner, une fois de plus, les militants qui en ont marre de se
faire reconnaître, tout juste une fois de temps en temps, le
temps de faire laumône à un parti qui a si mal
servi leur cause !
Il faut
peu de choses et même peu de gens pour faire triompher une
cause. Lhistoire nous prouve quil suffit dun homme
debout et libre. Le trouverons-nous, un jour ?
3 février 2003