Il faudra bien
plus quun cri alarmiste de dernière heure, presque
déchirant, pour faire revenir ceux que le Parti a abandonnés.
Le Parti
québécois tient à Québec, durant le
prochain week-end, son Conseil national. Lopération
charme est déjà commencée. Coincé entre
son aile plus radicale (Les Caribous) qui ne croit plus à la
démarche du Parti et quil la quitté afin
daller «magasiner» ailleurs, et son aile
modérée (Les Mous et les Gélatineux) qui croit
toujours que le Parti va la conduire dans les verts pâturages
de la souveraineté, les dirigeants du Parti, en fin de
deuxième mandat, cherchent par tous les moyens inimaginables,
à renouer avec un électorat qui sest envolé
vers dautres horizons, cherche à reconquérir les
militants qui, découragés, ont tout simplement
déchiré leur carte ou ont tout simplement parfois
baissé les bras, la cause, avec le Parti
québécois, nallant nulle part, sinon dans les
répétitives tentatives de la souveraineté par
étapes à laquelle plus personne ne croit.
Le Parti
québécois souffle artificiellement encore dans ses
structures, émet soudainement et parfois quelques sons, laisse
échapper des appels à laide, mais dans le fond,
il est déjà un cadavre ambulant dont les
Québécois se débarrasseront au prochain scrutin.
A moins dun miracle, pour le moment absolument
imprévisible, le PQ sera battu à la prochaine
élection, sans doute même rayé de la carte.
À qui la faute ? La réponse vient tout droit en pleine
face : les leaders nont pas fait leur travail. Les limousines
se sont multipliées, mais ceux quelles transportaient
dans leur moquette écarlate, nont pas
débarqué sur le terrain, pour dire aux
Québécois, combien ce régime
fédéral dans lequel ils pataugent depuis si longtemps,
ne fait que les engourdir, les abrutir, les enfermer dans
lassimilation politique et économique.
Les
députés, si peu nombreux, - car bon nombre dentre
eux ont accédé au Conseil des ministres - muets comme
des carpes, soumis aux diktats dun pouvoir qui les a
enjôlés de plus en plus, nont pas répondu
à lappel de troupes désorganisées, perdues
dans le trafic du combat quotidien. Les soldats, morts de fatigue et
morts de combattre sans commandement et sans direction bien
établie, ont déserté le champ des luttes
constantes et journalières. Elles en ont conclu que la cause
de lindépendance devra reprendre, un peu plus tard, mais
pas sur le terrain où la amenée ce Parti
québécois quasi moribond. Bref, elles ont
décidé que la grande bataille devra reprendre,
renaître par dautres moyens, de nouvelles structures,
a-politiques, non partisanes. En cela Paul Bégin a raison.
Lindépendance est une idée trop belle pour
appartenir à un seul parti. Elle est une idée qui doit
se propager et non une fleur qui éclate un matin et sur
laquelle on tire par secousses irrégulières, dans
lespoir quelle fleurisse plus vite.
Pour propager une
idée, il faut deux choses : il faut quelle soit claire
et compréhensible par les gens auxquels elle sadresse;
il faut, de plus, des propagateurs, cest-à-dire, des
personnes qui croient profondément à cette idée
et consacrent beaucoup de temps à la faire connaître et
aimer. Or, ces deux choses-là manquent depuis des années
au Parti Québécois. Plus intéressé par
les avantages du pouvoir, les pensions à gonfler au terme
dun exercice parlementaire quon souhaite le plus long
possible, celui-ci a laissé «couler» ceux qui se
débattaient pour défendre cette idée, afin de se
bercer dans les eaux calmes et combien rémunératrices
du pouvoir quotidien.
Alarmé par la
fuite des militants, exacerbé par ceux qui voulaient plus vite
et qui voulaient parler du sujet et uniquement de ce sujet, il
sest arrangé pour mettre sur la voie
dévitement tous ceux qui avaient le pays à
cur, et moins le souci du pouvoir à conserver.
Aujourdhui, pris de panique, il lance un appel à tous.
Il crie, dans un désert quil a lui même
créé, et invite les fondateurs de ce parti quil a
lui-même massacré, pour ne pas dire méprisé
et oublié, à revenir au bercail, en leur disant
quils sont fins maintenant, quils sont essentiels pour la
cause, quils sont aimés de tous, quils sont la
ferveur et la chaleur qui manquent au vieux poêle qui sest
éteint dans la cuisine.
Les habiles cuistots
péquistes de lAssemblée nationale lancent un
appel qui vient trop tard. Il faudra bien plus quun cri
alarmiste de dernière heure, presque déchirant, pour
faire revenir ceux que le Parti a abandonnés. La
crédibilité nexiste plus entre les souverainistes
bafoués et les péquistes installés.
Lindépendance demeure toujours la cause de leur vie,
mais ils ne croient plus au véhicule qui veut les y conduire.
Faut-il blâmer mes nombreux concitoyens, qui comme moi, ont
perdu la foi en nos «dirigeants cha-cha», sans vision, sans
perspective, en ces marionnettes du pouvoir, qui ont tout fait pour
que la situation actuelle sinstalle à leur avantage, en
oubliant carrément la cause qui les avait conduits à
prendre les rennes de lÉtat.
Le discours qui
prônait la mise en place dun bon gouvernement, la
position qui mettait de lavant quil fallait mieux un
gouvernement péquiste installé à Québec,
pour faire mieux avancer la cause de lindépendance, ne
tient plus. Vingt-cinq ans après la première
élection du PQ, il faut se mettre devant lévidence
: la cause navance pas plus vite parce que le gouvernement est
mené par ceux qui sont membres dun Parti qui prône
la souveraineté du Québec. Ma position a toujours
été dans le sens inverse. Force est de constater que
plusieurs années de pouvoir de ce parti mont donné
raison.
Des «suiveux»
Le Parti
québécois a eu suffisamment de temps pour promouvoir
notre cause. Il nous faut chercher, ensemble, un autre chemin qui
nous mènera à la libération nationale. Comme
Monsieur Landry et bon nombre de ses députés et
ministres sont devenus, à linsu du peuple et de ceux qui
les élisent, des «confédéralistes»
convaincus, (Guy Bertrand va même sajouter à leur
liste, lui, lennemi depuis tant dannées), je ne
vois pas pourquoi on salarmerait devant la déconfiture
dun «nouveau parti Québécois», qui ne
veut plus sortir le Canada du Québec. Pourquoi les militants
souverainistes, dans quelques mois, iraient-ils voter pour un Parti
qui nie le fondement même de ce pourquoi tant de
Québécois se sont battus toute leur vie ?
Le pays se fait et se
fera à partir dune idée claire et avec des
propagandistes qui veulent en faire la promotion. Paul Bégin
affirme que la majorité des députés
péquistes sont des «suiveux». En toute
honnêteté, et en toute amitié, je dois lui dire
que je men étais aperçu depuis longtemps. Ce
nest pas avec ce troupeau de moutons quon fera un pays.
Si le pays doit naître, il doit se faire sous la houlette
dun guide qui affirmera, à partir de convictions
solides, la direction quil faut prendre pour y arriver et quels
sacrifices et quels gestes collectifs et de solidarité, il
faudra poser, pour que la naissance de ce pays se fasse le plus
rapidement possible et le plus logiquement possible.
Sil faut rapatrier
les militants égarés dans les buissons, occupés
à autre chose pour le moment, il faut le faire dans la
lucidité et la clarté. Me permettrez-vous de croire que
les tactiques employées par le gouvernement Landry, en cette
fin de quatrième année de mandat, ressemblent à
du «bouchardisme» déguisé ou
délavé, qui demandait, il y déjà quatre
ans maintenant, de lui faire confiance et qui a décidé,
par la suite, en tenant compte des événements, de
quitter le bateau, sachant bien quil fallait plus que cela pour
établir les paramètres de la nouvelle patrie ?
Il ny a rien de
clair présentement dans la thèse indépendantiste.
Rien de clair sur ce quest lindépendance du
Québec; rien de clair au sujet de nos liens possibles avec le
reste du pays qui nous quitte; rien de clair au sujet des moyens pour
y arriver. Je suis fatigué de me faire demander de faire
confiance dans... le vide. Lidée de
lindépendance, si elle doit survivre, aura besoin,
après la prochaine élection, dun bon
époussetage. Cela ne peut pas se faire en quelques semaines.
Surtout pas à la veille dun scrutin général.
Sil y a urgence
dans la demeure, ce nest pas en vue de sauver le PQ,
dassurer ou non sa réélection. Lurgence,
cest que lidée de lindépendance
prenne de la force au milieu de nos combats quotidiens. Lorsque ceux
quon a élus, il y a quatre, nont pas trouvé
le temps ou le moyen de parler durant les dernières
années, comment être certains que, durant le prochain
mandat, ils en parleront dabondance, quils seront les
propagandistes de lidée claire qui doit être
défendue et propager à la grandeur du territoire ?
Est-ce que, remis au pouvoir, ils ne reprendront pas vite leurs
vieilles habitudes qui les ont si bien servis et qui continueront
à les servir si bien dans lavenir et sur lesquelles les
militants nont plus demprise par la suite ?
Les farceurs doivent
dabord quitter la scène afin de nettoyer les planches du
théâtre sur lesquelles ils jouent si habilement leur
comédie depuis trop dannées. Ensuite, on verra
sil faut recommencer la scénario et y mettre
dautres figurants. Le vaudeville a assez duré. Que le
rideau tombe afin que dautres reprennent le sujet abandonné.
Lors du
référendum de 1995, en plein coeur de Montréal,
les fédéralistes, banderoles à lappui,
invitaient les Québécois à rester dans le
Canada. A plus petite échelle, mais dans la même veine,
le Parti québécois, désemparé et
déboussolé, invite tous les militants à rester
au coeur de la formation que des milliers ont quittée,
découragés et désoeuvrés. «Revenez!
Revenez! On vous aime!» semblent dire Landry et ses acolytes
béats. Ai-je le droit de douter de la sincérité
de leur appel fatidique, et de penser quune fois de plus, je
vais me faire berner par un appel pathétique dun calcul
politique qui me donne le haut-le-coeur ?
27 novembre 2002