Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

       [ Retour ]

 
Lettre ouverte aux indépendantistes désabusés

 
     De toute urgence, les indépendantistes doivent se regrouper dans un vaste mouvement apolitique

      Plus de trente ans après la création du Parti québécois, la cause de l’indépendance du Québec n’avance pas au rythme souhaité. Après deux référendums portant sur «des mandats de négociation» avec le reste du Canada, la cause de l’indépendance recule dans les intentions de vote, à chaque sondage publié. Après le changement de garde à Québec, imposé ou voté par les militants quelque peu désabusés, les leaders du gouvernement dit séparatiste ne savent toujours pas ce qu’ils feront de la question nationale, de l’orientation à lui donner.

     Après les tergiversations, les changements de cap, les réalignements, les virages, les mises au point, les colloques multiples, les documents, les études, les statistiques, les discours lénifiants, les conférences de presse à répétition, les stratégies à long terme et à court terme, les amoncellements de documents sur «la chose», les compromis, les entourloupettes, les méandres et les détours prévisibles et imprévisibles, les remises en question, les colloques, les sommets, les rencontres sectorielles, les tonnes de copies de toutes les sortes possibles de prises de position, les chiffons rouges, les esclandres de Jean Bernard, les crises de nerfs bloquistes en terrain étranger, les velléités qui ne se sont jamais concrétisées, les changements et la multiplication des ministres, le Parti québécois se meurt en bout de piste, parce qu’il s’est écrasé devant sa tâche, s’est avachi devant l’idéal à atteindre, s’est éloigné de ses militants les plus fervents, tout cela, parce que le pouvoir l’a emporté sur la cause à défendre, le pays à créer.

     Le gouvernement actuel ne se bat plus avec ceux qui l’ont porté au pouvoir. Il cherche uniquement, et par tous les moyens, à garder ce pouvoir, avec l’aide même, si possible, de ceux qu’il a combattus. L’important, ce n’est pas que le peuple accède à son indépendance; l’important, c’est que le nombre de députés élus l’emporte, lors du prochain scrutin, sur le parti adverse, afin que les avantages du pouvoir leur soient à nouveau donnés, peu importe la cause qui pourrait les y mener. Plus, au Parti québécois, on gagne des élections, plus la cause à défendre en prend un coup et semble de plus en plus éloignée. On pensait que le pays serait plus accessible en passant par le pouvoir : on s’est trop tard aperçu que c’est en passant par le pouvoir que le pays ne serait jamais réalisé. Ceux qui détiennent ce pouvoir si précieux ont réussi à faire croire au peuple qu’ils veulent libérer que la libération serait plus facile s’ils étaient aux commandes de l’État qu’ils veulent créer. Mais comment concilier les avantages d’une limousine bien astiquée avec une cause qui peut éventuellement nous la faire perdre, lors d’une élection ou d’un scrutin plus ou moins avancé ?

     L’indépendance sommeille au coeur de bien des Québécois. Le véhicule pour nous y conduire, de toute évidence, ne mène nulle part, et le dire autrement, serait une fois de plus nous mentir sur le chemin de notre liberté. Au contraire, il empêche la cause de progresser. Il empêche la liberté de se manifester. Car la liberté signifie responsabilité, engagement, fidélité, quelque chose à sacrifier. Le gouvernement sait cela mais il a peur de s’imposer de telles normes, de crainte de perdre les privilèges qu’il s’est lui-même octroyés.

     De toute urgence, les indépendantistes doivent continuer la lutte autrement. Différemment. N’oubliant jamais que la liberté n’a pas de prix et que ceux qui se confient à elle doivent être prêts à mettre dans la balance le sacrifice d’une carrière dorée, ne pas paraître sur le palmarès de ceux qui joyeusement feront les derniers combats annoncés, puisqu’une telle cause exige renoncement, abnégation et gloire partagée.

     De toute urgence, les indépendantistes doivent se regrouper dans un vaste mouvement apolitique, non partisan, et devenir des multiplicateurs sur l’ensemble du territoire à libérer. Le jour où ils seront quelques millions à revendiquer dans les rues le territoire de leur liberté, ils demanderont au pouvoir en place, peu importe celui qui l’exercera à ce moment précis de leur histoire mouvementée, de réaliser leur grand rêve qui aura tant tardé à naître aux grands vents des peuples libérés. Toute autre voie conduit à ce cul-de-sac dans lequel il s’est enfermé.

     Il faut cesser de croire que le pouvoir de ceux qui nous dirigent peut nous libérer. Ils ont trop soif de le garder pour faire grossir leurs petits goussets déjà bien gonflés. A notre échelle, il nous faudrait un Gandhi habillé aux couleurs d’un Québec moderne à se donner. J’ai toujours le droit de rêver qu’il va se lever. Malheureusement l’exercice du pouvoir les a tous assassinés. La liberté ne se cultive pas sur les terrains minés des avantages et des abus du pouvoir qu’un gouvernement arrive toujours à se donner.

     Je rêve d’un jeune à l’allure franche et engagée qui nous débarrassera de nos complexes historiques maintes fois mentionnés. Je rêve d’un homme libre qui nous conduira à la liberté. Si on s’y mettait, peut-être qu’on pourrait le trouver.

 

12 avril 2002

 

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com