Lors du
référendum de 1995, le Parti québécois
comptait environ 300,000 membres dûment en règle. Depuis
cette époque valeureuse, le parti de René
Lévesque a perdu, année après année,
dabord ses membres les plus engagés pour la cause de
lindépendance, ceux que daucuns appellent
maladroitement les purs et durs, puis, a perdu les plus
modérés, ceux que dautres appellent, tout aussi
maladroitement, les modérés.
Désabusés,
beaucoup danciens membres du P.Q. glissent présentement
vers lAction démocratique du Québec, ne pouvant
pas se résoudre à se fondre dans la famille
libérale dirigée par Jean Charest qui incarne des
méthodes politiques révolues. Comme ils sont convaincus
que Bernard Landry et son parti, usés par le pouvoir,
narriveront jamais à réaliser
lindépendance du Québec, ils se tournent,
instinctivement, vers ce vent de fraîcheur apporté par
le petit gars de Cacouna. Nétait-il pas dans le camp du
OUI lors du référendum de 1995? Son président,
Guy Laforêt, nétait-il pas le porte-parole du
même comité lors de cette consultation populaire ? Un
ancien député souverainiste bloquiste ne vient-il pas
de rejoindre son parti, il y a à peine quelques semaines ?
Pierre Bourque, un sympathisant avoué à
lindépendance du Québec, ne
sapprête-t-il pas à monter dans le train
adéquiste? Le président régional du P.Q. du
Saguenay-Lac-Saint-Jean ne sapprête-il pas à en
faire autant, en annonçant quil sera candidat
adéquiste dans Roberveal? Et dans Matane, le candidat actuel,
Raynald Bernier, nest-il pas un souverainiste reconnu ?
Le Parti
québécois, sous la houlette de Bernard Landry, a
abandonné, consciemment ou inconsciemment, larticle un
de son programme et propose maintenant, comme plate-forme
constitutionnelle, une nouvelle confédération à
leuropéenne. En cela, il rejoint la thèse
référendaire de 1995, sur lequel les
Québécois se sont déjà prononcés.
Le président du Parti québécois parle de
souveraineté (quelle souveraineté ?) lorsquil est
devant son Conseil national. Mais lorsquil le quitte, il se
dépêche à rejoindre la thèse
confédéraliste qui lui est chère, quil
défend avec acharnement et sur laquelle le peuple
québécois sest déjà prononcé
en 1995.
Sagement,
Mario Dumont, a reconnu la défaite de sa thèse
après la consultation référendaire de 1995.
Cest pourquoi, il sest empressé de dire à
la population quil fallait mettre cette question de
côté pour une bonne quinzaine dannées. Il
peut maintenant, en toute quiétude, se présenter devant
lélectorat et dire quil ne peut leur reposer la
même question sur laquelle la population sest
prononcée, il y a à peine huit ans. Libre à
Landry de la reposer dici 2005, mais Dumont pourrait toujours
lui dire quil serait indécent de le faire et quil
ne peut, dans les circonstances, lui redonner son appui inconditionnel.
Lors
dun voyage à Bruxelles, en 2001, la premier ministre
Landry avait dit aux journalistes présents quil voterait
OUI à la question que Bourassa avait suggéré
dans la ville belge, quelques années auparavant. Lancien
premier ministre avait alors proposé de poser
éventuellement la question référendaire suivante
: «Voulez-vous remplacer lordre constitutionnel existant
par deux États souverains associés dune union
économique responsable devant un parlement commun ?»
Grosso modo, cest ce sur quoi les Québécois ont
voté en 1995. Il serait illogique de reposer, dans
limmédiat, soit dici 2005, la même question.
Et comme cette formulation ne rejoint pas les principes fondamentaux
du programme péquiste, il faudrait laisser
éventuellement à Mario Dumont, sil prend le
pouvoir, le soin de reposer, au moment jugé opportun, cette
même question qui avait fait consensus lors de lentente
du 12 juin 1995 et qui nétait rien de moins que le
programme constitutionnel de lAction démocratique du
Québec. En bref, les Québécois nont jamais
voté pour ou contre lindépendance du
Québec. Ils ont voté, lors des deux
référendums, sur des offres de partenariat. Rien de plus.
Par
contre, si le Parti québécois doit reprendre
prochainement le pouvoir, il doit dire à la population ce
quil entend faire avec la question nationale et dire,
dores et déjà, que, sil fait un
référendum lors du prochain mandat, la question devra
tourner essentiellement autour de lindépendance du
Québec. Si le premier ministre ne peut garantir cela à
la population, et sil ne peut pas le garantir à ses
militants, il est fort à craindre que bien des
indépendantistes sabstiendront, au printemps qui vient,
de se rendre aux urnes, ou iront, en masse, annuler tout simplement
leur vote.
Mario
Dumont est présentement confédéraliste et il
nest pas exclut quun jour, plus ou moins lointain, il
opte pour lindépendance du Québec. Bernard
Landry, indépendantiste quil était, est devenu
maintenant confédéraliste et a rejoint le terrain
constitutionnel de Mario Dumont. Il ny a donc plus de parti
souverainiste au Québec. Il y a deux partis
confédéralistes et un autre défendant le
fédéralisme tel quon le connaît.
Dans les
circonstances, il est fort à parier que Bernard Landry ne
refera pas le chemin inverse afin de retrouver ses amours
dantan. Cependant, il est fort à parier, que Mario
Dumont rejoindra, un jour, la position adoptée jadis par
Bernard Landry. La jeunesse aidant, il a déjà
commencé à refaire une «coalition» qui
na pas dit encore son dernier mot. Parce quil est jeune,
il a tout lavenir devant lui. Cest pourquoi, tant de gens
se tournent vers la vivacité et la
générosité de son discours, en espérant
quil ne le gaspillera pas et quil mènera le peuple
québécois, qui a les yeux tournés vers lui,
à la conquête de sa liberté!
23 janvier 2003