Monsieur
le premier ministre Charest,
Je sais que vous
êtes fort occupé à faire le ménage dans
l'ancienne administration péquiste. Je sais que vous avez
trouvé un grand «trou» dans les finances publiques
et qu'il faut vous en éloigner de peur de tomber dedans. Que
votre équipe travaille fort pour le combler. Je sais que les
transitions ne sont pas faciles et qu'il faut du doigté pour
ne pas offusquer le monde sérieux qui vous scrute à la
loupe depuis votre élection. Mais, de grâce, prenez une
minute pour me lire aujourd'hui.
Je vous écris
pour vous demander une simple petite chose. Je suis bien
fatigué, monsieur le premier ministre, d'avoir à aller
me planter, en ligne, à chaque élection, pour mettre un
petit « X » devant lun des candidats qui se
présentent. Comme vous nous avez promis le gouvernement en
ligne, pourriez-vous, d'ici 2007, nous promettre aussi d'organiser
une élection en ligne?
Alors, c'en serait fini
des faces qui te regardent quand tu vas voter. C'en serait fini des
filées de monde qui se demandent de quel bord tu votes, qui te
dévisagent, te scrutent, t'analysent, te sourient pour la
forme, te comptent ou t'éliminent de leur gang, et cela tout
au cours de la votation.
Vous pourriez,
grâce à la technologie actuelle, installer des terminaux
électroniques dans tous les comtés, à des points
névralgiques, et, la campagne terminée, vous pourriez
donner deux ou trois jours consécutifs pour que les citoyens
aillent exercer leur droit de vote. On pourrait voter le jour, la
nuit, à trois heures du matin, en allant à la banque,
à la messe, en allant faire lépicerie. Et on
n'aurait pas ce sacré scrutateur qui te scrute pour savoir si
tu es bien la bonne personne, si tu es bien celle qui est
photographiée sur la carte d'assurance maladie, si ton
passeport est bien valide et... si tu ne l'as pas volé en
revenant des Antilles françaises. Bref, si tu es bien le
toi-même que tu penses être en allant te planter devant
celui qui est là pour vérifier si tu es bien le
toi-même que tu penses toujours être.
Il suffirait de munir
tous les citoyens d'une carte d'électeur électronique.
Chacun pourrait la glisser, le temps venu, dans un guichet
automatique, à l'exemple de celui des banques, et faire ainsi,
anonymement, son devoir de citoyen. Il n'y aurait plus d'erreurs de
listes. Plus de carte de rappel. Il n'y aurait plus de faces de
carême qui te dévisagent dans les bureaux de scrutin,
plus de recomptage, plus de croisement, le jour du scrutin, des
«faiseux» d'élections qui s'affolent à faire
du pointage. On pourrait même voter n'importe où au
Québec, pour le candidat de sa circonscription, puisque les
listes seraient informatisées. Personne ne pourrait voter
à la place d'un autre : l'informatique bloquerait toute
personne qui essaierait de le faire. Quel progrès, monsieur le
premier ministre!
Et le soir des
élections, en appuyant sur un simple bouton, à la
permanence du Directeur général des élections,
on aurait le résultat final. La liste des élus
défilerait devant nous. On saurait instantanément qui
formerait le gouvernement. Point à ...la ligne!
La fête
commencerait plus vite. Et Bernard Derome ne pourrait pas dire :
«Si la tendance se maintient....» et les spectateurs
pourraient reprendre leurs émissions
préférées. Les guichets électroniques
seraient permanents. Et les futurs gouvernements pourraient s'en
servir pour faire, avec une question claire, - même
écrite par Jean Chrétien- le prochain
référendum sur l'indépendance du Québec.
Je vous en supplie,
Monsieur Charest : donnez-nous des élections en ligne! Ce
serait la plus grande réalisation de votre premier et, sans
doute, unique mandat. Et si ce n'était que celle-là, je
vous en serais reconnaissant jusque dans l'éternité!
P.S. J'allais oublier.
Pourriez-vous aussi faire une loi interdisant la publication des
sondages pendant la campagne électorale. Les gens sont
tellement influençables dans ce pays, vous savez. Certains se
fient aux sondages pour savoir pour qui voter. Alors, vite une loi
pour abolir la publication des sondages dès le début et
durant toute la campagne électorale.
Une dernière
chose : les pancartes sur les poteaux. Cest laid à voir
et ça me distrait quand je conduis mon automobile. Et puis, je
n'en peux plus de voir toutes ces sacrées faces-là
pendant plus de trente jours. Vous non plus, hein ? Même la
vôtre! Jen suis convaincu. Redonnez donc à la
politique sa vraie place : dans les salles et les endroits publics.
Merci, monsieur premier ministre de mavoir lu. En
espérant, surtout, que vous mécouterez!
5 mai 2003