Les libéraux sont
morts de rire. Limage de leur chef a été
foulé, à Sherbrooke, par une bande de gamins du
secondaire I, lors de la rentrée scolaire 2003. Les
péquistes avaient leur drapeau fleurdelisé foulé
par les Anglais de lOntario; les fédéralistes, de
leur côté, ont maintenant leur martyre en terre
québécoise. Ils ont le visage de leur sauveur
méprisé, écrasé, sali,
étampé, éclaboussé par les espadrilles
crottées dune joyeuse bande de jeunes, et tout cela,
à cause de limagination, sans doute un peu
débridée, dun professeur qui voulait manifester
son mécontentement, exprimer sa frustration devant un
gouvernement qui coupe dans le domaine de léducation.
Le premier ministre a
commenté lévénement en parlant dun
manque de respect envers lautorité quil
représente. La remarque était touchante, car, jamais au
coeur de toutes nos institutions, on a autant parlé de respect
(ou de politesse) envers les personnes, et jamais, on en a
manqué autant. La preuve en est quon nen finit
plus de se moquer, du matin au soir, dans les journaux, à la
télé, de tout ce qui est autorité religieuse,
politique, parentale, etc. Une fois de plus fait scandale ? Et ceux
qui réclament le respect de leur personne, la
mérite-t-il vraiment ?
Le monde dans lequel
nous vivons est cousu de mensonges, de malversations, de cachotteries
politiques, de calculs électoraux, de demi
vérités, de fausses interprétations, de
sous-sols habilement camouflés, de visées à
courte vue, de maquillages magnifiquement présentés. La
suite des choses ne doit pas étonner. Cette
société hypocrite, acceptée par une
majorité endormie, peu éveillée aux changements
nécessaires et volontairement acceptés, appelée
aux vérités stimulantes et enivrantes, ne peut que
mener à la moquerie, à la révolte larvée,
au désabusement collectif, au mépris dune
autorité qui nen est que le simulacre.
Tout respect envers
lautre se mérite et ne simpose pas par la
propagande, les images fabriquées. Si quelquun manifeste
linverse, cest quil a sans doute ses raisons de
proposer le contraire. Ce qui est manifeste, souvent à cause
du choc quil engendre, ne doit pas nous faire oublier
lenvers du décor. Et derrière celui-ci, il y
peut-être beaucoup plus que ce qui se joue à lavant-scène.
Il y a peut-être
certaines formes de courage qui choquent la majorité.
Soit! Mais quen est-il du geste de ceux qui devraient
protester et qui se taisent devant des situations politiques et
sociales quils endurent, encouragent inconsciemment, stimulent
par leur indifférence. Leur silence est tout aussi condamnable
que certains gestes qui méritent, à première
vue, la désapprobation générale.
À force de
cultiver une civilisation du mensonge, certains en viennent à
cultiver lironie et lirrespect pour se défendre.
À chacun de sinterroger pour savoir si la cause qui
engendre de tels gestes nest pas cachée au coeur de
notre mutisme collectif qui camoufle notre inertie et dissimule une
culpabilisation qui devrait nous faire honte.