De toute
urgence, les indépendantistes doivent se regrouper dans un
vaste mouvement apolitique
Plus de trente ans
après la création du Parti québécois, la
cause de lindépendance du Québec navance
pas au rythme souhaité. Après deux
référendums portant sur «des mandats de
négociation» avec le reste du Canada, la cause de
lindépendance recule dans les intentions de vote,
à chaque sondage publié. Après le changement de
garde à Québec, imposé ou voté par les
militants quelque peu désabusés, les leaders du
gouvernement dit séparatiste ne savent toujours pas ce
quils feront de la question nationale, de lorientation
à lui donner.
Après les
tergiversations, les changements de cap, les réalignements,
les virages, les mises au point, les colloques multiples, les
documents, les études, les statistiques, les discours
lénifiants, les conférences de presse à
répétition, les stratégies à long terme
et à court terme, les amoncellements de documents sur «la
chose», les compromis, les entourloupettes, les méandres
et les détours prévisibles et imprévisibles, les
remises en question, les colloques, les sommets, les rencontres
sectorielles, les tonnes de copies de toutes les sortes possibles de
prises de position, les chiffons rouges, les esclandres de Jean
Bernard, les crises de nerfs bloquistes en terrain étranger,
les velléités qui ne se sont jamais
concrétisées, les changements et la multiplication des
ministres, le Parti québécois se meurt en bout de
piste, parce quil sest écrasé devant sa
tâche, sest avachi devant lidéal à
atteindre, sest éloigné de ses militants les plus
fervents, tout cela, parce que le pouvoir la emporté sur
la cause à défendre, le pays à créer.
Le gouvernement actuel
ne se bat plus avec ceux qui lont porté au pouvoir. Il
cherche uniquement, et par tous les moyens, à garder ce
pouvoir, avec laide même, si possible, de ceux quil
a combattus. Limportant, ce nest pas que le peuple
accède à son indépendance; limportant,
cest que le nombre de députés élus
lemporte, lors du prochain scrutin, sur le parti adverse, afin
que les avantages du pouvoir leur soient à nouveau
donnés, peu importe la cause qui pourrait les y mener. Plus,
au Parti québécois, on gagne des élections, plus
la cause à défendre en prend un coup et semble de plus
en plus éloignée. On pensait que le pays serait plus
accessible en passant par le pouvoir : on sest trop tard
aperçu que cest en passant par le pouvoir que le pays ne
serait jamais réalisé. Ceux qui détiennent ce
pouvoir si précieux ont réussi à faire croire au
peuple quils veulent libérer que la libération
serait plus facile sils étaient aux commandes de
lÉtat quils veulent créer. Mais comment
concilier les avantages dune limousine bien astiquée
avec une cause qui peut éventuellement nous la faire perdre,
lors dune élection ou dun scrutin plus ou moins
avancé ?
Lindépendance sommeille au coeur de bien des
Québécois. Le véhicule pour nous y conduire, de
toute évidence, ne mène nulle part, et le dire
autrement, serait une fois de plus nous mentir sur le chemin de notre
liberté. Au contraire, il empêche la cause de
progresser. Il empêche la liberté de se manifester. Car
la liberté signifie responsabilité, engagement,
fidélité, quelque chose à sacrifier. Le
gouvernement sait cela mais il a peur de simposer de telles
normes, de crainte de perdre les privilèges quil
sest lui-même octroyés.
De toute urgence, les
indépendantistes doivent continuer la lutte autrement.
Différemment. Noubliant jamais que la liberté
na pas de prix et que ceux qui se confient à elle
doivent être prêts à mettre dans la balance le
sacrifice dune carrière dorée, ne pas
paraître sur le palmarès de ceux qui joyeusement feront
les derniers combats annoncés, puisquune telle cause
exige renoncement, abnégation et gloire partagée.
De toute urgence, les
indépendantistes doivent se regrouper dans un vaste mouvement
apolitique, non partisan, et devenir des multiplicateurs sur
lensemble du territoire à libérer. Le jour
où ils seront quelques millions à revendiquer dans les
rues le territoire de leur liberté, ils demanderont au pouvoir
en place, peu importe celui qui lexercera à ce moment
précis de leur histoire mouvementée, de réaliser
leur grand rêve qui aura tant tardé à naître
aux grands vents des peuples libérés. Toute autre voie
conduit à ce cul-de-sac dans lequel il sest enfermé.
Il faut cesser de croire
que le pouvoir de ceux qui nous dirigent peut nous libérer.
Ils ont trop soif de le garder pour faire grossir leurs petits
goussets déjà bien gonflés. A notre
échelle, il nous faudrait un Gandhi habillé aux
couleurs dun Québec moderne à se donner. Jai
toujours le droit de rêver quil va se lever.
Malheureusement lexercice du pouvoir les a tous
assassinés. La liberté ne se cultive pas sur les
terrains minés des avantages et des abus du pouvoir quun
gouvernement arrive toujours à se donner.
Je rêve dun
jeune à lallure franche et engagée qui nous
débarrassera de nos complexes historiques maintes fois
mentionnés. Je rêve dun homme libre qui nous
conduira à la liberté. Si on sy mettait,
peut-être quon pourrait le trouver.
12 avril 2002