Les
élections s'en viennent. Les députés sont
omniprésents. Les ministres le sont tout autant avec leurs
poches pleines de présents : asphalte, tuyaux d'égouts,
systèmes d'épuration des eaux, réfections
d'églises, ponts, prolongement de ceci, redressement de cela :
tout y passe. La silhouette de Duplessis se profile à
l'horizon. Son ombre plane plus que jamais comme dans le Québec
d'antan. Ceux qui croyaient cette époque révolue se
trompent bien : l'ère bleue est bien de retour.
Les indépendantistes avaient vu autre
chose dans le paysage politique québécois que cette
nostalgie de l'ère bleutée, celle du « chef »
qu'on adule et qui décide tout, y compris les « clips
» sur l'information à donner au peuple. Ils avaient
rêvé d'un pays bien réel, avec des hommes et des
femmes prêts à tout sacrifier, y compris leur
carrière personnelle, pour les y conduire. Le pouvoir a
gangrené les dirigeants de cette cause grande et noble de
l'indépendance et le porte-monnaie l'a emporté sur le
pays à faire, le pays à nommer.
Le Québec a maintenant trois partis
fédéralistes et aucun n'est authentiquement
indépendantiste. Le Parti libéral, dirigé par
Jean Charest, est d'un vide à faire mourir tout électeur
qui veut se rendre aux urnes. À part le « gueulage »
de son chef, d'une politique traditionnelle à la petite
semaine, ce parti est sans vision, ne présente aucune action
stimulante pour quelqu'un qui croit à un avenir meilleur pour
sa nation.
L'Action démocratique du Québec
fait encore davantage pitié. Mario Dumont n'a pas su livrer
une vision claire d'un Québec moderne. Il pratique lui aussi
la politique du « ça n'a pas de bon sens de faire ce qui
se fait présentement », mais ne propose rien de bien
concret comme solution de rechange. Sa position constitutionnelle
n'est pas très lumineuse et son programme économique et
social ne l'est pas davantage.
Le Parti québécois, voué
à l'indépendance du Québec, est bel et bien
mort. Jean Bernard Landry est devenu «
confédéraliste », a repris, sans trop le dire
à tout le monde, exactement le programme de l'Action
démocratique, version originale. Ceux qui le croyaient pur et
dur doivent bien admettre maintenant qu'il est mou, plus mou que ce
qu'on pouvait imaginer. Michel Vastel ne craint pas de dire dans sa
biographie du premier ministre Landry (p. 428) que l'union
confédérale qu'il propose n'est qu'un autre
modèle de fédéralisme renouvelé. Ce qui
veut dire que voter pour le Parti québécois, à
la prochaine élection, c'est voter pour rester dans le Canada.
C'est voter fédéraliste !
Les indépendantistes peuvent-ils
honnêtement aller voter la prochaine fois ? Logiquement, non !
Un indépendantiste qui vote fédéraliste n'a
aucun sens.
3 avril 2002