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Le chemin le moins fréquenté

     Roland Leclerc, le prêtre le plus médiatisé et le plus connu du Québec a terminé sa course, dans un chemin obscur, dans les eaux d’un lac glacé, en plein coeur du Québec, son coin de pays auquel il revenait, comme on revient visiter et goûter la maison paternelle. Lui, l’homme public, le prêtre jovial, communicateur, au regard franc et clair, s’est abîmé dans les eaux nocturnes d’un lac québécois, esseulé, perdu dans la nature. Lui, le prêtre qui savait parler au coeur des catholiques du Québec, lui, le pasteur qui savait rester coller aux réalités à évangéliser, a terminé sa vie, loin des caméras, des médias qu’il affectionnait, des commentaires fins et précieux qu’il livrait sans prétention, mais toujours collés à la réalité du mystère chrétien.

      Il avait choisi le chemin le moins fréquenté. Voyant la désertion de églises depuis la Révolution tranquille, son coeur n’avait pas pu laisser sans pasteur tant de brebis égarées. Il pensa alors, que la façon la plus adéquate, pour l’heure, était d’utiliser les moyens modernes de communication. Évangéliser toutes les nations nécessitait de s’adapter aux changements du monde, allant jusqu’à vivre en son coeur médiatique, pour apporter la Lumière qui ne peut venir de ce monde. Flambeau dans la nuit, chaleur dans ce monde froid et impersonnel, Roland Leclerc était un sourire dans nos tristesses, une paix dans nos combats, un partage dans nos quêtes de pouvoir et de richesses, une espérance dans nos moments d’inquiétude et de désarroi.

      Charge trop lourde et combien exigeante pour un seul homme,  Roland Leclerc, parfois et inévitablement déçu et découragé, aura tenu et gardé haut le phare dans la grande tourmente qui a balayé le Québec depuis trente ans. Si l’espérance était sa foi et son amour, Dieu, dans sa sagesse et dans ses voies, suscitera, il faut s’en convaincre et sans doute s’en réjouir, de milliers de flambeaux qui prendront le relais, afin d’éclairer les voies d’un monde inquiet, déboussolé, sans repaires, ballotté aux vents de multiples doctrines.

      Les mystères du Créateur sont insondables. Au bout du chemin le moins fréquenté, tracé par un homme de foi, plein d’espérance et d’amour, la moisson surgira, quand le temps viendra. L’espérance, ce n’est pas de voir tous ses plans réalisés : elle est cette vertu tendue vers l’avant, qui, contre vents et marées, conduit à bon port. Roland est maintenant dans le coeur de son Créateur. Quoiqu’il arrive et quoiqu’on fasse, dans l’espérance, et dans la certitude de notre foi, un jour, le sort de l’humanité sera scellé, comme celui de notre frère des ondes, en Celui qui est Lumière du monde et qui donne vie éternelle. Merci, Roland Leclerc, d’avoir montré cette voie, même si elle est, sur cette terre déchristianisée québécoise, le chemin le moins fréquenté.

 
22 novembre 2003

 

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