Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

       [ Retour ]

 
Le 25e carreau

 
     Dimanche, le 16 mars, par un après-midi chaud et ensoleillé. Je rentre d’une courte balade dans les rues de ma ville natale encore sous une épaisse couche de neige d’un printemps qui tarde à arriver. Coup de téléphone. Un ami, de longue date, me signale que le journal LE SOLEIL coiffe un de ses articles dominicaux d’un titre qui va sans doute me renverser. Je descends rapidement dans les catacombes de mon humble bibliothèque où trônent, bien alignés, 4000 volumes, coeur de ma petite maison de la culture bâtie au fil des années. Je m’assoie devant mon ordinateur et file sur cyberpresse quotidiennement consulté. Je lis : Landry s’inspire de Bourassa. Je pense rêver. J’imagine, l’intéressé, Robert Bourassa, sur son nuage céleste, lisant et causant de la chose avec son adversaire de toujours, René Lévesque, en train de fumer. Il boit, comme à l’accoutumé, son verre de lait, le rire quelque peu ironique, un rictus à la lèvre bien marqué. Sacré Boubou! Sacré Ti-Poil ! Enfin réunis pour l’éternité!

     L’article dit tout : Landry, le «confédéraliste», parle, paraît-il, pendant la campagne électorale, avec le «confédéraliste» Lucien Bouchard, son ancien premier ministre retraité. Il se fait conseiller par Parizeau, converti au «confédéraliste» à la mi-campagne référendaire de 1995, complètement oubliée. Et maintenant, comble de l’ironie, il se confie au fédéraliste Bourassa, pour «être en terrain sûr» sur la question de la souveraineté. Est-ce possible ? Je relis. Non, je ne me suis pas trompé. Landry, le «confédéraliste», consulte bien Lucien Bouchard le «confédéraliste» et s’assure d’être en terrain sûr, en se référant à Robert Bourassa, dont il s’est jadis tant moqué. C’est de la science fiction, non ? Non! c’est bien la triste réalité!

     Le théâtre politique québécois joue toujours le vaudeville perpétuel tant de fois répété : la pièce qui se déroule, depuis le début de la campagne électorale, laisse plusieurs spectateurs ébahis, stupéfaits, interrogateurs, médusés. Landry, le magicien, (est-ce possible ?) a fait sortir de son chapeau le Bourassa dont il s’est, jadis, tant de fois moqué, faut-il le répéter ? Il amuse, ainsi et toujours, la foule bigarrée qui l’acclame, triomphant de plus en plus, à guichet fermé, dans une pièce au climat pétri dans la pâte de l’ambiguïté, comme seul, son prédécesseur libéral Bourassa, qu’il a toujours vilipendé et si vertement dénoncé, savait la fabriquer.

     Le cher Jean-Bernard nous propose maintenant «un plan national (remarquez bien la «grandiose souveraineté» dont il a parlé, il y a si peu de temps passé!) de transition vers la souveraineté (qui) doit comprendre un calendrier détaillé et précisera (ultérieurement) les tâches qui incomberont aux différents ministères et organismes publics» pour y arriver.

     Bourrassa a, selon lui, tracé la ligne. Son approche a été intelligente et a fait cheminer le Québec jusqu’à aujourd’hui. Quelle audace ce cher Jean-Bernard! Étonnant d’un homme qui, en 1992, s’était tellement bidonné avec la question de Bruxelles, alors que son parti en faisait ses choux gras pendant plusieurs périodes de questions à l’Assemblée nationale, sous les regards des députés péquistes amusés. Il n’a pas oublié, ce cher Jean-Bernard, que c’est bien son Parti qui avait réussi, en 1995, à prendre la question de Bruxelles de Bourassa, à l’enrober, sous la bénédiction de grand-père Parizeau transformé, pour essayer de nous faire avancer vers la souveraineté, en passant par «la cage à homards» telle que décrite dans les reportages multipliés! Il n’a rien oublié, ce cher premier ministre, qui nous présente maintenant Robert Bourassa comme son mentor, celui où il croit maintenant puiser toute son inspiration pour les années à venir, jusqu’en 2010, si on se fie à son discours électoral mal organisé. Y a-t-il un historien dans la salle pour nous rafraîchir la mémoire, nom de Dieu, en ce pays de mensonges voilés ? Y a-t-il un journaliste, pas trop amnésique, qui pourrait nous faire retrouver les sentiers de la vérité politique quelque peu oubliée, en ces temps de campagne tellement plate et aseptisée ?

     Comme l’article de Stéphane Paquet du journal LE SOLEIL fait référence aussi à la plate-forme du P.Q. adoptée à Saint-Hyacinthe, samedi dernier, je vole vers le site du parti «confédéraliste» pour m’apercevoir, à la page 9, qu’il y a 25 carreaux bien alignés, où le gouvernent de Jean-Bernard montre comment il entend rester fort dans la démarche indépendantiste, convertie à la sauce «bourassienne» telle que je viens de l’expliquer à mes lecteurs sans doute étonnés.

     Je retrouve, au 25e carreau, une toute petite phrase anodine, peu compromettante comme vous le verrez : démarche méthodique et rigoureuse pour préparer le Québec à la souveraineté. Je ne rêve pas : la souveraineté, la dernière préoccupation du gouvernement «confédéraliste-péquiste» de Jean-Bernard Landry, élu par acclamation, à un certain congrès péquiste passé. L’inspiration de Bourassa l’a poussé jusque-là : c’est écrit sur le site devant mes yeux quelque peu fatigués! La souveraineté, au 25e rang des préoccupations du gouvernement «confédéraliste» du premier ministre désigné. Quelle aberration!

     Où sont les organismes nationalistes pour dénoncer une telle fourberie, une escroquerie si bien annoncée ? Où sont les Sociétés nationales, les Sociétés Saint-Jean-Baptiste, d’ici et d’ailleurs, les historiens chevronnés et pas trop frileux, qui auraient encore le courage de prendre la parole afin de «stopper» la montée de cet homme qui nous égare et qui utilise tous les stratagèmes pour nous faire croire qu’il n’a pas oublié la cause de sa vie, celle de l’indépendance nationale rivée aux luttes de ses jeunes années passées ?

     En 1968, l’indépendance devait être la clé qui allait ouvrir la porte de notre maison nationale tant de fois désirée. Elle est devenue «la toile de fond» de Pauline, l’horizon 2005 et au-delà de Jean-Bernard, le «no mans’land» du troupeau de moutons qui le suit, tout cela à cause et en vue du maudit pouvoir qui putréfie tout ce qu’il touche, même les causes les plus nobles, comme celle de la liberté.

     La clé de l’indépendance a été égarée dans les méandres des chemins compliqués et volontairement sinueux, que nos leaders (?), aveuglés par le pouvoir, ont fabriqués. On a remplacé la clé d’or de notre liberté par un décor de scène, la toile de fond du vaudeville perpétuel sans cesse joué, le temps d’une autre campagne électorale bien orchestrée. Celle-ci terminée, le décor sera une fois de plus remisé dans les caves du pouvoir confisqué et on fera jouer les clowns acclamés sur l’avant-scène, pour un autre quatre ans de pouvoir, avec ses avantages cachés. Vive l’idiotie des Québécois proclamée! Vive la médiocrité médiatisée! Vive le pauvre peuple qu’on endort le temps d’un tour de piste du cirque électoral, les quatre ans de pouvoir exercé!

     J’en ai ras-le-bol : j’ose vous l’avouer. Je suis en maudit. Je suis en «très» maudit, faute d’expression assez forte pour vous convaincre de mon dégoût, de mon désespoir hors de l’accoutumé. Je suis en plus que ça, si vous voulez le savoir chers amis dispersés, mais je n’ose pas l’écrire, de crainte que mon texte soit passé au crible d’une censure obligée. Ne serait-ce pas normal que je prenne la route, dès demain matin, bulletin de présentation en mains, afin de faire signer les cent noms réglementaires qui viendraient appuyer ma démarche, en vue de devenir le premier candidat indépendant (indépendantiste) dans Matane, à la prochaine élection annoncée ?

     Le Parti québécois leurre la population sur la question nationale, je l’ai tant de fois répétées et cela depuis plusieurs années. Le vote que vous donnerez à ce parti, le 14 avril 2003, est un vote pour rester dans le Canada, soyez-en assuré! Ne l’oubliez pas! Landry, qui épouse la démarche «étapiste» de son ancien adversaire Bourassa qu’il aime maintenant citer, vient de nous le confirmer dans le journal LE SOLEIL de ce matin, à la mi-mars, par temps ensoleillé. Faut-il que je fasse sonner les cloches de toutes les églises du Québec pour vous le faire comprendre et pour vous sortir éventuellement de votre léthargie aussi épaisse que la glace de mon fleuve gelé ?

     Je ne peux donner mon vote à un parti qui trahit si profondément sa raison d’être et qui m’a trahi depuis trop longtemps dans mes volontés de me libérer de la tutelle d’un gouvernement central qui ne fait que nous exploiter. Saint-Hyacinthe, aidez-moi dans mon combat qui continue malgré les traquenards d’un pouvoir sclérosé et délivrez-nous tous de ce mal du pouvoir qui gangrène les plus belles causes, même celle qui conduit à la liberté!

      À cette heure-ci, l’épaisseur de ma honte et de ma gêne ne peut se mesurer, tellement elle est épaisse, abrutissante, prête à ensevelir mon peuple trahi, désabusé, humilié. Il faudrait que j’en parle, une fois de plus, à mon ancien élève, candidat péquiste dans Matane, Pascal Bérubé. Je sais qu’il est d’accord avec ce que j’écris aujourd’hui, pour en avoir discuté longuement avec lui, quelques jours passés. La voie du pouvoir semble l’attirer plus que tout autre chose, je pense l’avoir constaté. Et il n’a que 28 ans, celui qui veut devenir le plus jeune député d’un peuple trop longtemps humilié et enchaîné! Je pensais qu’il aurait pu choisir la voie de la persuasion, sans lien partisan, pour mener son peuple à la libération.

     Maudit pouvoir! Maudit pouvoir! Maudit pouvoir! Que de grandes causes tu as assassinées

25 mars 2003

 

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com