Le Timor
oriental, colonie portugaise depuis plus de 450 ans, est devenu,
dimanche dernier, le plus jeune pays de la planète. Le nom du
nouvel État, choisi par la population, est Timor Lorosae , ce
qui signifie « le pays du soleil se levant ».
Le Timor est une
île de larchipel indonésien. Il est situé
à 500 km au nord de lAustralie, entre les îles de
Java (à lest) et de lIrian Jaya (à
louest), au sud de Bornéo et de Sulawesi.
Lîle, qui a une superficie de 30775 km2, est
partagée maintenant en deux pays. Sans association !
Il y a le Timor
occidental (15 580 km2), jadis sous contrôle hollandais, et qui
fait partie maintenant de lIndonésie avec comme capitale
Kupang. Le Timor oriental (14,925 km2), à lest de
lîle, a toujours été sous le contrôle
du Portugal. En 1975, il a été annexé, par la
force, à lIndonésie et est devenu la province du
Timor Timur, avec comme capitale Deli. Cest cette partie de
lîle du Timor qui est devenue, à minuit, dimanche,
le dernier né des pays du monde. Le nouveau pays est plus
petit que ma Gaspésie natale. Celle-ci a une superficie de 20
547 km2 (101,793 habitants) dont 19 521 km2 en terrains forestiers,
soit près de 5,000 km2 de plus que la totalité de
nouveau territoire du Timor oriental.
Le nouveau pays a une
population de 860,00 habitants, dont 80 % sont de religion catholique
romaine. Une véritable «société
distincte» (650,000 catholiques) dans une mer de musulmans (200
millions), puisque lIndonésie est le plus grand pays
musulman du monde.
Le Timor oriental a une
très longue histoire qui serait trop long de rapporter ici.
Vers le XIIIe siècle, cette partie de lîle fut
évangélisée par les missionnaires portugais qui
y implantèrent la religion catholique romaine. La partie ouest
de lîle, sous le contrôle des Hollandais, resta
musulmane. Durant plus de trois siècles, le Portugal a
maintenu sa tutelle coloniale sur le Timor oriental. Les Pays-Bas
firent de même, mais dans la partie ouest de lîle
et dans toute lIndonésie.
Les deux royaumes (Timor
de louest et Timor de lest), souvent en guerre, firent en
sorte, quen 1932, Salazar, alors maître du Portugal,
imposa une dictature fasciste, semblable à celle qui
sévissait dans son pays. Durant la dernière guerre, le
Timor oriental se trouva au coeur de combats entre les Alliés
et les Japonais. La presque totalité du territoire fut
bombardée et environ 50 000 Timorais perdirent la vie.
En 1961, les habitants
du Timor oriental se soulevèrent contre le régime
fasciste du Portugal. Salazar maintint son empire sur cette partie du
Timor jusquen 1968, où, victime dune attaque
cérébrale, il céda le pouvoir à des gens
qui poursuivirent la guerre du Portugal contre la colonie asiatique.
Le 25 avril 1974, le
Parti socialiste du Portugal renverse le régime
dextrême-droite de Salazar. Spinola, nouveau
président porté au pouvoir, déclenche la
Révolution des Billets et reconnaît aux colonies
portugaises le droit de sautodéterminer. Trois partis
nationalistes se forment au Timor oriental : lUnion
démocratique timoraise (UDT) prône lautonomie du
Timor, tout en conservant un lien avec le Portugal; le Front
révolutionnaire pour un Timor-Est indépendant (le
Fretilin) exige lindépendance nationale;
lAssociation populaire et démocratique timoraise
(Apodeti) demande le rattachement à lIndonésie.
Le Portugal vote une loi
qui affirme que la souveraineté du Portugal prendrait fin en
octobre 1975. Au mois de novembre de la même année, la
guerre civile éclate au Timor oriental. Le Front
révolutionnaire, qui exige lindépendance, sort
vainqueur et proclame la République du Timor-Est. La
République ne durera que dix jours.
LIndonésie
envoie, en décembre 1975, ses forces militaires, sous
prétexte que des armes soviétiques et chinoises
menacent la nation indonésienne. Elle cherche ainsi à
éliminer le communisme qui sest implanté non loin
de Djakarta. Le Timor oriental devint la 27e province
indonésienne, le 17 juillet 1976. Suharto en profite pour
mater les rebelles. Il brûle tout dans lîle. Il
multiplie les arrestations arbitraires, les tortures et les
déportations. Les exécutions sommaires et les
emprisonnements ne se comptent plus. Plus de 200,000 Timorais
trouvent la mort. Dès 1980, le gouvernement indonésien
envahit lîle avec plus de 200 000 fonctionnaires. Ceux-ci
prennent le contrôle la partie est du Timor. Ils mettent
surtout la main sur la principale richesse du Timor-est, le gaz
naturel, et sapproprient les profits qui ont toujours
échappé à lIndonésie.
Les Timorais de
lest vivent donc loccupation pendant plus de 25 ans.
LIndonésie, par ses interventions, pratique la politique
de lassimilation. LÉglise catholique fait mention
du chiffre de 250 00 morts durant ce quart de siècle
doccupation indonésienne. Mais cela ne change en rien
dans la détermination des Timorais.
Bref, depuis 1975,
lIndonésie, systématiquement, a tenté
dassimiler ce petit peuple de près de 900 000 habitants,
par limposition dune nationalité
indonésienne, par le repeuplement du territoire avec
linvasion de centaines de milliers de fonctionnaires, par le
contrôle des naissances, par limposition dune
culture et dune éducation qui était toute
étrangère à la nation timoraise. Les politiques
indonésiennes sattaquèrent principalement à
la fécondation des femmes. Afin de mieux faire accepter
lopération contraceptive, les vaccins utilisés
étaient présentés comme des vaccins contre le
tétanos. Plus encore, la stérilisation des femmes
étaient au programme du gouvernement indonésien, geste
qui visait tout simplement à lextinction du peuple
timorais oriental
De plus, comme la grande
majorité des Timorais de lest étaient et sont
toujours catholiques romains, lIndonésie interdit alors
la religion catholique dans le pays, tentant, par la lecture
obligatoire du Coran, limposition de sa langue, le bahasa
indonesia, dislamiser le pays.
Mais un
événement international allait remettre le Timor
oriental à lavant-scène. En 1996, le prix Nobel
de la paix allait être attribué à deux militants
pour la cause de lindépendance du Timor oriental : Mgr
Carlos Ximenes Belo, évêque catholique de Deli et M.
José Ramos-Horta, représentant du Front
révolutionnaire. Les élections de mai 1997 permirent au
gouvernement Suharto dintervenir encore plus massivement au
Timor oriental. On ne compte plus les violations des Droits de
lhomme. La «province» connut alors une période
de violence sans précédente.
La chute du régime
Suharto allait précipiter les choses. En 1998, le nouveau
président Bacharuddin Yusuf Habibie est favorable à un
«statut spécial» pour la province rebelle.
Cependant, les leaders timorais refusèrent la proposition du
gouvernement indonésien. En février 1999, le ministre
indonésien des Affaires étrangères accepte une
consultation sur lautodétermination de la province, sous
la supervision des Nations-Unies. Avec laccord du Portugal, les
Timorais sont convoqués aux urnes le 30 août 1999. La
voie est ouverte à lindépendance.
Malgré les
menaces de larmée indonésienne, les Timorais
sinscrivent en grand nombre sur les listes électorales.
Le résultat est clair : 78,9% des Timorais refusent le
«statut spécial» proposé par Djakarta et se
prononcent massivement pour lindépendance. La
participation est tout aussi étonnante : 98,6 % des
électeurs inscrits se déplacent pour aller voter.
Tout de suite, le pays
est mis à feu et à sang par des milices
pro-indonésiennes. Deli, la capitale, est quasi
détruite. Plus de 500 000 Timorais sont chassés par les
commandos indonésiens qui massacrent tout sur leur passage.
Les Nations-Unies interviennent en envoyant 5000 Casques bleus afin
de rétablir lordre. Le pays est ruiné.
Le 20 septembre 1999, le
territoire tombe sous ladministration provisoire des
Nations-Unies. Les Indonésiens (plus de 200 0000
présents dans le pays quittent le Timor en brûlant
toutes les archives. Le 20 octobre 1999, le Parlement
indonésien abroge la loi dannexion de 1976 et
reconnaît les résultats positifs du
référendum de 1999.
Depuis lors, le nouveau
pays prépare sa naissance. Un système judiciaire et une
police civile sont mises en place. Le Fonds monétaire
international décrète labandon progressive de la
roupie indonésienne et fait adopter le dollar américain
comme monnaie nationale. Le portugais devient la «langue
officielle» et le tétum «la langue nationale».
Le 30 août 2001
les Timorais de lest participent aux premières
élections démocratiques Les Timorais élisent une
Assemblée constituante. 93 % de la population se rend aux
urnes. Le Front révolutionnaire remporte facilement
lélection. LAssemblée constituante, en
trois mois, prépare la nouvelle Constitution et se transforme
en Parlement par la suite. En avril 2002, le nouveau président
est élu et le 19 mai, à minuit, la République du
Timor Larosae est née. Après tant de souffrances, il
était logique que fleurisse la liberté!
Aujourdhui, 20 mai
2002, 22 ans après le référendum de 1980, et 7
ans après le référendum de 1995, le Québec
na toujours pas trouvé la voie qui permettrait à
ce grand peuple, selon les mots de René Lévesque,
daccéder lui aussi à lindépendance nationale.
Le Québec est un
territoire immense. Avec ses 1 540 680 km2, il peut se classer parmi
les pays les plus grands du monde Le Québec peut contenir
trois fois la France, cinq fois le Japon et sept fois le Royaume-Uni.
Il a une superficie cent fois supérieure au Timor oriental. Sa
population, qui compte présentement 7 400 000 habitants, est
dix fois supérieure à ce petit pays qui vient de
naître et est fort instruite, diversifiée, pleine de
promesses et davenir. Son économie va bien. Ses
richesses naturelles sont abondantes. Les infrastructures sont
modernes et bien en place. Les institutions démocratiques sont
éprouvées. Le Parlement est dynamique et son
système judiciaire est fort bien organisé. Les
systèmes universitaire, collégial, secondaire et
primaire sont à la page. Le main-doeuvre est
spécialisée et de nombreuses institutions originales,
comme la Caisse de Dépôt, lHydro-Québec, le
Mouvement Desjardins, la SGF, le Fonds de Solidarité de la
FTQ, font lorgueil de la nation. De plus, un bon nombre
dentreprises denvergures internationales oeuvrent sur son
territoire : Alcan, Consol, Quebecor, SNC-Lavalin, Biocan, etc. Le
Québec est la dix-septième puissance économique
du monde. 70 % de son économie est contrôlée par
des Québécois. Pour en savoir plus, il faut lire Sortir
le Canada du Canada, qui vient dêtre publié par le
Rassemblement pour lIndépendance du Québec.
Vingt-deux ans
après le référendum du 20 mai 1980, le
Québec cherche toujours sa voie. Le grand peuple
québécois se cherche un territoire qui est le sien, la
voie qui le conduira du statut de minorité dans un pays qui le
domine, au statut de majorité, sur un territoire qui sera le
sien, et qui lui donnera la liberté dêtre ce
quil est.
Le Timorais se sont
battus pendant des dizaines dannées pour avoir leur
indépendance. Les échecs, les massacres, les
intimidations, les revers, les envahissements de
létranger, la main mise sur leur langue, leur religion,
leur vie ne les ont pas empêchés de continuer la lutte.
Les Timorais ont vaincu la peur : les QUÉBÉCOIS,
toujours «timorés», nont pas réussi
à la combattre. Il nous faudrait un lien solide qui unisse la
nation. La religion qui nous cimentait sest perdue; la langue,
qui était notre fierté, prend de moins en moins
dimportance dans la vie du quotidien. Gandhi a trouvé la
révolution des rouets pour cimenter le peuple hindou. Il
faudrait trouver quelque chose à la fois doriginal et de
semblable. Les femmes du Québec, un jour, ont trouvé du
«pain et des roses». Par milliers, elles ont retrouvé
leur solidarité.
La connaissance plus
approfondie de notre histoire serait sans doute la voie à
privilégier. Le symbole de la feuille de route, marquée
de la croix et de la fleur de lys, sur laquelle seraient inscrites
les données de cette histoire méconnue, la longue liste
des injustices que cette même histoire nous a fait subir,
pourrait peut-être nous unir à jamais, et nous faire
trouver le chemin de notre liberté nationale. Cette suggestion
peut en recouper dautres. De toute urgence, il faut trouver un
symbole qui rallie tout le monde. Il nous faudrait notre
révolution des billets. Notre révolution de la fleur de
lys et de la croix de nos ancêtres.
Dans LÉtat du monde 2001, on estime
à 238 le nombre de pays dans le monde. Le Timor Larosae est
sans doute le 239e. Le Québec pourrait devenir le 240e. La
viabilité du Québec indépendant nest plus
à faire. La Commission Bélanger-Campeau de 1990 la
bien reconnue. Le Québec indépendant a tout,
économiquement, socialement, politiquement pour être un
État moderne.
Que manque-t-il à
ce peuple ? Simplement, la volonté de décider de
saffranchir de ses chaînes et voguer vers les chemins de
la liberté. Si le Timor oriental, massacré par les
forces militaires et économiques y est arrivé, que nous
faut-il pour nous décider ?
Dans lAtlas des
pays du monde, à la lettre «Q», il ny a
quun seul pays : cest le Qatar ou Katar. 11 000
kilomètres carrés. Moins que la Gaspésie.
290,000 habitants. Devenu indépendant en 1971. Il faut
espérer que le prochain «Q» soit le Québec.
Et avant 2005, comme le souhaite le premier ministre actuel. En ce 20
mai 2002, 20 après le premier échec, cest le
souhait qui remonte du plus profond de mon être. Tous les
peuples du monde, ont choisi la liberté avant tout. La
normalité leur apparaissait là. Il ne nous reste
quà suivre leurs traces. Je nai jamais vu un
peuple, dans son histoire, se refuser daller vers les chemins
de le liberté. Le peuple du Québec a refusé, par
deux fois, de prendre cette voie. Il ne faudrait pas récidiver
une autre fois. Il y a des limites à avoir honte
dêtre une nation libre!
20 mai 2002